Jin par Motoka Murakami - 2001
17 volumes (édition en cours) - Tonkam
20 volumes (édition terminée) - Shueisha
Sens de lecture japonais - 128x180 mm - 9,35€
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Juin 2000, à Tôkyô. Un inconnu est amené à l'hôpital. Il doit être opéré d'urgence, tâche qui incombe au neurochirurgien de garde ce soir-là, le docteur Jin Minataka. Il retire au patient une étrange tumeur, en forme de fœtus... L'opération est un succès mais le docteur Minataka commence à entendre des voix. Un soir, le patient disparaît et quand le médecin le retrouve, c'est pour plonger dans un autre univers... et finalement se réveiller à Edo, future Tôkyô, en 1862.

Jin est un manga de Motoka Murakami, toujours en cours au Japon chez l'éditeur Shueisha où il est prépublié dans le magazine Super Jump. C'est Tonkam qui se charge de sa sortie francophone.

À la manière de Zipang de Kawaguchi, le héros de Jin se retrouve projeté dans le passé de son pays à une période critique - ici, la fin imminente du shogunat Tokugawa qui règne depuis 260 ans, le proche avènement de l'ère Meiji et le retour au pouvoir de l'Empereur. À tout moment, il risque de profondément modifier l'avenir de par ses actes en tant que médecin, les vies qu'il sauve, les méthodes révolutionnaires qu'il dévoile à ses collègues d'une autre époque que la sienne. Mais la question n'est ici qu'émise par petites touches, Jin n'ayant aucun moyen de savoir précisément les répercussions de ses actions et de ses choix, 138 ans plus tard : modifie-t-il son avenir ? En créé-t-il un nouveau ? Existe-t-il encore à son époque ? Où et quand existe-t-il réellement ? Peut-il rester en 1862 alors qu'il vient de l'an 2000, peut-il réellement se sentir vivre dans cet environnement sorti du passé ou n'est-ce qu'un rêve fugace où il ne se sentira jamais que spectateur ?

Tant de questions qui ne peuvent évidemment pas trouver de réponses simples et définitives et qui hantent donc les pensées du jeune neurochirurgien, aussi généreux et humble qu'un certain docteur Tenma (Monster), ce dernier n'ayant jamais hésité à sauver quelqu'un en danger même en étant poursuivi par toutes les polices du pays, ne pouvant laisser quelqu'un mourir s'il pouvait l'empêcher... Ici, c'est souvent sous un regard rempli d'une incrédulité rageuse sinon sous la menace d'une arme, d'une mort certaine, d'une vengeance que Jin opère et tente de sauver des vies, dévoilant les secrets d'une médecine qui n'existe pas encore, utilisant des découvertes et des instruments chirurgicaux qu'aucun médecin du XIXème siècle n'avait encore imaginé. Inutile donc de dire que le jeune homme rencontre bien souvent suspicion, mépris et jalousie à son encontre, certains étant semble-t-il plus intéressés par leur gloire et leur pouvoir personnels que par la nouvelle possibilité donnée de sauver des vies jusque là considérées comme perdues.

Ainsi, on ne passe pas son temps à s'interroger sur les répercussions temporelles et philosophiques des actes du jeune praticien mais on est pleinement plongé dans sa vie au beau milieu d'un Édo (futur Tôkyô) du XIXème siècle grouillant de vie, avec ses épidémies fulgurantes et meurtrières, ses samouraïs sortant leur sabre pour des broutilles et taillaidant à tour de bras, et autres accidents bien souvent mortels pour une médecine ne connaissant ni la pénicilline, la stérilisation, le sérum physiologique et autres merveilles du XXème siècle pour qui veut rester en vie.
On alterne donc entre différents plans : les scènes d'opérations sont particulièrement précises et intenses, détaillées sans pour autant trop nous perdre dans un jargon incompréhensible pour le néophyte n'ayant pas fait au moins cinq ans d'école de médecine. On assiste également à des discussions plus politiques où Jin en découvre plus sur la réalité qu'aucun manuel d'Histoire ne pourra jamais le préciser. Sans oublier heureusement des scènes plus légères et drôles où le jeune homme doit apprendre à gérer l'impétuosité et les manières d'une époque bien loin de ses habitudes même si, au-delà de la centaine d'années qui les sépare, cela reste de simples hommes comme les autres.

Mais en 1862, les rixes sont monnaie courante : d'un côté, ceux qui voient l'arrivée des étrangers comme une étape peut-être douloureuse mais nécessaire et potentiellement bénéfique pour permettre au Japon d'avancer après 250 ans de fermeture au reste du monde, de l'autre, ceux qui n'y voient que risque d'ingérence et de perte d'identité et souhaitent donc la chasse pure et simple des étrangers. Car l'arrivée des anglais et autres américains conduit forcément à un choc de deux cultures qui doivent tout apprendre l'une de l'autre en un temps record...
Jin, par ses méthodes avant-gardistes, provoque alors l'hostilité des deux camps : les adeptes de la médecine chinoise bien implantée dans le pays ne voient en lui qu'un charlatan vendu à l'étranger et donc forcément nuisible tandis que les apprentis de la médecine occidentale ne sont guère ravis de se retrouver face à des connaissances si pointues, eux qui se sentaient si fiers d'être à la pointe du progrès de leur époque... Quand ils assistent alors en personne aux opérations de Jin, ils balancent entre incrédulité, peur et fascination, ne pouvant s'empêcher de s'interroger sur l'origine des connaissances miraculeuses d'un tel homme.

Pour autant, Jin ne joue pas vraiment la carte du miracle du XXème siècle face à l'archaïsme arriéré et primaire du XIXème. Si ses méthodes sont souvent nouvelles, Jin ne peut utiliser que ce qu'il a sous la main, les matériaux, les remèdes existants : il ne va pas sortir un scanner ou un médicament de synthèse de sa grange ! À lui de déployer des trésors d'imagination pour réussir à soigner des maladies aujourd'hui faciles à combattre avec les moyens de sa nouvelle époque. Nous voilà alors face à des courses contre la montre, contre la mort, pour que finalement le miracle de la vie continue son numéro.

Bien sûr, le personnage de Jin manque un peu de nuance : il est brave, intelligent, humble, dévoué à sa mission et rien ne saurait l'en écarter, n'ayant besoin que d'un sourire pour se relever, sachant rester fort face à la menace si une vie est en jeu. Pas de noirceur, de déprime, d'accès de colère, c'est un héros positif, noble et courageux qui donne à tous la force de dépasser leur condition souvent difficile. Il ne fait aucune distinction de classe, de sexe ou de richesse du moment qu'il s'agit de sauver des vies.
Mais il n'en est pas moins attachant et sympathique et son entourage bigarré regorge de forts caractères, y compris chez les femmes. Ainsi, il y a sa jeune assistante Saki, en avance sur son temps et ne voyant pas son statut de femme comme un véritable frein à son envie d'apprendre la médecine, ou Nokazé la courtisane, connaissant les risques de maladie liés à son activité et retrouvant en Jin sa propre peur de ne pas vraiment exister, étant enfermée dans une vie de prostituée de luxe à qui pratiquement tout est interdit.

Finalement, c'est justement en se dévouant à sa tâche que Jin parvient à se convaincre qu'il existe réellement : se battre pour que la vie gagne, pour qu'un coeur reparte, se sentir vibrer quand un malade condamné parvient à s'en sortir, voilà ce qui permet au médecin de savoir qu'il est réellement là et pas qu'un spectateur d'un autre monde juste présent le temps d'un songe. Loin de son hôpital et de ses infrastructures ultra-modernes, il redécouvre la médecine de proximité, la sensation de réellement se battre contre la mort, sans barrière, sans protection. Et son histoire nous permet de nous plonger dans un autre monde, une autre époque et d'en saisir ses caractéristiques, ses particularités avec chaleur et humanité sans avoir l'impression de dormir sur un bouquin d'Histoire ennuyeux et trop détaché de la réalité.

À noter que les deux premiers volumes étaient proposés au tarif de 7,50€ avant que le troisième ne passe la série à 9,00€.

Droits images et couvertures: © Motoka Murakami 2000 - publié au Japon par Shueisha Inc., Tokyo


- un dessin fin et précis, détaillé et parfaitement lisible
- une narration dynamique, y compris durant des opérations intenses mais jamais trop longues
- une galerie de personnages plutôt diversifiée, certains très attachants, d'autres plus ambigus...
- une plongée documentée et vivante, jamais barbante dans la ville d'Édo à la fin du XIXème siècle
- Jin est quand même sacrément idéaliste, plutôt lisse et sans défaut...

Jin s'avère vite être une plongée passionnante et passionnée dans le Japon du XIXème siècle, au côté d'un médecin brillant et attachant ainsi que d'une ribambelle d'autres personnages aux motivations diverses et variées. Instructif, divertissant, bien rythmé, alternant gravité et légèreté, un bon moment de détente.


Nombre de volumes lus: 5 au 28-04-2008
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marion
14-02-2013
   je trouve se mange super y nous parle de L'histoire du japon avec les vieille tradition sur une pointe de romantisme, mais on vois que sa parle bien de médecine
avec sertin mots ace complique mais on nous les explique très bien

Langage SMS, injures, allusions aux scans interdits. Merci également de développer un minimum votre avis.
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