Solanin par Inio Asano - 2005
2 volumes (édition terminée) - Kana
2 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 10,00€
Pas de planning
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Meiko s'ennuit. Voilà six ans qu'elle sort avec Taneda, illustrateur sous-payé qui enchaîne les nuits blanches pour un patron pas bien compréhensif. Elle est Office Lady, sans grande conviction, végétant dans un boulot qui ne lui sert qu'à faire des économies. Régulièrement le couple retrouve Ai, Katô et Crack, pour quelques répétitions du groupe de rock que les garçons ont formé il y a quelques années à la fac. Puis Meiko démissionne...

Solanin est le troisième titre d'Inio Asano à sortir en relié, et le premier à proposer une histoire continue sur deux tomes. On y retrouve néanmoins toujours les mêmes sujets qu'il a pu développer au fil de ses précédentes nouvelles, ses questionnements sur la vie, posées par de jeunes adultes, à peine sortis de la fac et pas franchement emballés à l'idée de rentrer dans une vie qui n'a d'active que le nom, pépère et routinière.

Meiko est une jeune Office Lady qui s'ennuie dans un job sans intérêt, ayant du mal à accepter de devoir faire semblant d'être épanouie dans une société sans éclat. Ce qui l'agace en fait le plus face à ce monde d'adultes à la vie si terne, piteuse et vide, c'est qu'elle finit par sentir qu'elle aussi en fait partie à sa manière. Au lieu d'être différente des autres, de la masse de moutons neurasthéniques se contentant béatement de la médiocrité ambiante, au lieu de finir par exploser car elle ne le supporte plus, elle se rend compte qu'elle s'y fait, tranquillement, comme tout le monde. L'idéalisme de la jeunesse n'est finalement qu'une façade qui ne la protège pas de l'indifférence et du fatalisme des adultes qui l'entourent, eux-mêmes anciens jeunes idéalistes ayant rangé leurs rêves et leurs illusions au fin fond d'un placard qu'ils continuent sans doute de pleurer sans avoir le courage d'y faire face. Dans un sursaut - d'orgueil, ou de lucidité, tout dépend du point de vue -, elle recouvre sa liberté. Mais une liberté sans but, c'est l'ennui assuré, se rend-elle compte finalement très vite.
À ses côté, Taneda, jeune freeter rêveur et aussi indécis qu'elle, cherchant lui aussi sa place et sa raison d'être là. Voilà six ans que ces deux-là sont ensemble, apprenant à connaître l'autre, à se supporter, à découvrir ce que signifie une vie à deux depuis que Taneda a emmenagé avec elle. Une vie toute simple, paisible, en compagnie de leur troupe d'amis, le couple Ai-Katô et le célibataire Crack. La musique les réunit, autour de leur groupe qui cristallise tous leurs doutes, leurs peines, leurs joies. Doivent-ils rentrer dans le rang, oublier leur rêve, devenir comme ces adultes sans fantaisie, encroûtés dans leur routine confortable tellement tiède ? Ou se lancer corps et âme dans leur passion, quitte à se ramasser, se faire briser leur rêve, se faire ratatiner par la critique qui décide qui a le droit d'exister et qui ne le mérite pas ? À moins que tout ça n'ait pas vraiment d'importance et que ce qui compte, c'est simplement d'être là, ensemble, sans se poser de questions...

Les jeunes d'Inio Asano le disent eux-même, ils vivent dans un quotidien médiocre et ennuyeux. Ils ne se servent néanmoins pas de ça comme d'un prétexte pour justifier leur spleen, leur inaction, leur indécision, leur peur, leur manque d'envie de participer à la société, il ne s'agit que d'une constatation, sans aigreur, sans victimisation, sans amertume. Ils se doutent bien qu'ils ne changeront pas le monde, même s'ils peuvent parfois l'espérer, en rêver, mais ce ne sont pas des héros. Ils n'en sont pas tristes ou déprimés pour autant, juste interrogatifs sur ce qui les attend, la route qu'ils vont suivre, les choix qu'ils vont bien devoir faire puis assumer.
Mais alors qu'un certain équilibre était en passe d'être atteint, leur paisible quotidien est soudainement bouleversé par un événement tragique. Un événement qui oblige la petite troupe et notamment Meiko, à tout revoir et finalement à prendre pleinement leur vie en main, à avancer, à dépasser leurs peurs et leurs doutes.

Au fil de ses œuvres, Inio Asano explore les mêmes thèmes sans jamais pour autant tourner en rond ou lasser, faisant évoluer sa réflexion au travers de ses personnages, au fil du temps qui passe, pour eux comme pour lui. Des questions qu'on se pose tous, plus ou moins consciemment mais qu'il parvient à proposer sans pour autant de la jouer moralisateur ou juge, détenteur de la bonne parole ou expression de la seule et unique vérité qui en l'occurrence n'existe pas. À chacun de trouver ses réponses au fil de ses expériences, quitte à se tromper, s'égarer, hésiter du moment que ça permet d'avancer. Le bonheur, ses personnages le recherchent sans vraiment savoir ce qui se cache derrière ce mot, et c'est sans lourdeur, sans cynisme, sans défaitisme qu'ils avancent avec nous.
Leur quotidien n'a rien d'exaltant, on s'y plonge pourtant sans hésitation, cotoyant ces gamins tendrement attachants, ne s'apitoyant jamais sur leur sort pas forcément facile mais pas non plus glauque ou déprimant. Beaucoup d'humour et d'ironie accompagnent leur quête d'une existence pas trop chiante, rendant l'ensemble avenant et immédiatement sympathique, notamment à l'œil grâce au dessin toujours aussi doux, maîtrisé et serein d'Inio Asano, parvenant à raconter le pire comme l'ennuyeux avec toujours beaucoup de délicatesse et de pudeur.

Contrairement à ses autres titres, la narration est ici bien plus linéaire, jouant moins sur les retours en arrière impromptus d'une page à l'autre, suivant simplement un groupe de copains au travers de leurs regards et de leurs points de vue personnels, permettant de s'approcher au plus près de leur intimité sans le moindre voyeurisme nauséabond pour autant.
Comme ils le disent eux-même, parvenir à vivre simplement sa vie n'est pas si facile que ça et c'est en s'accrochant, même sans y croire complètement, qu'on finit forcément par arriver quelque part. L'important n'est alors peut-être pas "où" mais "avec qui" ?

Droits images et couvertures: © Inio Asano 2006 - publié au Japon par Shogakuan Inc., Tokyo


- des personnages attachants, drôles, émouvants, touchants, pas parfaits mais jamais horripilants dans leurs questionnements et leurs doutes
- un scénario a priori très simple mais qui s'avère prenant et profond, poussant le lecteur à s'interroger, sans prise de tête
- un dessin maîtrisé, doux et détaillé, apaisant et serein malgré tout ce qu'il peut raconter
- une narration rythmée, plus linéaire que dans les précédents titres d'Asano
- comme toujours avec ce mangaka, on accroche à son univers et être totalement séduit ou pas du tout et trouver ça profondément chiant

Avec Solanin, Asano s'essaie pour la première fois au récit complet après deux premiers recueils. Moins noire que certaines autres de ses histoires, elle nous réserve pourtant bien des surprises et des émotions, parvenant à toucher, amuser et interroger sans lourdeur ni déprime, au travers d'une troupe d'amis attachants et drôles.


Nombre de volumes lus: 2 au 28-03-2012
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