Asatte Dance par Naoki Yamamoto - 1989
7 volumes (édition terminée) - Tonkam
7 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture français - 150x210 mm - 8,40€
Pas de planning
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Suekichi est étudiant. Mais il est également régisseur d'une petite troupe de théâtre amateur pas franchement fortunée. Cela lui prend beaucoup de son temps mais vu qu'il trouve ça bien plus intéressant que ses cours, il pense abandonner les bancs de la fac pour se consacrer entièrement à sa passion. Mais voilà que son arrière-grand-père, qu'il n'a pas vu depuis des années, meurt. Le lendemain de l'enterrement, très arrosé, le jeune homme se réveille avec une gueule de bois terrible et une fille qu'il ne connaît pas dans son lit. Il apprend alors par l'avoué de son arrière-grand-père qu'il est l'unique héritier d'une collection de timbres de très grande valeur mais qu'il ne pourra toucher l'argent que s'il obtient son diplôme et se marie, mettant alors à mal ses rêves de théâtre. Et qui est donc cette fameuse fille qui le poursuit ? Ne serait-elle donc intéressée que par son argent ?

Asatte Dance est un manga en 7 volumes signé Naoki Yamamoto, sorti chez Shogakukan entre 1989 et 1991, alors prépublié dans le magazine seinen Big comic Spirits. Un manga à l'aura presque mythique en France pour certains lecteurs vu la quasi-impossibilité maintenant de le trouver en vente, les volumes 3 et 4, rapidement devenus difficilement trouvables, se vendant même à prix d'or sur certains sites. Titre seinen arrivé à l'époque où le shônen était la quasi-seule demande, Tonkam n'en a jamais fait de réédition, abandonnant même les droits en 2003. La série a également été traduite en anglais chez Viz (filiale américaine de Shogakukan) sous le titre Dance till tomorrow.

L'impression finale qu'il me reste après lecture intensive des 7 volumes (en 3 jours !), c'est de m'être retrouvée là face à une comédie de moeurs à la Maison Ikkoku mâtinée d'un peu beaucoup d'érotisme (Naoki Yamamoto étant également un auteur de hentaï sous d'autres pseudonymes, on ne perd pas ses petites habitudes comme ça). Là où Godai et Kyoko attendaient le nième volume avant de concrétiser leur relation, il ne faudra que 60 pages aux deux vigoureux jeunes amants d'Asatte dance pour conclure. Leur vie et leur relation n'en seront pas plus simples pour autant.

Suekichi est un jeune gars des plus classique: étudiant pas franchement passionné, ayant même idée d'abandonner les bancs de sa fac pour se consacrer à sa passion du théâtre, c'est à un coup du destin qu'il va devoir répondre. Son arrière-grand-père vient de décéder et en fait son principal héritier mais ne lui lèguera rien à moins qu'il n'obtienne son diplôme et se marie. Bref, rentre dans le rang, devienne un bon petit employé d'une quelconque société, abandonnant alors ses rêves de saltimbanque. Rêve d'ailleurs sans paillettes, Suekichi n'ayant pas vraiment l'ambition d'être une star adulée de tous, juste un homme de l'ombre orchestrant les pièces d'autres comédiens et metteurs en scènes. Un gars finalement tout simple, pas spécialement plus loser ou maladroit que ses camarades, juste intéressé par une autre vie que celle qui tend les bras à la plupart de ses contemporains qui ne cherchent pas à sortir du rang, préférant pour leur part en rester à ce que la société leur a choisi comme avenir.
Mais c'était sans compter sur l'arrivée de la jeune Aya Hibino, débarquée d'on ne sait trop où au départ, que Suekichi retrouvera au petit matin dans son lit après une soirée bien arrosée. Aya qui m'a tout de suite faite énormément penser à Haru de Sing yesterday for me, par son côté libre dans sa tête, assez fofolle et délurée, ne s'embarrassant d'aucun principe dans une société japonaise pourtant hiérarchisée à l'extrême, bref rafraîchissante mais pas pour autant vraiment libre dans sa vie. Même si Haru n'a pas cette incroyable faculté de se retrouver toujours vêtue d'un débardeur large ne cachant pas grand chose de sa poitrine comme Aya...

Pourquoi rapprocher également Asatte dance de Maison Ikkoku ? Par la galerie de personnages plus ou moins loufoques et décalés qu'on nous présente tout au long du manga, allant du pitoyable à l'irrésistible, de l'acariâtre belle-mère surprotégeant son fiston au yakuza amateur de comédies, sans oublier le copain profiteur qui ne cesse de ruiner et taquiner notre héros, le tout saupoudré d'un humour bourré d'autodérision (faisant immanquablement penser au style de Rumiko Takahashi ou de Mitsuru Adachi), l'ensemble ne se prenant vraiment pas au sérieux. Cela permet d'ailleurs d'aborder des sujets plus graves sans pour autant plomber l'ambiance : l'intégration difficile des étrangers dans la société japonaise pas toujours très ouverte, les difficultés de communication, les soucis d'argent, la solitude, la recherche de soi-même et de ses objectifs dans la vie entre gentil employé et saltimbanque pas forcément apprécié, etc...

N'oublions pas la bonne grosse dose d'érotisme : les premiers volumes ne sont pas avares en coucheries diverses et variées, n'apportant pas toujours quelque chose à l'histoire en elle-même (ça se calme un peu par la suite) mais permettant au moins au manga de ne pas sombrer dans l'invraisemblance de relations humaines des plus coincées et invraisemblables. Là où bon nombre de mangas restent dans le platonique et le fantasme pur (à la limite du malsain et du pathologique, le garçon se renfermant sur lui-même et ses petits fantasmes plutôt que d'approcher la fille de ses rêves plus idéalisée et "potichisée" que respectée et acceptée telle qu'elle est) avant d'arriver à l'amour puis peut-être au sexe, Asatte dance part plutôt du sexe (présenté de manière assez crue et directe, c'est sûr) pour petit à petit tisser des relations amoureuses difficiles, tendues, entre deux êtres qui ne se comprennent pas vraiment, n'osent pas vraiment ouvrir leur coeur comme ils ont pu donner leur corps. Pour autant, on n'est pas là comme devant un Step up love story ne se focalisant que sur l'instrument de Monsieur : l'individu de sexe féminin n'est pas ici qu'un objet sexuel utile uniquement pour le défouloir du vigoureux étalon, elle sait parler, dire non (même si parfois...), envoyer promener, a ses humeurs, sa répartie, bref du caractère à revendre.

L'une des choses qui pourrait freiner le lecteur tentant Asatte dance, c'est le dessin. Pour l'amateur de dessins stylisés, esthétisés à l'extrême, à la précision chirurgicale, sûr que celui d'Asatte dance est un choc. Le style peut au premier abord paraître maladroit, l'héroïne a parfois les yeux au niveau des joues, les personnages louchent... Mais l'ensemble dégage une telle vitalité, une telle fraîcheur qu'il est facile de s'y laisser aller, surtout quand le style s'améliore fortement au fil des volumes, pouvant alors donner des compositions de pages superbes.

Pour autant, si l'ensemble est plutôt drôle, joyeusement délirant, c'est au final plutôt un sentiment de désespoir tendre et de mélancolie qui se dégage, par rapport à des relations humaines tout à fait banales mais si difficiles entre individus craignant tellement l'autre qu'ils finissent par le repousser et le perdre. Il n'est pas toujours simple de savoir qui l'on est et ce que l'on souhaite, dans la banalité de notre quotidien sans héros ni exploit. Juste des êtres humains qu'on dit, à tort, sans histoire...

Droits images et couvertures: © Naoki Yamamoto 1989 - publié au Japon par Shogakukan Inc., Tokyo


- un graphisme qui devient très agréable, dégageant pas mal de fraîcheur et d'énergie
- pas mal d'humour et d'auto-dérision, évitant qu'on se prenne trop au sérieux
- une sacrée galerie de personnages: attachants, drôles, énervants, pathétiques, attendrissants...
- malgré tout, critique plus au moins visible de la société, entre préjugés, regard des autres et recherche de soi-même
- quand même pas mal de scènes "chaudes" un peu lourdes parfois
- un graphisme au départ un peu hésitant et qui peut sembler rébarbatif le temps de se plonger dans l'histoire
- bonne chance pour trouver tous les volumes (pas un défaut mais une réalité...)

Au final, une comédie de moeurs, tour à tour hilarante, sensible, érotique (voire plus...), mélancolique, sonnant souvent juste, faisant le portrait d'êtres aussi banals qu'intéressants et attachants...


Nombre de volumes lus: 7 au 15-12-2004
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DCR
19-12-2004
   S'il y a un manga qui merite d'etre reedite, c'est bien Asatte Dance. Comme l'ecrit Morgan, c'est un excellent vaudeville qui fait penser tres fort a Maison Ikkoku mais sans cette hypocrisie chronique et ce talent pour tourner autour du pot qui finissent par rendre les personnages antipathiques. Dans Asatte Dance, les personnages s'obligent les uns les autres a devoiler le fond de leur pensee.

En outre, ca change un peu des personnages de shonen et certains seinen pour qui relation amoureuse=relation platonique avec fantasmes a la cle. Ceci dit, on est loin aussi des niaiseuses scenes de sexe de nombre de shojo mangas ou les personnages semblent confondre le lit ou ils font l'amour avec le divan du psy. Yamamoto, expert du fan service (loue soit son nom), nous offre des scenes de sexe ou les personnages sont enfin decoinces et font l'amour pour le plaisir, sans culpabilite (enfin presque, vu que le pauvre Suekichi, expert de la prise de tete, a toujours l'impression de faire une bourde).
Soit dit en passant, je remarque que si l'image de la femme objet a la Syep Up revulse, le fait que Suekichi serve dans les premiers volumes de godemiche a Aya ne semble pas deranger beaucoup de monde.(^_-) Moi non plus, d'ailleurs...

Mais bon, l'nteret principal d'Asatte Dance ne reside pas dans le fait qu'il evite les defauts des autres mangas. Ce qui rend sa lecture si agreable, c'est d'abord l'humour omnipresent, que ce soit dans les situations ou les dialogues, a chaque fois qu'un personnage s'improvise en psy de bazar et se met a sortir une longue tirade, generalement dans le seul but d'accabler le heros (a propos, coup de chapeau au traducteur de Tonkam qui a reussi a rendre ce titre hilarant en VF; ca ne devait pas etre une mince affaire).
On a droit egalement a toute une galerie de personnages, sans genes, souvent imbus d'eux memes, et pourtant irresistiblement attachants et hilarants (ha, la cousine Yukiko et son air perpetuellement desabuse...). Sur ce pont, Yamamoto est le seul auteur que je connaisse a egaler le talent d'une Takahashi.

Malgre les situations rocambolesques, les personnages sont bien ancres dans la vie de tous les jours, ce qui leur donne une certaine profondeur. Qu'ils aient des problemes d'argent ou de logement, qu'ils s'interogent sur le mariage, ils debordent de verite. Ajoutons le fait que la serie tourne autour d'une petite troupe de theatre, et Asatte Dance rappelle enormemnt l'excellente 3e nouvelle du 1er recueil d'Endou Hiroki.

Le seul petit bemol, c'est que tout est tellement dedramatise par l'humour que je ne trouve pas beaucoup d'emotion dans ce manga, si ce n'est la touche de nostalgie du dernier volume.

Enfin, les dessins sont un peu desagrables au 1er abord mais deviennent rapidement irresistiblement droles (tiens, encore un point commun avec Takahashi).

Bref, l'un des meilleurs titres jamais publies en France. Je me prends a rever qu'Akata, dont un des plaisirs semble etre de critiquer les choix editoriaux de Tonkam, reedite ce manga qu'ils ont abandonne. Ca leur ferait enfin une comedie sentimentale digne de ce nom, loin du fadasse Sing Yesterday ou de Nanas mode et rock&roll.

dadou
18-12-2004
   ah enfin, Asatte dance ! pour tous ceux qui ne connaissent pas, essayer c'est adopter! j'ai adoré dès le premier volume! les personnages sont très attachants et l'humour est quasi-omniprésent, et ça se lit et se relit avec plaisir! le dessin un peu atypique a finalement un charme particulier qui rend les personnages presque plus vivants et touchants (contrairement aux dessins très nets de maison ikkoku -que j'adore également ceci dit)
je les ai achetés il y a quelques années déjà et je ne savais pas qu'ils étaient devenus introuvables, c'est bien dommage car cette série est une vraie perle.

Gally
15-12-2004
   Des années que j'ai ce manga (un de mes premiers), il était temps qu'il trouve enfin la place qu'il mérite au panthéon des chronique de Morgan !
Et je suis ravie de constater que je ne suis pas la seule à faire le rapprochement avec Sing Yesterday For Me (génial au demeurant).
Bref : merci Morgan pour cette très juste chronique :)

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