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2013 est déjà bien entamée mais cela n'empêche pas de jeter un petit coup d'œil sur l'année qui vient de se terminer. Amateurs de chiffres, régalez vous !
2012, cela a été 1750 sorties dont :
- 1590 mangas
- 95 manhwa (ou BD coréennes)
- 29 euromangas (ou global mangas)
- 6 mangas américains
- 2 manhua
- 12 anime comics
- 6 fanbooks
- 2 artbooks
- 1 revue
- 2 magazines
- 3 romans
- 2 publications autres (un livre d'entretiens et un guide du Japon).


Après deux années assez stables, le marché est donc reparti à la hausse, et pas qu'un peu. Si certains éditeurs ont un peu baissé en régime, d'autres ont fait exploser la note, notamment avec la mode des rééditions. Ainsi, il y a eu 199 nouvelles séries, 100 one-shots, 139 fins de séries et 162 volumes réédités concernant 65 séries.


Vous trouverez ci-dessous le décorticage de 31 éditeurs, classés selon leur nombre de parutions (simple et basique, n'y voir aucun jugement de valeur).
J'ai été un peu plus light dans le détail que les années précédentes, ne parlant pas forcément de toutes les nouveautés, one-shots ou fins, selon les éditeurs (détailler 18 nouveautés mois par mois n'est pas bien passionnant). Néanmoins, vous trouverez si besoin est un listing regroupant les nouveautés, one-shots et fins pour chaque éditeur ayant proposé plus de 10 sorties.



   

Comme vous avez pu le constater, l'année 2012 a été particulièrement chargée. 2013 devrait l'être également, avec l'arrivée d'au moins deux nouveaux éditeurs : Isan Manga, qui sera spécialisé dans les mangas vintage proposés dans une belle édition en one-shot épais, et IDP, qui doit sortir une quarantaine de yaoi.
Il n'en reste pas moins que sortir du manga aujourd'hui est plus difficile qu'auparavant, les volumes de vente ayant bien baissé. Tendance également rencontrée dans la BD en général.
Il faut dire que pour séduire le public adolescent, principale cible de ces lectures, l'offre des loisirs est désormais large, entre internet, jeux vidéos, musique, cinéma, séries TV, etc. On pourrait aussi parler de "la crise" mais elle a plutôt bon dos puisque les ventes de produits high tech plutôt onéreux - smartphones, tablettes - n'ont jamais été aussi bonnes. À chacun ses priorités après tout...

Mais le manga n'a sans doute plus l'aura qu'il avait il y a peu. Dans les années 90, il venait de débarquer, produit exotique difficilement trouvable, dont l'éditon tenait parfois plus de l'amateurisme, plus ou moins passionné, plus ou moins réfléchi. Trouver une série entière tenait de la gageure et le public, réduit, restait une petite communauté marginale fière de son originalité.
Les années 2000 ont vu le manga se professionnaliser dans son offre française, s'installer dans la durée, et son public s'élargir, passant du petit groupe de fans purs et durs élevés au Club Do à un nombre toujours plus grand d'adolescents fascinés par ce qu'ils ne trouvaient pas ailleurs, la BD européenne ayant jusque-là un peu oublié de leur parler (surtout aux jeunes filles). C'est d'ailleurs à cette époque que nombre d'éditeurs ont vu le jour.
Nous voici désormais dans la troisième étape, celle de la stabilisation. Le manga ne risque plus vraiment de disparaître du jour au lendemain des rayons, il fait partie du paysage. Mais en contrepartie, il a perdu de son exotisme et de son charme de l'inconnu sur lesquels il ne peut plus compter pour se vendre. Voir quelqu'un lire un One Piece ou un Switch Girl dans le bus n'a aujourd'hui plus rien d'étonnant, tout comme on trouve des mangas en hypermarché, et cette indifférence, aussi espérée que crainte par ses défenseurs, force désormais les éditeurs à travailler plus pour vendre un peu moins...

En outre, la surenchère de titres a fini par apporter répétitivité et lassitude chez certains, ne poussant guère à la curiosité de chercher autre chose quand on a l'impression d'avoir fait un peu le tour du shônen de castagne ou de la romance lycéenne. Les amateurs de BD n'ont jamais vraiment accroché à ce nouveau-venu, vu par certains comme l'armageddon des phylactères bien de chez nous, et le jeune public qui grandit, quant à lui, décroche alors relativement vite, n'ayant pas forcément l'envie ou le réflexe d'aller voir si, dans ces rayons qui lui auront auparavant apporté tant d'aventures et d'émotions, il n'y aurait pas quelque chose pour le grand gaillard qu'il est devenu.

Qui plus est, le marché culturel est en crise. Comme on a pu le voir il y a peu, les grandes enseignes à la Virgin ou Fnac, qui autrefois avaient fait couler bon nombre de petits commerces, connaissent à leur tour des difficultés, rattrapés notamment par la concurrence de la vente en ligne, beaucoup moins handicapée par les problèmes de place et de rangement que tout magasin physique connaît forcément.
Il y a à mon sens là une carte à jouer pour les libraires indépendants autrefois hautement menacés par ces enseignes. Car ils peuvent apporter quelque chose qu'aucun site de vente en ligne ne pourra avoir : le plaisir de faire découvrir, de proposer des titres, de conseiller, d'apporter une vraie valeur ajoutée. Le livre ayant le même prix partout, à eux de tenter leur chance. Difficile face à la facilité des achats sur le net mais pas totalement impossible...

Il revient également aux lecteurs de choisir ce qu'ils veulent défendre, de prendre leurs reponsabilités en ayant conscience des conséquences possibles de leurs choix. Il est tout à fait compréhensible de commander des livres sur Amazon par exemple, notamment pour ceux qui n'ont aucune librairie potable dans leur entourage. C'est facile, rapide, efficace, et pas besoin de scruter des rayons mal fichus pendant des heures pour finalement ne pas trouver le dernier volume de telle série.
Mais il faut en contrepartie bien se rendre compte que ce genre d'achats pourrait bien lisser le marché. Face à un écran, on ni'ira principalement que vers les livres qu'on sait déjà vouloir, qu'on connaît déjà, sans avoir vraiment la possibilité de regarder à côté s'il n'y aurait pas autre chose qui vaudrait le coup de jeter un œil (même s'il peut y avoir des propositions de titres similaires sur la fiche du produit, cela reste plus froid). On ne peut pas feuilleter au hasard, accroché par une couverture sur un rayon, encouragé par un libraire qui peut proposer, recommander, conseiller, faire découvrir. Bref, faciliter l'appel de la curiosité.
Certes, il y a les forums, les blogs, les discussions avec les copains, la possibilité de lire quelques pages sur certains sites éditeurs et c'est un vrai plus... Mais ce n'est qu'un outil et rien ne remplace le fait de se balader devant des rayons, feuilleter, demander, bref découvrir en laissant parler sa curiosité...

Nous sommes responsables de nos choix. Il n'y en a pas de bons ou de mauvais. Juste des choix dont il faut assumer les conséquences. Il ne s'agit pas de culpabiliser qui que ce soit, chacun est parfaitement libre (encore heureux !). On peut sans problème préférer rester dans le rôle du simple consommateur passif qui va acheter son petit volume sans chercher plus loin. Si le manga, la BD en général n'est pour soi qu'un loisir de passage, un parmi d'autres qui laissera sa place à autre chose d'ici quelques mois/années, pas besoin d'aller chercher si loin. Il n'y a aucun mal à ça.
Mais si on veut défendre la diversité, la qualité, l'ouverture, la découverte, nous lecteurs avons aussi notre rôle à jouer.

Pour terminer :
- Sur le net, jetez donc un œil à Bodoï. Entre autre, chaque mois est mis en ligne "Le Monde du manga" qui reprend l'actualité du manga notamment en France. Un bon moyen de se tenir au courant sans avoir besoin de fureter sur 10 000 sites.
- Le Meilleur du Manga 2013, par Sébastien Kimbergt, sorti chez Kazé Manga le 23 janvier 2013 pour 7,99€. Un guide a priori très complet, très fourni, sur le manga en France aujourd'hui, avec les coups de cœur à ne pas louper, l'évolution du marché, des trucs pour s'y retrouver devant l'énormité de l'offre, ainsi que deux interviews (Rei Toma, mangaka de L'arcane de l'aube, et Kaoru Moru, mangaka de Bride Stories et Emma). Je n'ai pu pour l'instant que le feuilleter sans m'y plonger complètement (je ne voulais pas le faire avant d'en finir avec ce bilan, pour n'être ni influencée ni découragée...) mais le travail semble de qualité et vous allez avoir de quoi lire pour un moment. Il mérite au moins qu'on lui donne une petite chance...
Petite présentation par son auteur.
(Je tiens à préciser que j'y ai participé, faisant partie de la centaine de personnes ayant proposé leur top 5 de 2012, mais c'est une participation très minoritaire qui n'influe aucunement ce que je peux en penser, n'ayant rien à y gagner).

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