Survivant par Takao Saito - 1976
10 volumes (édition terminée) - Kankô
10 volumes (édition terminée) - Leed sha
Sens de lecture japonais - 105x150 mm - 6,95€
Pas de planning
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C'était venu d'un coup, sans prévenir. Alors qu'il était en balade dans une grotte avec ses amis, le jeune Satoru avait senti une énorme secousse. Il s'était alors retrouvé seul, prisonnier des roches. Sa sortie à l'air libre l'avait mis face à une réalité apocalyptique : tout avait été défiguré par une catastrophe inconnue. Seul, sans nourriture, sans arme, sans rien pour survivre, comment le jeune homme allait-il pouvoir affronter une nature redevenue maîtresse des lieues ?

Survivant est un manga signé Takao Saito qu'on avait déjà pu découvrir, très partiellement, en France avec la sortie d'un pavé Best of de sa série phare, Golgo 13, chez Glénat (qui va d'ailleurs réitérer l'expérience d'ici peu avec un second Best of). Mais ici, c'est Kankô, branche manga de l'éditeur Milan, qui nous propose l'oeuvre post-apocalyptique de Saito dans sa version bunko (poche) en dix volumes de plus de 350 pages chacun.

Le postulat de départ fait évidemment penser à Dragon head : un adolescent banal se retrouve d'un coup confronté à un monde ravagé par une catastrophe inconnue. Mais la comparaison s'arrête là. Là où Dragon head s'attachait à mettre en image la terreur humaine dans un monde ravagé plongé dans un désespoir irrémédiable, Survivant propose une vision plus "optimiste". Le jeune garçon rescapé a beau être seul, son énergie de vivre n'en ressort que plus brillamment et il est prêt à tout affronter pour survivre, avec toujours l'espoir d'un lendemain plus radieux malgré tout ce qui lui arrive.
Car rien ne lui sera épargné : bestialité humaine qui n'a rien à envier à la férocité d'animaux sauvages affamés, bouleversements climatiques, famine, maladie... Et malgré cela, Satoru est toujours là, remontant la pente à chaque fois, à force d'acharnement et d'une détermination sans faille.

On pourrait croire que la lassitude prendrait vite le pas sur le reste, que l'intrigue tournerait en rond au bout de quelques centaines de pages, il n'en est étonnamment rien. Les situations sont constamment renouvelées, restant prenantes et imprévisibles, et le jeune homme doit toujours trouver de nouveaux moyens pour subsister et faire face à une nature redevenue totalement hostile pour l'habitant privilégié des villes qu'il était. Sa prise de conscience est même plutôt brutale, comprenant alors à quel point la vie lui était facile alors qu'il ne savait pas en profiter.
Les volumes s'apparentent presque à un manuel de survie tant tout y est abondamment documenté. Les lecteurs de Golgo 13 ne s'en étonneront pas, Saito a le souci du détail et explique chaque découverte de son héros, de la plus terre-à-terre à la plus évoluée, sans pour autant devenir barbant, donnant un côté très Robinson Crusoë au quotidien semé d'embûches de son personnage.
Ainsi, celui-ci devra faire fi de ses réflexes d'enfant des villes en réapprenant à tuer pour se nourrir, devant faire taire toute sensiblerie par nécessité, sans pour autant y perdre cette grande part d'humanité qui le caractérise. L'homme redevient ainsi le chasseur pouvant également être chassé, reprenant sa place dans un équilibre naturel qu'il avait cru, à tort, pouvoir durablement dominer.

Satoru n'est en tout cas pas sans faille comme peut le paraître son homologue Golgo 13, puisqu'il ne s'agit après tout que d'un ado peu entraîné à la survie en conditions extrêmes comme l'est son illustre aîné. Mais dans les deux cas, Saito se plaît à mettre en scène des êtres humains poussés au delà de leurs limites pour parvenir à survivre, devant apprendre à ne compter que sur eux-mêmes, sur leur instinct, leurs sens.

Evidemment, Satoru est un peu naïf, ne connaissant pas grand chose de la vie et il lui sera sans doute plus difficile encore de survivre aux agissements absurdes de ses congénères qu'aux soubresauts d'une Terre agonisante.

Eh oui, car si ce manga a plus de 30 ans, sa mise en scène de catastrophes climatiques ne peut que faire écho à ce dont on n'arrête plus de nous parler aujourd'hui au moindre JT. Preuve s'il en est que la possibilité de catastrophes écologiques ne date absolument pas d'hier mais que notre prise de conscience n'en aura été que plus longue, plus tardive.
Pour autant, Survivant ne se veut pas moralisateur sur ce point, ne basant tout que sur des faits, nous mettant simplement face aux conséquences possibles de nos agissements, rendant donc d'autant plus fort son message de sensibilisation sur la responsabilité de nos actes.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul sujet sur lequel l'humain est montré sans complaisance. Là où la société nous oblige à nous en tenir à des règles de vie en communauté, l'apocalypse vécue par les personnages de Survivant aura tout fait voler en éclats. Quand sa survie est en jeu, l'humain est capable du pire comme du meilleur, ce dernier étant représenté évidemment par Satoru, sorte d'être redevenu vierge à la suite de la catastrophe. Il ne passera évidemment pas les dix volumes complètement seul mais ses rencontres rendraient misanthrope toute autre personne (la gente féminine n'y apparaît pas d'ailleurs forcément à son avantage...). Plus fort que la TV réalité pour dévoiler les plus noirs et vils instincts humains : l'expérience de la survie post-apocalyptique !
Mais toujours, Satoru se relève et espère, cherchant et traquant la moindre présence de ses congénères dont il ne peut se passer malgré tout. Sa force de caractère, si elle est énorme, ne cache pas complètement l'enfant qu'il est encore un peu, prêt à rêver et à espérer plutôt qu'à s'enfoncer dans l'aigreur ou le cynisme. Donnant ainsi à Survivant énormément d'énergie et de chaleur malgré un monde défiguré mais jamais mort ou déprimant. Et ne dédaignant pas non plus les petits moments d'émotion, particulièrement simples et immédiats, rendus d'autant plus forts qu'ils sont rares et donc d'autant plus importants.

Droits images et couvertures: © Saito Productions / LEED Publishing, 1976-1978 - publié au Japon par LEED Publishing Co., Ltd., Tokyo


- Un dessin plutôt précis et sobre, cherchant juste à raconter son histoire sans esbrouffe
- Un scénario qui dévoile petit à petit ses mystères sans pour autant tout baser là-dessus
- Un véritable manuel de survie documenté et rythmé
- Une vision sans concession des comportements humains dans une situation apocalyptique
- Des petites touches d'humour et d'émotion qui surgissent par ci par là
- Une grosse énergie de vie qui se dégage par le courage du personnage principal
- Reconnaissons que Satoru n'a pas souvent de chance dans ses quelques rencontres ce qui peut donner une impression de "trop"...

Saito n'est pas de ces auteurs à en faire des tonnes : son trait est simple mais détaillé, immédiat et intemporel et sa narration particulièrement rythmée. Ainsi, à partir d'un postulat a priori simple, il parvient à mettre en scène avec subtilité, pragmatisme, sobriété et intelligence une grande aventure tant humaine que morale, nous mettant face à nous-mêmes. Et vous, combien de temps survivriez-vous ?


Nombre de volumes lus: 6 au 18-11-2007
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Blood
18-11-2007
Une très belle chronique pour un manga malheureusement trop méconnu (espérons que Kankô aille au bout de la publication...), et il est certain que la génération Naruto ne trouvera pas son compte dans cette série. Mais ils ont tort ! Survivant est une excellente BD, prenante, bien écrite, parfois angoissante, et surtout inspiratrice de Dragon Head (Mochizuki a dû dévorer Survivant quand il était petit). Du grand art !

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