Dramanga par Svetlana Chmakova - 2005
2 volumes (édition arrêtée) - Albin Michel
3 volumes (édition terminée) - Tokyopop (USA)
Sens de lecture français - 126x190 mm - 6,50€
Pas de planning
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Chris et son petit ami Derek viennent présenter leur manga amateur à Yatta Fest, grande convention annuelle. C'est l'occasion pour la jeune lycéenne de rencontrer de nouveaux potentiels lecteurs mais aussi son idole mangaka, de glaner plein de bons conseils... mais aussi de se rendre compte que son petit ami est un imbécile dragueur complètement égocentrique. Voilà alors que débarque le ténébreux Matt, un garçon qui n'a pas son pareil pour casser son entourage...

Dramanga (Dramacon en VO, on peut comprendre qu'ils aient préféré changer le titre pour la sortie française...) est un manga américain signé Svetlana Chmakova, une jeune canadienne d'origine russe repérée par l'éditeur américain Tokyopop. En France, c'est Albin Michel qui nous le propose dans sa collection peps (volume sans jaquette volante).

Dramanga nous plonge dans le monde nébuleux des conventions d'anime, notamment du côté des stands de fanzines... En effet, chaque volume nous propose de suivre les quelques journées de la jeune Chris lors de la convention de Yatta Fest, d'année en année. Le premier volume est donc celui de la nouveauté, de la première immersion pour la jeune apprentie scénariste. Les longues files d'attente pour le cosplay, les traumatisantes Sailor moon mal rasées, les rencontres plus ou moins bonnes... La jeune lycéenne va aller de découverte en découverte et pas que du côté des festivités puisque sa petite vie aussi va subir quelques bouleversements, notamment à cause de son petit ami Derek, le roi des machos irresponsables.
Le second volume nous montre une Chris plus mûre d'un an et plus sûre d'elle, même s'il suffit d'un rien pour briser sa petite carapace de confiance.


On ne suit donc que quelques jours dans l'année de la vie de Chris et pourtant, Chmakova parvient à nous la rendre attachante et crédible, nous apportant quelques détails sur sa vie au détour de quelques dialogues, développant son caractère avec peu de choses. La galerie de personnages autour d'elle s'enrichit rapidement, nous montrant une bonne bande de copains réunis par une même passion, parfois bien dévorante mais jamais débilisante même si certains individus rencontrés lors de la convention ne sont pas franchement à leur avantage.
De la fan de cosplay à la gothic lolita, on a même droit au traditionnel extrémiste du manga, ne supportant pas qu'on puisse dire qu'un manga peut ne pas être japonais et refusant ainsi de jeter un seul coup d'oeil à tout ce qui ne vient pas de l'archipel nippon (quel forum manga n'a pas eu droit à sa polémique à ce sujet ?). Chmakova insiste même beaucoup là dessus, notamment au travers du personnage de Lida Zeff, mangaka professionnelle et idole de Chris, répondant sans doute par la même occasion à ses détracteurs même si ceux-ci refuseront de toute façon obstinément d'ouvrir un de ses volumes sous prétexte qu'elle n'est pas née au Japon.
Le milieu des fans de japanime est ainsi dépeint avec réalisme, sans complaisance mielleuse, l'auteur pointant du doigt l'extrémisme et l'intolérance de certains même si ça n'empêche pas qu'il y ait une bonne ambiance pour peu que le respect et la tolérance soient de mise.
Car Dramanga reste une comédie et c'est l'humour son ingrédient premier. L'auteur n'hésite pas à utiliser nombre de SD pour représenter Chris, montrant les questionnements et les atermoiements de son héroïne, notamment en matière de relations amoureuses.
Sa rencontre avec le beau Matt, grinçant et cynique garçon qui saura la dérider et même la protéger de cet abruti de Derek (là encore, Chmakova évite de traiter le sujet avec trop de légèreté comme on le voit hélas bien souvent dans certains shôjo manga où le mec peut tout se permettre avec sa copine puisqu'il l'aaaaaaiiime), est ainsi l'occasion de nouveaux chamboulements. Leur relation en devenir n'est jamais montrée de manière niaise ou guimauve, l'humour et l'autodérision évitant toute prise au sérieux trop rigide, mais joue à fond la carte romantique du grand amour aux multiples obstacles à franchir. C'est sûr que ce n'est pas en trois jours sur un stand qu'il est facile de construire quelque chose de solide pour l'avenir...

Mais Chris n'est pas la seule à se poser des questions, Chmakova profitant de son manga pour s'interroger notamment au travers du personnage de Bethany dans le volume 2 sur le métier de dessinatrice de BD, toujours vue aujourd'hui comme un métier sans avenir et pas bien sérieux. Trouver sa voie et l'assumer sans pour autant foncer tête baissée quand on sort des bancs de l'école reste une épreuve difficile aujourd'hui et l'expérience parlera sans doute aux lecteurs américains comme français.
Ainsi, si Chris rêve d'être scénariste, elle ne s'attend pas pour autant à y arriver en claquant des doigts, sachant qu'elle a encore beaucoup à apprendre et pas le niveau. Elle profite alors simplement des expériences et des rencontres pour passer un bon moment. Pour peut-être un jour pouvoir saisir une opportunité. Tout cela reste crédible, l'héroïne a du talent mais n'a rien de magique.

Du côté du dessin, s'il n'est pas toujours complètement maîtrisé, et s'il faut aimer les mentons trèèèèèèès pointus, il reste tout à fait agréable, la jeune dessinatrice parvenant qui plus est à gérer sa narration avec beaucoup de rythme et d'efficacité, l'histoire toute simple de Chris ne souffrant d'aucun temps mort. L'idée de ne montrer ses personnages que quelques jours par an à l'occasion de chaque volume est plutôt originale et bien menée, permettant de suivre sur la durée l'évolution de chacun.
Il est également amusant de lire un manga où on retrouve exactement ce dont regorge le net, les forums, les engueulades, les débats qui n'en finissent jamais, les menaces de "de toute façon je le mettrai sur mon blog !". Cela ne supportera peut-être pas l'épreuve du temps mais pour l'heure, ça ajoute un côté plutôt fun.
On ne se retrouve donc pas là face au travail d'une passionnée de manga se contentant de recracher sur le papier ce qu'elle a pu lire de ses homologues japonais mais ayant totalement digéré ses influences et sachant en sortir le meilleur.

Droits images et couvertures: © Svetlana Chmakova 2005 - publié aux Etats-Unis par Tokyopop Inc., Los Angeles


- un dessin simple et efficace, expressif
- une narration rythmée et maîtrisée
- des personnages attachants qu'on apprend à connaître sans pour autant les suivre tout le temps
- un grand bol d'humour et d'autodérision qui n'empêche pas pour autant de prendre les sujets plus sérieux avec pas mal de doigté
- une mise en image du petit univers des fans de japanime plutôt bien vue, qui égratigne sans méchanceté mais sans complaisance non plus
- du punch et de la fraîcheur, un grand bol d'air revigorant
- le rythme d'un volume par an va être un peu frustrant...

Bref, Dramanga s'avère être une bonne surprise, regorgeant d'humour et de tendresse mais ne se voilant pas la face sur un milieu parfois bien intolérant. Prônant plutôt l'ouverture et la curiosité envers les autres, voilà qui s'avère rafraîchissant, sans compter une histoire romantique bien menée et mignonne à souhait, tout en ne jouant pas la chasteté exacerbée de bon nombre de shôjo où le simple fait de se regarder dans les yeux fait mourir le couple de bonheur. Les dialogues sont bien écrits et sonnent juste, les personnages se développent au fil des pages, bref, une oeuvre à suivre avec attention...


Nombre de volumes lus: 2 au 22-12-2007
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guillaume
23-07-2009
   Génial. J'ai aussi découvert ce manga grâce à "Mangaverse". Je dois avouer que je ne l'aurai sinon probablement jamais ouvert. Car l'éditeur a une curieuse façon de se lancer dans l'édition de mangas, un peu sur la pointe des pieds en murmurant "Désolé, ne faites pas attention je ne fais que passer". Le titre est bon mais rien ne le mets vraiment en valeur. La couverture fait plus penser aux romans pour ados, voir à la bibliothèque rose, pas du tout a du manga. Le rythme de parution est lui, désarmant. Quant au site de l'éditeur, la partie manga ressemble à un champs en jachère. Dommage car le livre est intéressant à plusieurs titres.

Égoïstement il m'a permis de me replonger 10 à 15 ans en arrière quand je me jetai comme un mort de faim sur toutes les conventions mangas qui passaient sur Paris, et fleuraient bon l'enthousiasme et le coté amateur (fanatique !!:)) Mais je suis bien conscient que ce petit coté nostalgique ne pourra concerner et fonctionner pour tous les lecteurs.
Ce qui m'intéresse vraiment dans "Dramanga" c'est toute la réfléxion portée sur le travail d'auteur, les difficultés inhérentes à ce métier, comme à ses plaisirs. On n'est pas sur une réflexion de façade mais on sent toute l'envie et tous les doutes de l'auteur elle même, exposés par le biais de son héroïne. Intéressant.
La spontanéité et l'enthousiasme du personnage principal est aussi une vraie bouffée de fraicheur et est tout à fait crédible.
Après le reste est plaisant, mais toutefois assez classique. Il reste que que malgré tous les clichés utilisés pour cette histoire d'amour(un personnage secret et blessé, un peu noir mais en même temps terriblement attirant, une histoire impossible, le fameux trio amoureux, et j'en passe), elle reste fraiche et très agréable à suivre.

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