Cortège des cent démons (Le) par Ichiko Ima - 1995
6 volumes (édition arrêtée) - Doki-Doki
21 volumes (édition en cours) - Asahi Sonorama
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 8,95€
Pas de planning
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C'est quand il a 4 ans que Ritsu perd son grand-père, Iijima Kagyû comme il se faisait appeler en tant qu'écrivain de récits fantastiques. Mais ses romans n'étaient pas qu'issus de son imagination puisqu'il avait en fait une grande connaissance du monde des créatures surnaturelles, celui des yokai dont il s'attachait parfois les services grâce à son don, pas complètement maîtrisé, de vision de l'autre monde. Son enterrement est donc tout sauf banal et Ritsu y gagne alors un étrange allié dans son quotidien pas ordinaire... Car lui aussi a ce don de vision et douze ans plus tard, il s'en sert couramment pour aider la famille et le voisinage, souvent en butte avec certaines créatures un peu bornées...

Le cortège des cent démons est un manga débuté en 1995 au Japon chez l'éditeur Asahi Sonorama, toujours en cours sous la plume d'Ichiko Ima. C'est alors le tout nouvel éditeur Doki-Doki qui prend le pari de le faire découvrir en version française. Un pari difficile car son côté atypique rend plutôt la lecture assez exigeante. En effet, on se retrouve là face à un manga jouant sur le folklore shintô du Japon donc sa culture, fort éloignée de la nôtre.

Le jeune Ritsu a un don, celui de voir ces créatures, yokai, yoma, zakki et autres tengu. Mais ce don lui pèse car ces entités, invisibles aux yeux du commun des mortels, n'ont pas leur pareil pour harceler et désorienter, voire pire. Car si leur but n'est pas forcément le Mal comme on peut le penser en Occident où toute créature de l'au-delà n'est vue que comme une manifestation maléfique, leurs intentions restent souvent nébuleuses, effrayantes pour qui ne va pas voir au delà des apparences. Ainsi, le monstre au fond du lac qui harcèle les voyageurs n'est qu'un yokai perdu suite au décès de son maître dont il n'a pas pu se détacher.
La notion de vie et de mort des humains lui est étrangère, la notion de bien et de mal également. Chaque créature a alors sa propre manière de fonctionner, de réagir et le mal qu'elle peut engendrer n'est pas inévitable mais souvent due à une mauvaise interprétation, un manque de communication, une erreur humaine. La malédiction décrite est alors plus une mise en image des problèmes relationnels entre humains, la plupart ne se rendant pas compte de la portée de ses actes, refusant de croire, préférant oublier et ne pas voir.

Le jeune Ritsu peut donc voir, un don semble-t-il plutôt commun dans sa famille : si son grand-père en aura un peu abusé durant sa carrière d'écrivain fantastique, abrégeant sa vie, d'autres membres de la famille Iijima, plus ou moins proches, ont aussi leur pouvoir, diversement développé ou assumé. Cela donne au manga une ambiance irréelle et étonnamment chaleureuse, comme si on faisait aussi partie de cette famille pas banale où le jardin peut être le théâtre d'évènements aussi inquiétants qu'étonnants.
Car si on pense souvent qu'une histoire où se mêlent fantômes et démons ne peut avoir pour but que d'effrayer, il n'en est rien ici. On assiste à une succession d'histoires plus ou moins longues où Ritsu va devoir, un peu comme dans une enquête policière, dénouer les fils reliant le monde des esprits à celui des humains. Des histoires assez indépendantes les unes des autres même si quelques détails de certaines font surface ensuite, tissant alors les mailles d'une vie quotidienne pas ordinaire. Pas de scène gore, pas de sang qui gicle, Ichiko Ima ne joue pas la carte du spectaculaire tape-à-l'oeil qui déballe son étalage de tripes à l'air pour attirer le lecteur en mal de sensations fortes mais plutôt celle d'un tourbillon relationnel et émotionnel où chaque famille, chaque individu peut un jour se retrouver face à une créature du folklore japonais.
Certains y croient, d'autres non mais rien n'étonne réellement, que ce soit la création miraculeuse d'un étang dans un jardin bien sec en une seule nuit ou le retour d'une jeune disparue pourtant morte voilà des mois. Ritsu ne se voit pas alors en justicier des temps modernes, exorciste des mauvais démons mais juste comme quelqu'un dôté d'un don lourd à porter, à la manière de Watanuki dans XXX holic, bien obligé de se mêler de ce qui ne le regarde pas vraiment quand la vie d'autres êtres humains est en jeu, ceux-ci n'ayant pas le bagage nécessaire pour s'en sortir par leurs propres moyens. Ainsi, la mort côtoie la vie, mais sans aucune lourdeur ni déprime, juste comme une étape nécessaire à franchir à un moment ou à un autre, à accepter. Pas de larme, pas de sentimentalisme exacerbé, pas de patho exagéré, juste la vie qui s'écoule.

Mais ce qui fait du Cortège des cent démons un manga plutôt exigeant tient non seulement à son utilisation constante de la culture japonaise (à laquelle il faut accepter de se frotter pour avancer, sans ennui pour autant) mais aussi à sa manière de la mettre en scène.
La narration est ainsi plutôt complexe, pas toujours très fluide, n'aidant pas toujours à mettre tous les morceaux dans l'ordre. Si cela demande alors une implication supplémentaire au lecteur, cela ajoute au style mystérieux et brumeux du manga. Tout finit toujours par s'expliquer, il ne faut juste pas le lire avec un esprit trop rationnel. Ainsi, de nouveaux personnages apparaissent régulièrement, récurrents ou non, apportant une épaisseur supplémentaire à l'ensemble, qu'ils soient esprits, yokai ou humains, tout n'étant jamais très clairement défini au départ.
Au lecteur d'accepter de se laisser embarquer dans ce voyage où il côtoie esprits farceurs ou vengeurs ou fantômes reufsant l'autre monde.

Le style graphique est des plus agréable, s'améliorant au fil des volumes, donnant un côté plutôt doux et tendre à l'ensemble. Une tendresse qu'on retrouve également dans les nombreuses notes d'humour parsemant le récit et allégeant considérablement les moments plus tristes des différentes histoires, notamment par les deux volatiles Karasu Tengu, Ojiro et Oguro, voulant bien faire mais sans vraiment en avoir les capacités, donnant alors d'autant plus de travail à leur jeune maître Ritsu, déjà pas toujours aidé par son yokai protecteur mais vorace répondant au doux nom d'Aorashi, celui-ci n'ayant rien trouvé de mieux que d'utiliser le corps du père du jeune homme.
La galerie de personnages ne cesse donc de s'étendre, nous présentant des caractères toujours travaillés en profondeur, plutôt amusants, comme la blasée et déterminée cousine Tsukasa : elle refuse obstinément ses visions bien que son lourd héritage n'arrête pas de la mettre face à des situations plus rocambolesques et surprenantes les unes que les autres, l'obligeant alors à sortir de son mutisme un peu lugubre. On finit par se sentir totalement immergé dans cette famille toujours tournée vers le traditionnel mais acceptant le temps qui s'écoule, sans nostalgie ni misérabilisme, au milieu d'un univers bigarré et toujours animé de créatures plus étranges les unes que les autres. Et si le folklore japonais imprégne chaque page, il n'est finalement pas si difficile de s'y sentir chez soi, avec un peu d'efforts...

Note : série arrêtée, annonce faite par Doki-Doki lors du Japan Expo 2008.

Droits images et couvertures: © Ichiko Ima 1995 - publié au Japon par Asahi Sonorama Co. Ltd.


- un dessin qui devient particulièrement fin et élégant
- une plongée complète dans le folklore shinto japonais
- des personnages attachants et travaillés en profondeur
- des histoires jamais répétitives, ne jouant jamais le gore ou le tape-à-l'oeil, sortes d'énigmes policières version yokai
- beaucoup de chaleur et de tendresse qui se dégagent, agréméntées d'une bonne dose d'humour
- une narration parfois pas très fluide, rendant la lecture un peu exigeante

Un manga plutôt atypique, ne jouant pas sur l'horreur pure ou l'action hyper-rythmée mais bien sur le quotidien d'un jeune homme face à des yokai un peu trop entreprenants.


Nombre de volumes lus: 4 au 12-12-2006
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Leguman
19-06-2009
   Un excellent manga ! L'histoire évolue lentement mais sûrement, et on s'attache de plus en plus aux personnages au fur et à mesure qu'on en découvre davantage sur leur personnalité. Comme déjà évoqué, les dessins vont aussi en s'améliorant et sont somme toute très agréables une fois qu'on s'habitue au trait de l'auteur.

Malheureusement les ventes ont été trop basses en France pour continuer la série... Comme c'est décevant !! Il ne restera plus qu'à compter sur l'édition US pour lire la suite si Doki Doki ne se décide pas à reprendre la série. L'éditeur US Aurora Publishing a nommé la série "Beyond Twilight" et vient de sortir le 1er tome (le 31 mai 2009). Affaire à suivre donc.

Pour aller plus loin dans le même style de folklore, pensez à jeter un oeil à "La Forêt de Miyori", "Le Pacte des Yôkai" et pour la Corée, "Dokebi Bride" (en espérant qu'il ne soit pas arrêté lui aussi...).

eve
18-04-2007
   Un de mes coup de coeur du moment ! J'avais trouvé le premier tome sympathique, sans plus car je n'accrochais pas trop au dessin, mais comme il est dit dans la chronique, celui-ci s'améliore de tome en tome. Aujourd'hui (au tome 6), je trouve le trait de l'auteur très fin et j'apprécie de plus en plus son style graphique mais aussi son style scénaristique, qui il est vrai peut surprendre mais auquel on s'habitue vite.

Ce qu'il y a de vraiment intéressant dans le développement du manga c'est que le plupart des personnages gagnent en densité, on découvre de plus en plus les personnalités et le passé des membres de la famille IIJIMA, ce qui les rend tous très attachants, de même que les tengu Oguro et Ojiro qui enchaînent les gaffes sans le vouloir ^_^

Enfin, un manga sur le folklore japonais apporte un certain vent de fraîcheur dans la production actuelle. Sa lecture me change agréablement de tous ces shônen ou shôjo (certes très prenants) car on entre là pleinement dans les croyances populaires et le bestiaire fantastique japonais.

Je suis donc particulièrement ravie que les éditions Doki Doki aient fait ce choix audacieux et je recommande chaudement ce manga à tous !

Mon seul regret, le rythme de parution, qui est trèèèès lent, mais comme l'auteure prend aussi tout son temps au Japon, je comprends un peu qu'il ne sorte pas un tome tous les 2 mois... mais que l'attente est longue...

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