Everyday par Kiriko Nananan - 1999
1 volume (édition terminée) - Sakka
1 volume (édition terminée) - Takarajimasha
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 9,95€
Pas de planning
Couvertures japonaises Couverture française

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Miho est simple vendeuse dans une petite boutique. Son maigre salaire ne lui permet que difficilement de vivre, devant supporter les coûts de sa vie de couple avec Seiichi avec qui elle habite depuis un an et demi. Seiichi est musicien mais percer dans ce domaine n'est pas donné à tout le monde. Pour arrondir leurs fins de mois, Miho décroche alors un travail d'hôtesse dans un bar: engager la discussion avec les clients, les pousser à consommer, tout cela ne lui convient guère mais le besoin d'argent est plus important. Et puis, elle pense souvent à Hagio, son ex-petit ami qu'elle ne peut oublier malgré tout ce qui lui aura fait endurer. Pourtant, elle aime Sei...

Everyday est un manga en un volume signé Kiriko Nananan dont Casterman nous avait déjà fait découvrir Blue, toujours dans sa collection Sakka avant la prochaine sortie de Water, un recueil de ses premières nouvelles.

Un dessin d'apparence simple et dépouillé au service d'une complexe histoire d'amour, voilà ce qui semble être le point commun de Blue et Everyday.


Everyday nous fait ainsi faire la connaissance de la jeune Miho. En ménage depuis plus d'un an avec son ami Seiichi, elle vit tranquillement son quotidien, une simple routine où se mêlent les problèmes d'argent, le manque d'entrain de Sei à se chercher un boulot qu'on dira "alimentaire" puisque sa passion pour la musique ne semble le mener à rien et les questions que se pose Miho sur ce que sa vie serait si elle avait fait d'autres choix quelques années auparavant.
Enfin, ce n'est pas complètement vrai: elle n'a pas vraiment l'impression d'avoir choisi quoi que ce soit. La séparation avec son ex, Hagio, qu'elle pense toujours aimer, sa vie de couple avec Sei qui s'est mise en place un peu toute seule, sa petite routine qu'elle semble plus subir que vraiment apprécier... Est-ce ça le bonheur que tout le monde recherche ? Rien d'explosif, rien de passionnel, rien de bouleversant, juste une vie qui s'égrène au fil des jours qui passent, se ressemblant tous plus ou moins...

Miho paraît à la recherche d'autres choses. Son amour pour Hagio est toujours là et, si leur aventure aura mal tourné, la jeune femme n'a toujours pas pu tirer un trait dessus. Il reste toujours le doute "Et si..." qui lui fait voir sa relation d'apparence stable avec Sei d'un oeil un peu critique, un peu blasé, un peu désabusé à la manière d'une Madame Bovary qui ne sait pas trop ce qu'elle cherche.
Elle semble d'un caractère un peu faible, assez indécis, loin de ces battantes "wonderwomen" qu'on aime à nous présenter comme modèles, mais doit pourtant supporter à ses yeux tout le poids du ménage: Sei ne fait rien de franchement concret pendant qu'elle bosse. Leur relation stagne, n'évolue en rien, comme si aucun des deux n'avait vraiment choisi d'être là mais s'y était retrouvé un peu par hasard, parce qu'il n'avait personne d'autre. Comment se sentir impliqué dans une relation qu'on n'a pas concrètement l'impression d'avoir construite ?
Et comme toute situation ne peut stagner indéfiniment, c'est Miho qui va rompre l'équilibre en trouvant un travail d'hôtesse dans un bar. Cela ne lui ressemble guère mais l'argent leur fait cruellement défaut: difficile d'entretenir une vie à deux avec un seul petit salaire de vendeuse, même si la patronne de la boutique est une amie avec qui partager ses doutes et ses histoires.

Pressée par le manque d'argent, ne sachant plus trop ce qu'elle attend de sa relation avec Sei, elle se laisse facilement embobiner par un client qui préfère monnayer son corps que rester à lui payer des coups à boire dans un bar. Prostitution. Le mot fait peur, l'acte est lourd de conséquences et de souffrances, mais le quotidien n'en semble pas si chamboulé. Mensonges pour expliquer ses absences, dégoût de soi après l'acte, il est pourtant facile d'en rester à cette vie-là, de laisser petit à petit pourrir la relation plus par manque d'envie de se poser des questions que par réelle lâcheté. Jusqu'à ce que l'autre s'en rende compte. Pas de réelle esclandre, pas de grosse colère violente où les assiettes volent. Toujours rien de passionnel. Si Miho s'était retrouvée dans cette situation inconsciemment pour obliger les choses à évoluer, pour pousser l'autre à décider pour elle, c'est raté. L'autre ne part pas, tout redevient comme avant, même si les deux membres du couple semblent désormais si loin l'un de l'autre. Quelque chose s'est brisé...
La routine revient mais la blessure ne se referme pas: difficile pour Seiichi d'accepter de tels actes que Miho dit avoir commis pour lui, pour eux. Revient alors Hagio dans la vie de Miho: serait-ce le deuxième acte déclencheur qui fera bouger sa relation avec Sei qu'elle semble trouver trop vide ? Peut-être également un moyen d'en terminer avec cette vieille histoire que son imagination, malgré les conséquences traumatisantes, avait finalement teintée d'aventure et de passion. Mais si elle a peut-être changé, qu'en est-il de lui ? Qu'attend-elle réellement de lui, qu'espère-t-elle trouver dans cette relation qui renaît ? Est-ce vraiment de l'amour qui les unit ?

Quand à Sei, sa relation avec Miho ne paraît guère le tourmenter: pour autant, il est loin de la négliger, toujours plein de petites attentions qui empêcheront le lecteur de le percevoir comme un parasite ne faisant que profiter du travail de son amie, le rendant au contraire plutôt attachant. Il est bien plus préoccupé par son propre avenir professionnel. La musique le passionne mais lui si idéaliste, a-t-il sa place dans un business où l'argent est plus important que le talent, où le cynisme l'emporte sur la sincérité ? Doit-il se résigner à toutes les bassesses juste pour plaire aux maisons de disques ? Quelque part, on lui demande de prostituer son talent, son art: il fait alors un choix différent de celui de Miho... Peut-être est-ce pour cela qu'il a d'autant plus de mal à accepter les actes de son amie ?
Il n'est pas aussi faible qu'on l'aurait cru au premier abord. Il n'est pas du genre à rejeter sur les autres ses propres fautes même si cela l'oblige à faire des choix difficiles, des remises en question douloureuses. Il apparaît au final plus responsable que Miho, prenant les devants sans rien rejeter sur l'autre.

Nous faisant partager l'intimité du quotidien de Miho, avec son ami Sei, sa patronne, ses collègues du bar, son ex Hagio, Kiriko Nananan ne cherche pas à faire dans l'histoire d'amour spectaculaire et romanesque. Elle nous dépeint les sentiments, les émotions de ces personnes (et non juste personnages tant ils semblent réels, humains dans toute leur banalité) avec énormément de subtilité, de justesse, de tendresse, de non-dits, une sensibilité à fleur de peau qui ne parlera peut-être pas à tout le monde. Pas de petits coeurs roses, de grandes fleurs, d'yeux remplis d'étoiles ni au contraire de scènes chaudes ou d'ambiance glauque, juste des gens ordinaires qui cherchent à découvrir comment vivre ce quotidien, cette routine qu'on croirait incassable et éternelle alors qu'il suffit d'un rien pour tout chambouler.
Kiriko Nananan ne cherche pas à juger, moraliser les actes de ses personnages mais nous présente ces derniers juste avec leurs défauts - leur lâcheté, leur immaturité ou leur cynisme pour certains - mais également leurs qualités - leur sincérité, leur lucidité, leur courage de finalement prendre leur vie en main et choisir ce qu'ils souhaitent en faire. Difficile alors de ne pas se sentir concerné, immergé à leurs côtés, dans ce maelström d'émotions que rien n'indique en surface mais qui bouleverse, fait souffrir pour faire grandir. Toutes ces petites choses, ces petits riens qui construisent la vie, la leur, la nôtre, petit à petit. Obligeant ces quelques personnages à accepter la réalité des choses, perdre leurs illusions - comme cet amour d'adolescence qui n'apportera jamais rien - mais pas forcément leurs rêves, les rendant d'autant plus touchants.

Droits images et couvertures: © Kiriko Nananan / Shodensha, 2004


- un dessin simple et sobre qui met l'histoire en scène avec élégance
- des personnages très humains, complexes, avec leurs qualités et leurs défauts subtilement mis en scène
- une histoire d'amour banale (dans le bon sens du terme), quotidienne rendue avec beaucoup de justesse, touchante sans être plombante, déprimante ou moralisatrice

Kiriko nous met en scène des personnages aux multiples facettes, tels qu'on en croise tous les jours, sans extravagance ni goût du spectaculaire, juste des êtres humains cherchant à trouver leur équilibre dans leur relation aux autres, amoureuse, amicale, etc. En quelques mots: sensible, touchant, émouvant.


Nombre de volumes lus: 1 au 03-08-2005
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Miko-chan
07-08-2005
   Après avoir découvert Blue, ce nouveau one-shot m'a autant, sinon plus plu que ce précédent volume : les personnages sont dépeints avec subtilité, de manière très réaliste dans leur vie quotidienne.
Miho est une jeune fille attachante, qui doute de sa relation et que l'auteur décrit de manière sensible et juste, très humaine en fait dans son caractère et ses réactions. L'histoire peut sembler banale au premier abord, mais j'ai été vite entrainée dans ce manga, que les dessins épurés et originaux de l'auteur rendent encore plus émouvant et réaliste.
En bref ce manga est un de me coups de coeur :)

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