Nouvelles par Hiroki Endo - 1998
2 volumes (édition terminée) - Génération comics
2 volumes (édition terminée) - Kodansha
Sens de lecture français - 135x180 mm - 8,99€
Pas de planning
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Recueil de 3 nouvelles de Hiroki Endo.
Le corbeau, la fille et le yakuza: Aoki est un yakuza. Il a été gravement blessé par un rival. Le voilà recueilli dans un vieil entrepôt desaffecté par une jeune fille borgne et ses corbeaux...
L'éducation sentimentale: Minako est une jeune lycéenne. Elle vit avec son père après la mort accidentelle de sa mère et de sa grande soeur. A priori tout semble normal. Mais...
A ceux qui ne croient pas en Dieu: Un groupe d'étudiants monte une pièce de théatre mettant en scène des tueurs en série. Chacun des membres de la troupe a sa propre histoire personnelle qui interagit avec celle des autres...

Voilà donc le fameux premier recueil de Hiroki Endo, connu en France pour son manga Eden, également édité chez Génération comics. Il faut déjà noter que ce recueil date de 1998, et qu'il est sorti en même temps que le premier volume d'Eden.

Pour ceux qui aiment Eden, je pense qu'ils ne seront pas dépaysés. Niveau dessin, les deux premières nouvelles n'ont pas encore la précision et la finesse de traits qu'on retrouve dans Eden ou dans la 3ème nouvelle. Ca n'en fait pas un dessin désagréable mais moins précis et moins travaillé, avec parfois quelques approximations au niveau des visages. Rien de rébarbatif pour autant.
La narration n'est pas encore non plus totalement maitrisée, un peu fouillis parfois ce qui peut obliger à une seconde lecture. On ne sait pas toujours non plus qui parle, ce qui n'aide pas forcément à la compréhension (mais j'y reviendrai pour l'adaptation).

Regardons maintenant au niveau de l'histoire. On retrouve le côté très noir, désabusé et un peu cynique de Eden.
Les personnages vivent dans un monde pourri, noir, dur, celui des yakuza, des prostituées, des drogués, des parents qui maltraitent ou abandonnent leur gosse, des hommes qui frappent leur copine. Ils n'en sont ni heureux ni malheureux, ils s'y complaisent, semblent résignés. Ils ne font rien pour changer les choses. Ce ne sont pas des super-héros là pour aider la veuve et l'orphelin, prêts à tout pour réussir. Non, juste des humains, faibles face à leur vie. Les 3 histoires parlent de leurs réactions et sentiments face à cette vie.

Aoki de la première histoire n'a toujours connu que désillusions et coups, s'est toujours senti faible, et a toujours voulu devenir fort, être puissant, il est devenu yakuza. Mais ça n'a rien changé il est toujours aussi faible, semant la mort au lieu de donner la vie. La jeune fille sans nom qu'il rencontre est tout aussi faible. Mais elle dégage une tranquillité, un calme, une assurance que seul quelqu'un qui accepte pleinement sa vie et son destin peut connaitre. Elle est faible mais ne s'en plaint pas. Elle sait que faibles ou forts connaissent tous la même finalité, et deviennent tous égaux devant la mort, alors à quoi servirait-il de se morfondre. Elle n'a pas peur, elle est peut-être faible, mais libre. Exclue de la société, comme les corbeaux de l'entrepôt mais par choix. Finalement Aoki ne gagne peut-être pas en force, reste peut-être toujours aussi faible mais il l'accepte peut-être mieux et gagne sa liberté, perdue pendant sa course illusoire après la puissance.
D'autres personnages acceptent moins leur sort. Minako de la seconde histoire est d'un côté une gamine comme les autres, avec ses réactions de jeune fille, ses peurs, ses doutes que connait tout adolescent. Mais contrairement aux autres adolescents de son âge qui ne rêvent que d'être enfin adultes (quand les adultes regrettent eux de ne plus être ado), elle refuse cette adolescence et son évolution, elle refuse de grandir, elle refuse toute idée de sexe, d'amour physique, car pour elle grandir, c'est petit à petit s'approcher de la mort, de la déchéance. Elle refuse de changer, d'évoluer, de risquer de souffrir, elle est décalée par rapport aux autres et ne semble pas du tout sur le même plan que les camarades de son âge. Elle a des réactions d'enfant et d'adulte, on ne sait jamais comment elle va réagir, elle est très sensible à tout ce qui l'entoure...
Enfin les personnages divers de la troupe de théatre de la dernière nouvelle nous offrent un échantillon assez complet du genre humain. Les destructeurs, les blasés de la vie, les innocents, les grandes gueules, les paumés, les rescapés de leur enfance, tous portant leur croix, leur passé, leur souffrance. Ils s'étudient les uns les autres, voyant leurs différences mais sans jamais se comprendre. Ils sont ensemble, non pas par amitié ou camaraderie (on n'est pas dans Friends), mais pour atteindre un but, jouer leur pièce, tout en se découvrant, rigolant, s'aimant, s'engueulant, buvant, discutant... Rien de surfait, rien de forcé.

Et finalement c'est ça l'être humain. Un être complexe, torturé, jamais semblable aux autres, avec ses propres problèmes, sa propre manière d'aborder la vie, de se laisser vivre bien souvent, acceptant tant bien que mal les épreuves, mais sans jamais vraiment se battre, souvent passif. Rares sont ceux qui vraiment se bougent pour changer les choses. On est loin, très loin du super héros au grand coeur. Ces histoires nous parlent d'amour mais surtout des conséquences négatives, destructices du manque d'amour, ainsi que de la faiblesse humaine, de la finalité de la vie qu'est la mort. Ce n'est pas tellement l'action en elle-même qui est importante mais ce qui amène et découle de cette action (les personnages cogitent beaucoup, et nous avec).

Au travers de ces nouvelles, à l'ambiance spéciale, l'auteur arrive à dépeindre avec beaucoup de justesse des sentiments, des émotions, des relations humaines. Parfois avec drame, parfois avec humour. La première histoire donne l'impression d'un conte de fée désenchanté, mi-rêve, mi-cauchemar. La seconde est beaucoup plus noire, avec un personnage pour une fois pas du tout passif mais tragique.
Mais ma préférée reste la troisième (pas facile à suivre car il y a pas mal de personnages et on met un peu de temps à mettre un nom sur un visage). Des êtres complexes, extrèmement attachants, aux relations poussées, parfois profondes, parfois loupées, le tout dans un univers très proche de nous. Des moments très drôles, par les dialogues, par les personnages et leur caractère (la scène du restaurant ou de la perceuse m'éclatent au plus haut point). Des thèmes abordés pas très faciles non plus, mais plutôt avec justesse et sans tourner ça au mélo ou au voyeurisme.
Ca ne nous montre pas le meilleur de l'humain, c'est sûr, mais ça montre juste l'humain, tout simplement, avec ses bons et ses mauvais côtés... Ce n'est pas aussi désespéré, sanglant qu'Eden (où tripes à l'air et hémoglobine sont quand même monnaie courante) - même s'il vaut quand mieux éviter que votre petit frère de 8 ans tombe dessus - et si on veut découvrir le style de l'auteur, avec des histoires hors apocalypse et guerres, c'est plutôt un bon moyen...
A noter que si on lit le bavardage de l'auteur, on comprend d'où lui vient son inspiration pour le monde des yakuza et des prostituées...




Niveau adaptation: Couverture conforme à l'originale, sens de lecture français (qui fait que 98% des personnages sont gauchers mais bon :)). Pas de soucis d'impression, papier assez jaune. Pas relevé de fautes d'orthographe par contre une faute d'accord qui m'a faite me poser des questions sur le sexe d'un des perso, et des soucis dans les bulles. Il y a une page où je suis sûre que deux bulles ont été inversées (Katagiri et Kogure qui parlent pendant la répétition dans la dernière histoire). D'autres fois où la bulle et son texte ne vont pas avec le perso. Ca n'aide clairement pas à la compréhension. Mauvais point sur ce coup-là, vu quand même qu'on paie 9 euros alors qu'il n'y a en plus aucune page couleur...


- un dessin agréable et réaliste
- une bonne exploration de l'être humain
- des bonnes petites touches d'humour
- un univers assez noir homogène
- des personnages recherchés et intéressants
- dessin pas exceptionnel dans les 2 premières nouvelles
- pas pour tout public
- des erreurs d'adaptation

Un recueil de nouvelles dans le même ton que Eden, mais moins désespérant, humour, drame, réalisme, réflexion sur la vie, la mort, la faiblesse humaine...


Nombre de volumes lus: 1 au 09-07-2002
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raymond
22-08-2002
je suis du même avis que Fredd. Mais c'est un peu sadique et jouissif a la fois, l'auteur est bon. En fait j'aimais pas Eden (je l'avais seulement feuilleté sans le retenir) et maintenant, grace a ce recueil, j'ai envie de me forcer a lire Eden pour voir si c'est aussi bien car même si c'est un bon mangaka, ses mangas sont difficiles d'acces.

Fredd
16-07-2002
   Contrairement à certains (dont Morgan), la dernière histoire est celle qui me plait le moins : le côté violence domestique me
plait assez bien, même si je le trouve trop peu développé. Par contre, cette pièce merdique de mauvais étudiants, ça m'a
vraiment gonflé.

Le thème de la première histoire me touche mais le traitement rempli de symbolisme et cette volonté qu'à parfois Endo de
vouloir sursignifier me hérissent. C'est déjà ce que je reprochais au premier volume d'Eden.

Par contre, la deuxième histoire est pour moi un petit bijou (qui nécessite à elle seule l'achat de ce manga). Ici, pas de
lourdeurs symboliquess, on va droit au but. Endo se contente de montrer au lieu de vouloir lourdement démontrer.
Et c'est une plongée glaciale dans la noirceur absolue.
Très très fort.

Avis global : ben, j'ai peut-être paru un peu dur ci-dessus, mais bon, malgré les défauts que j'ai pointés, ça reste quand même
bien au-dessus de la production courante.
Mangez-en.

Chandler
11-07-2002
Ce recueil de nouvelles d'Hiroki Endo est tout à fait dans l'esprit de l'auteur: violent et sombre. La violence n'y est pas toujours physique, mais se manifeste également dans les sentiments des personnages, et c'est ce qui fait la force de ces histoires. Certes, elles datent déjà de quelques années, mais l'auteur est déjà très inspiré. Hiroki Endo est actuellement une valeur montante du manga au Japon, et si vous n'avez pas encore eu l'occasion de lire une de ces oeuvres ("Eden" pour ne pas la citer), vous pourrez vous faire une idée de son style avec cet ouvrage. Vous aimerez ou non, mais quoi qu'il soit, il ne vous laissera pas indifférent.

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