CRASH par Erica Sakurazawa - 1999
2 volumes (édition terminée) - Asuka
2 volumes (édition terminée) - Shodensha
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 9,00€
Pas de planning
Couvertures japonaises Couvertures françaises

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Kazuya est mannequin. Le voilà qui se réveille un petit matin à l'hôtel avec une femme dont il ne connaît même pas le nom. Tant pis, ce ne sera pas la première et on l'attend au studio. Comme d'habitude, il est en retard et ferait bien de prendre garde à la concurrence, comme ce jeune loup de Tatsuhiko que l'on dit très ambitieux. Mais voilà que son regard tombe sur une femme, celle de sa nuit d'avant. Que fait-elle là ?

Erica Sakurazawa est une habituée des collections mangas d'Asuka. Après Entre les draps en collection Yuri puis Body & Soul en collection Ladies, elle revient sous ce même label avec les deux volumes de Crash, prépubliés au Japon dans le magazine Feel young de Shodensha. Ce devrait pourtant être le dernier titre de la mangaka chez Asuka, d'autres éditeurs francophones ayant jeté leur dévolu dessus, à l'image de Kana avec prochainement Angel.

Si les mangas pour jeunes femmes adultes comme ceux de Sakurazawa sont souvent centrés sur un unique personnage féminin, Crash est plutôt un titre choral, nous proposant de suivre la vie quotidienne de trois personnes qui ne cessent de se croiser, deux hommes et une femme. Eux sont mannequins en route vers le succès, elle est une manager au sein d'une agence spécialisée. Tous naviguent en eaux troubles, tentant de (sur-)vivre dans une existence où tout ne se joue que sur l'apparence et le superficiel, tentant de surmonter leurs blessures pas vraiment cicatrisées.

Ainsi, il y a Kazuya Matsuki, le mannequin vedette du moment qui se traîne une réputation d'irresponsable j'men-foutiste, toujours en retard sur les plateaux où il ne brille pas par son enthousiasme. A se demander pourquoi il fait ce métier... Certainement pas par choix, petit fumiste se laissant flotter entre deux eaux sans vraiment chercher plus loin. Mais son air blasé et son côté flegmatique cachent en fait une grande naïveté, un peu immature : pourquoi se poser des questions alors qu'il est au top et que tout lui réussit ? Il n'a tout simplement jamais voulu voir ni comprendre que tout autour de lui était faux et que sa réussite n'a en fait rien d'un exploit personnel, juste une affaire de stratégie marketing de son agence, truquant habilement les choses pour qu'on parle de lui. Rien de bien glorieux en somme, de quoi le plonger encore plus dans une indolence fataliste. Mais sa rencontre avec la jolie Yôko Miyake qui se révèle être son manager commence déjà à bouleverser la donne...

De l'autre côté, nous avons Tatsuhiko Nakamura, l'exact opposé de Kazuya. Là où ce dernier s'est retrouvé mannequin en se laissant aller, Tatsuhiko est bourré d'ambition, prêt à tout pour devenir célèbre. Son corps qui fait tourner toutes les têtes est son outil de travail, dans tous les sens du terme... Coucher pour réussir ? Pourquoi pas, il considère qu'il faut être prêt à tout accepter pour connaître la gloire, sinon mieux vaut abandonner... Après tout, il n'est pas là pour être sympa et copiner mais pour grimper vers les sommets, qu'importe qu'on le déteste pour ça. La haine, le mépris, la jalousie, voilà des sentiments qui lui sont familiers, n'est-ce d'ailleurs pas obligatoire pour réussir ? Mais sait-il vraiment ce qu'il veut au plus profond de lui-même ? S'est-il seulement posé la question ne serait-ce qu'une fois ?
Inutile de dire que ces deux-là, aussi antagonistes dans leur caractère que proches dans leurs blessures intimes, ne risquent pas de connaître une amitié sans histoire.

La particularité des mangas de Sakurazawa se joue aussi bien sur le côté graphique que narratif. Ainsi, le trait est lâche, plus proche du croquis que du design à l'esthétisme poussé. Deux coups de crayon suffisent pratiquement à dessiner un personnage et presque tous dégagent cet air blasé par la vie, les yeux dans le vague, perdus dans leurs ambitions personnelles ou leur désillusions. Les cases sont donc très peu chargées, jouant plus sur le simple noir et blanc que sur une accumulation de trames, laissant alors apparaître petit à petit à la lumière les personnalités des protagonistes.
Autre particularité donc, ces mêmes personnages ne sont pas forcément très bavards, laissant passer énormément par des sous-entendus, des regards fuyants ou perdus. Peu de dialogues pour plus de pensées puisque l'on suit l'évolution des doutes et des introspections de chacun au fil de ses rencontres, de ses découvertes, de ses erreurs. Car si chacun a son petit caractère pas forcément très attachant en lui-même, cela le rend d'autant plus humain quand on découvre l'envers du décor, de son décor en apprenant à lire ses pensées : la désillusion d'un Kazuya qui se demande ce qu'il fait là, préférant abandonner l'autre plutôt que de subir ce même abandon tant redouté, la peur de l'attachement d'une Yôko craignant pourtant de ne plus savoir aimer et ne sachant plus si elle doit écouter son coeur ou sa raison, la découverte d'une envie profonde d'exister pour lui-même pour Tatsuhiko plutôt que d'en rester à cyniquement voir son corps se faire acheter. Bref, leur envie à tous de vivre, de ressentir cette vie, une vie jusque là anesthésiée par peur de souffrir de nouveau.
Chacun découvre alors le monde qui l'entoure, comprenant peut-être petit à petit qu'il n'est pas seul à se poser des questions, acceptant alors de s'ouvrir à autrui, un autrui choisi consciemment et pleinement plutôt que ces poupées sans âme croisées sur tous les plateaux. Après tout, n'oublions pas que le manga s'adresse plutôt à un public adulte, les dialogues pouvant être très crus et les scènes chaudes étant alors assez nombreuses (du moins pour le premier volume) mais ne cherchant jamais à tomber dans le voyeurisme graveleux puisque le but n'est pas d'exciter mais bien juste de montrer çà quel point ces personnages sont totalement déconnectés de leur propre vie, ne ressentant rien, passant juste d'un corps à un autre sans même se souvenir de la moindre étincelle. Une rencontre suffit alors à tout bouleverser pour sentir le corps vibrer à nouveau, sortir de cette léthargie sans avenir, accepter de redécouvrir les joies et les peines qui donnent le sel de toute existence. Ce qui leur manquait alors, c'était peut-être ce petit quelque chose qui pousse à accepter le risque de souffrir pour pouvoir aimer de nouveau, ce petit supplément d'âme qui leur permettrait de se libérer et de se remettre en question...

Pour autant, en nous contant petit à petit, sans lourdeur, le passé et les traumatismes de ses personnages, Sakurazawa évite toujours le piège du pathos dégoulinant, de la mièvrerie, de la bonne morale sirupeuse, du lacrymal facile, du dépressif pesant de même qu'elle ne porte jamais aucun jugement sur eux et leurs actes. Il s'agit juste d'une partie d'eux-mêmes, plus ou moins sombre, qu'ils ont dû affronter déjà par le passé mais dont ils se découvrent la force de la surmonter petit à petit, prenant conscience de leur potentiel, de leur envie d'aller plus loin que cette vie artificielle et fadasse, quitte à prendre quelques risques.

Droits images et couvertures: © Erica Sakurazawa 1999 - publié au Japon par Shodensha Publishing Co., Ltd.


- dessin très personnel de Sakurazawa, succinct mais s'adaptant bien au récit
- une narration qui coule bien, plutôt prenante, laissant le temps de poser l'histoire
- des personnages peu attachants mais qu'on découvre complexes et finalement familiers
- facile de ne pas se sentir pris dans le manga, jouant beaucoup sur la sensibilité du lecteur

Avec Crash, Erica Sakurazawa continue donc d'explorer les affres sentimentales de ses contemporains, embarqués dans des vies pleines de strass mais sans véritable stabilité ni repère, un monde où le paraître avait pris le pas sur l'être. Certes, sa vision du milieu est peut-être un peu cliché (soirées beuveries, coucheries diverses) mais cela ne nuit aucunement à l'ensemble. Et elle sait finalement peindre des personnages au départ peu attachants pour les rendre de plus en plus intéressants, complexes et familiers au fil des pages, nous donnant alors un récit plutôt prenant, sensible et même étonnamment pudique, évitant le trop plein de prétention et de sérieux.


Nombre de volumes lus: 2 au 18-07-2006
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