Shiori & Shimiko par Daijirô Morohoshi - 1996
5 volumes (édition arrêtée) - Doki-Doki
6 volumes (édition en cours) - Asahi Sonorama
Sens de lecture japonais - 147x210 mm - 8,95€
Pas de planning
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La jeune Shiori est bien embêtée : le parc qu'elle traverse tous les jours pour aller au lycée a été le théâtre d'une macabre découverte, celle de morceaux d'un corps démembré, un bras, une jambe... et une tête que les policiers ne trouvent pourtant pas. Normal car c'est Shiori qui, prise d'une impulsion inexplicable et un peu embarrassante, a décidé de la prendre avec elle et de la garder dans sa chambre. Mais que faire d'une tête décapitée ? Heureusement, son amie Shimiko peut certainement l'aider : fille d'un bouquiniste, elle trouvera sans doute la solution dans un de ses livres bizarres. Par exemple, celui au titre évocateur de "Comment élever une tête décapitée"...

Shiori et Shimiko est un manga de Daijirô Morohoshi, paru chez l'éditeur japonais Asahi Sonorama où cinq volumes sont pour le moment disponibles. La prépublication se fait dans le magazine japonais Nemuki, qui propose de l'horreur pour un public féminin.
Et en effet, au programme : horreur et humour noir. Comme pour Dorohedoro ? Pas vraiment... Là où Dorohedoro joue sur le contraste entre le gore et le quotidien de ses personnages pas ordinaires, Shiori et Shimiko joue plutôt sur l'absurde et le grotesque de ses situations.

Shiori et Shimiko sont deux copines d'école ordinaires... si l'on excepte la passion de Shimiko pour les livres les plus farfelus possibles, étant devenue plutôt calée sur tout ce qui concerne le morbide, les légendes macabres et autres joyeusetés du même style. Ca tombe bien, vu que le surnaturel surgit toujours n'importe quand dans cette petite ville d'I-no-Atama. Pourtant, c'est bien souvent Shiori, la tête en l'air, qui se retrouve sans le vouloir dans des situations totalement décalées et extrêmes, risquant d'y laisser sa peau à chacune de ses sorties.

En effet, leur ville est souvent le théâtre d'événements particulièrement bizarres : jardins répliques de l'enfer, torii vivants, châteaux hantés par des princesses particulièrement retorses, têtes coupées au coin de la moindre rue, maison qui apparaît en une nuit... Sans oublier bien sûr les nombreux esprits, démons et autres monstres plus ou moins bien intentionnés. Ainsi la femme de M. Dan, l'écrivain excentrique que se doit d'avoir toute ville liée à l'au-delà digne de ce nom, est d'une taille disons peu ordinaire mais ne passe ses journées qu'à tenter de vivre sa vie de femme au foyer classique tout en évitant de faire exploser leur maison suite à un geste malencontreux. Quant à leur fille Cthulhu (référence évidente à Lovecraft), elle ajoute l'énergie de son jeune âge à un esprit assez... dévastateur, dirons nous. Le genre de fillette dont le baby-sitting est toujours rempli de surprises et d'imprévus délirants, comme le découvrira vite Shiori, incapable de dire non quand on lui demande gentiment la pire des choses... même de promener un animal invisible...

L'humour totalement décalé du manga naît du pragmatisme et de l'esprit pratique de Shimiko, comme habituée aux phénomènes étranges de par ses lectures, et de la capacité d'adaptation de Shiori, bien plus capable de garder un peu de sang froid face à des fantômes avides d'âmes ou des corps décapités qu'on ne pourrait le croire venant de cette ingénue, face à des situations qui d'ordinaires au départ basculent d'un coup dans l'absurde et le grotesque pour redevenir ensuite tout à fait normales, comme si rien ne s'était passé. Les dialogues n'en sont que plus drôles et savoureux, n'en faisant jamais trois tonnes, gardant toujours une simplicité rafraîchissante et finalement un rien effrayante de par leur banalité détachée.

Pour autant, il ne faut pas croire que l'horreur de Shiori et Shimiko a de quoi faire fuir les non-adeptes d'horreur (dont je suis), qu'il fera tout de même frissonner de temps à autre pour mieux les accrocher par sa noirceur (jamais lourde, déprimante ou désagréable), son détachement et son inventivité. Certes, l'environnement de la ville est assez spécial mais l'auteur ne joue jamais sur des effets gores gratuits, parvenant même à donner des airs comiques aux monstres adeptes de chair humaine et autres têtes coupées sans foyer.
L'ambiance qui se dégage des pires situations n'est étonnamment pas vraiment malsaine ou dérangeante, mais tout de même rendue un rien flippante et même angoissante par des situations qu'on a tous connues en imaginant le pire. Ce pire justement arrive toujours ensuite à Shiori et Shimiko, donnant donc à l'horreur le visage du quotidien.
On n'a d'ailleurs jamais les explications de tel ou tel phénomène - comment expliquer l'inexplicable - nous laissant au même niveau que les deux héroïnes, devant simplement accepter d'affronter leur quotidien pas banal. Les deux jeunes filles, par leur caractère loin de toute nunucherie geignarde, forment un duo attachant et drôle, capable de gérer les situations les plus bizarres et décalées avec intelligence et naturel.
Le trait de Morohoshi fera sans doute fuir les adeptes d'un trait fin jouant à fond la carte de l'esthétisme. Mais il s'accorde en fait plutôt bien au style du récit, mêlant noirceur et lumière, dessinant des corps mouvants, inhumains, sans jamais chercher la facilité du gore ou de la surenchère. Et la narration impose bien vite son rythme, sans temps morts.

Droits images et couvertures: © Morohoshi Daijirô 1996 - publié au Japon par Asahi Sonorama Co. Ltd.


- des personnages aussi drôles que décalés, attachants que tordus
- des histoires bourrées d'inventivité et d'originalité, ne reculant devant pratiquement rien...
- beaucoup d'humour décalé, assez noir, grotesque
- une ambiance assez unique, entre peur et loufoquerie
- un dessin qui ne joue pas sur son esthétisme et pourra donc rebuter...
- un style plutôt original qui ne parlera sans doute pas à tout le monde

Mêlant vie quotidienne bien familière et événements sortis tout droit de l'enfer, Morohoshi parvient à nous surprendre par l'inventivité de ses histoires aussi drôles que morbides et décalées. Au fil de ses nouvelles auto-conclusives (et qui n'auront donc jamais de fin) mais qui apportent au fil des pages de nouveaux éléments enrichissant les récits suivants, c'est quasiment un manuel de survie en eaux troubles que nous propose ici Doki-Doki. L'éditeur français nous permet ainsi de découvrir une oeuvre inclassable, imprévisible, totalement inhabituelle. Pourquoi s'en priver ?


Nombre de volumes lus: 3 au 03-11-2007
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