Reset par Tetsuya Tsutsui - 2005
1 volume (édition terminée) - Ki-oon
1 volume (édition terminée) - Square-Enix
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 7,50€
Pas de planning
Couverture japonaise Couverture française

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Un homme dans une pièce, seul. Il se lève, ouvre le rideau et lit : "Votre vie est un échec. Appuyez sur Reset." Il s'enfonce alors un style dans la gorge.
Un homme braque une banque mais ne veut pas d'argent. Il veut une réponse... et se tire une balle dans la tête devant les employés.
Depuis quelques temps, les suicides inexpliqués se multiplient et tous les indices mènent vers les immeubles du même quartier. Le jeune Kitajima enquête...

Mangaka indépendant repéré par l'éditeur Square-Enix, Tetsuya Tsutsui voit son premier manga relié sortir au Japon en mai 2005. Il s'agit de Reset, prépublié dans le magazine Young Gangan, qui sort en même temps que le volume de Duds hunt, précédemment paru uniquement sur le net (et en version papier en France chez Ki-oon).

Que diriez-vous donc de pouvoir partager avec votre voisinnage un intranet permettant de vous tenir au courant des dernières infos du quartier, des réunions, des rendez-vous, des spectacles, bref créer une communauté de quartier virtuelle et réelle en même temps ? Et pourquoi ne pas pousser plus loin... en massacrant vos charmants voisins à coup de mitrailettes, lance-flammes, couteaux et autres ustensibles guerriers ? C'est ce que propose Dystopia, un nouveau jeu vidéo qui fait fureur dans ce quartier tranquille d'Asamigawa.

L'intrigue que met en place Tsutsui est simple mais efficace, ancrée dans notre monde moderne tout en permettant de poser quelques questions : quelle limite y a-t-il entre le réel et le virtuel ? Quand sa propre vie paraît vide, sans intérêt ou que l'on se sent trop seul pour réellement se sentir exister, peut-être est-il facile de céder à la tentation d'un autre monde qu'on nous promet plus proche de nos attentes. Mais réel ou virtuel, les règles du jeu sont les mêmes en ce sens où il y en aura toujours un qui dirigera les autres et les manipulera à sa guise.
Ce monde virtuel est en tout cas le terrain idéal pour Tsutsui pour taper un peu là où ça fait mal, petite critique de société derrière une intrigue menée tambour battant.
Dans une société régie par le non-dit, les sous-entendus, la communication par codes vestimentaires ou comportementaux complexes, l'attrait d'un virtuel plus simple et plus immédiat est grand. Mais tous nos moyens de communication ultra-modernes, portables, internet, ne servent après tout pas à grand chose si on n'est même pas capable de parler aux autres et de se comprendre sans avoir besoin d'un écran interposé.
Ainsi, ce gamin qui préfère tenter le grand saut par désoeuvrement et manque d'attention peut communiquer avec qui il veut en pianotant alors que même ses parents ne lui ont au final pas adressé un mot depuis un moment. Et que dire de ceux qui, ne se sentant plus exister dans un monde réel trop vain et vide à leurs yeux, ont besoin de leur dose d'adrénaline dans leur monde virtuel, de sentir la mort les frôler en sautant du haut d'un toit sans élastique pour comprendre ce que c'est de se sentir exister... jusqu'au lendemain, où ils recommenceront la même chose, ne faisant que courir après des émotions artificielles vite oubliées.

De plus en plus, le réel et le virtuel se mêlent alors pour perturber les plus fragiles, ceux là même prêts à se jeter corps et âme dans un autre monde où ils auraient l'impression de ne plus subir de contrainte, d'être maîtres de leur propre vie... même si celle-ci est jetable, recommençable à zéro après un simple reset et donc sans guère de valeur : quel prix accorder à quelque chose qu'on a à l'infini, sans rien risquer ?
Certes, l'idée de confondre réalité et virtuel n'a rien de nouveau et fait souvent les choux gras d'une presse prompte à dégainer son stylo face aux ravages de jeux vidéos généralement mal compris, réservés selon certains à une minorité de grands gamins incapables d'assumer leur vie. On pourrait alors craindre la même leçon de morale ici, mais il n'en est rien : un des personnages principaux est un hacker, un spécialiste de la question virtuelle, qui garde pourtant les pieds bien sur terre, prenant les meilleurs côté du jeu et de la vie réelle tout en étant conscient des dangers de chacun des deux mondes. L'addiction aux monde virtuel et la perte de repères qui peut en découler ne sont alors pas montrées comme la cause du malaise de certains mais bien comme la conséquence d'une société qui abandonne, déshumanise, oublie quelque peu ses membres, cherchant alors réconfort et chaleur où ils le peuvent.
Finalement, ce monde virtuel mis en place est l'exact reflet des émotions cachées au fond de chacun : désir de vengeance, de pouvoir, de domination, rien de réellement différent du monde réel qui régule néanmoins ces envies par des limites et des lois, devenues pour certains trop lourdes à gérer et accepter. La barrière est alors vite franchie et le bourreau peut lui-même devenir victime de son propre univers.

On aurait pu craindre que ce mélange entre réel et virtuel gêne la lecture, il n'en est rien : on sait toujours parfaitement où on est, tout en se laissant toucher par le trouble de l'héroïne, néophyte qui aurait pu être la victime idéale de ce faux monde tant son opinion sur elle-même et son existence n'était pas fameuse. Son expérience et sa rencontre avec notre fier hacker lui permettra alors de faire le point avec elle-même, faire face à ses erreurs, ses faiblesses.

Le dessin de Tsutsui est toujours aussi propre et fin, d'apparence froide mais sachant insuffler un peu de chaleur et d'humanité à ses personnages qu'on prend alors plaisir à suivre, grâce notamment à une narration rythmée et bien menée.

Petit bémol néanmoins à une scène de viol, pas gratuite puisqu'elle entraîne des événements en chaîne, mais qui n'est tout de même traitée qu'en surface : cela a beau être virtuel, cela n'empêche en rien le traumatisme qui peut en résulter puisque ce virtuel est si réaliste et a autant d'impact psychologique...
A remarquer également, si la motivation de départ était la vengeance, elle est tout de même assez vite oubliée. Certes notre bonhomme est complètement taré mais tout a été lancé tout de même dans ce but et on n'en entend plus vraiment parler ensuite... Pas de retombées judiciaires, pas de recherche, rien ?

Droits images et couvertures: © Tetsuya Tsutsui 2005 - publié au Japon par Square Enix Co., Ltd.


- un dessin fin et précis, agréable et complet, sachant rester sobre sans jamais en faire trop
- une intrigue simple mais efficace
- des personnages qu'on apprend à connaître, bien plus profonds qu'on pourrait le croire
- une réflexion sur le virtuel, la solitude, l'envie de vivre
- la scène de viol n'est certes pas gratuite (et a le mérite de ne pas durer) mais ses conséquences psychologiques sur la victime sont vite oubliées...
- une intrigue de départ un peu laissée de côté ensuite...

Au final, Reset parvient, en un volume assez dense sans être lourd, a nous entraînés dans un quotidien réaliste qui pourrait se passer chez le voisin d'à côté. Confrontation du réel et du virtuel, perte de repère, solitude dans nos société si tournées vers la communication non-stop : derrière l'action se cachent quelques petites piques vers notre propre monde.


Nombre de volumes lus: 1 au 21-12-2006
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GST (Great Student Thomas)
16-02-2007
   En effet, je crois que l'essentiel a déjà été dis précédemment (tant par la chronique que par les commentaires). Je trouve que ce manga est bourré de références intéressantes surtout marquées par la réalité virtuelle (Ghost in the shell, Matrix, Tron et j'en oublie bien évidemment).
Voila sinon je trouve que le format One shot est en effet un format très spécial mais favorise le côté essai (comme pour les romans finalement) et permet à l'auteur d'aller à l'essentiel plutôt que de réaliser 50 volumes mais là c'est son choix...

Enfin, je conseille ce manga pour les fans de jeux vidéo, de réalités virtuelles et de tout ce qui a été fait à ce sujet et pour les autres qui peuvent s'essayer au format one shot (le risque n'est pas énorme en soi).

Petit avertissement que j'ai hommis d'inserer pour mon commentaire sur Manhole (à ne pas mettre entre toutes les mains confère la scène de viol notamment !!!).

skizyk
22-01-2007
   Un cran en dessous de Dud's Hunt (assez nettement même) mais au final bien sympa a lire. De l'acton, du suspens, du rythme... J'ai trouvé le dénouement un peu rapide mais bon.

Gybe
14-01-2007
   Si l'essentiel a été dit ci-dessus, je me permet d'emetre quelques réserves quant à ce titre.

Du point de vue purement graphique, ce manga est assez intéressant avec un dessin assez soigné qui sert une histoire toute autant recherchée.
L'idée de base de cette histoire est assez sympathique et peut effectivement amener à quelques réflexions sur notre société actuelle et notre propre comportement dans celle-ci surtout à cette époque ou de plus en plus de chose se font en dehors des relations purement physique avec des gens qui nous entourent (technologie, quand tu nous tiens...).

Du coup, ni le dessin, ni l'histoire première ne me feront critiquer ce titre plutôt seinen à mes yeux. Là ou je modère mes propos c'est lors de l'arrivée de notre personnage principal quasi-omnipotent/immortel dont le profil n'est que très peu fouillé à mon goût : on aurait pu appronfondir le personnage, en apprendre plus sur lui, son passé...donner plus de temps à l'histoire pour se développer...

Au final je dirais que j'ai globalement aimé ce manga et c'est probablement parce qu'il ne fait qu'un seul volume qu'il pèche un peu...un risque à prendre qui ne plaîra pas à tous les lecteurs, c'est fort dommage.

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