Sumomomo, Momomo par Shinobu Ohtaka - 2005
12 volumes (édition terminée) - Kurokawa
12 volumes (édition terminée) - Square-Enix
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 6,90€
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Kôshi Inuzuka est un adolescent comme les autres : brillant lycéen, il se destine à une carrière de procureur et bosse comme un fou pour atteindre son objectif. Mais il est le fils du chef d'un des douze clans de martialistes, celui du Chien, et son avenir est de se marier avec Momoko Kuzuryû, l'héritière du clan du Dragon, pour que la paix puisse perdurer. Mais comment faire quand on déteste les arts martiaux pour accepter d'unir sa vie avec celle d'une martialiste déchaînée, la fiancée la plus forte du monde ?

Sumomomo, Momomo est un manga en douze tomes de Shinobu Ohtaka, prépublié dans le magazine Young Gangan de l'éditeur japonais Square-Enix. C'est Kurokawa qui se charge de l'édition française. À première vue, nous voici face à un classique manga de baston, mais...

Tout commence un peu comme un manga façon Hideki Owada, c'est-à-dire comme une série complètement déjantée où l'humour le plus con et le plus exagéré fait s'enchaîner les gags à toute vitesse. Le nekketsu, l'esprit du combat qui anime un héros jeune, valeureux et souvent bien naïf, fait bouillir son sang - litteralement parlant parfois... - et le pousse à l'extrême dans le sérieux et les grandes déclarations emphatiques.
Ici, le héros est une fille ce qui ne l'empêche pas d'être une valeureuse et puissante combattante - beaucoup des guerriers du manga sont d'ailleurs des filles, sans doute car l'auteure est une femme - et évidemment un peu neuneu et naïve, n'ayant pour autre but que de se consacrer à sa mission en tant qu'héritière du clan du Dragon, à savoir procréer avec l'héritier du clan du Chien... Mais ce dernier ne correspond en rien aux fantasmes de sa quasi-nouvelle épouse, n'ayant apparemment aucun talent de martialiste, aucune puissance et surtout aucun goût pour la castagne depuis une humiliante rencontre dans son enfance ayant quelque peu coupé son élan de futur chef. En clair, du point de vue martialiste, c'est un gros nul qui fait pitié.
Se sachant irrémédiablement faible, il ne voit plus son salut que dans le respect le plus inflexible de la Loi, ses exploits de justicier devant alors attendre son futur métier de procureur. L'arrivée d'une petite martialiste obstinée va évidemment quelque peu bouleverser ses plans, lui le peureux et le faible devant alors faire face au débarquement de guerriers toujours plus forts prêts à en découdre avec l'héritier du clan du Chien.

À ce moment-là de l'histoire, on peut penser que le manga va rapidement devenir répétitif et prévisible, Kôshi cherchant juste à sauver ses fesses avec quelques lectures de loi et la manipulation d'une fiancée débile prête à tout pour gagner son amour. Mais la série parvient sans peine à se renouveler régulièrement, résolvant les quiproquos classiquement énervants en deux pages, alternant les moments de grosses castagnes avec les instants de "simple" vie quotidienne, le terme simple étant à prendre avec des pincettes puisque la vie quotidienne avec une tribu de martialistes n'a rien de très classique et encore moins de reposant. Pas évident de vivre entouré de gens qui peuvent vous briser tous les os du corps avec leur petit doigt.
Ohtaka s'amuse alors à utiliser et détourner tous les clichés des mangas de baston, avec les noms d'écoles à rallonge et les coups spéciaux des combattants totalement ridicules, les dialogues à base de "mais quelle extraodinaire puissance" déclamés avec un tel sérieux par les martialistes totalement déconnectés du monde classique que le décalage entre la vision du normal Kôshi et celle de tous les guerriers qui l'entourent en devient totalement hilarant. Ainsi, difficile pour un gars lambda d'apprendre en dix minutes à "faire bouillier son sang dans les veines" quand ça semble tellement évident pour les autres...

De plus, malgré les apparences, l'auteure ne cherche pas à faire fantasmer son lectorat masculin avec des ado prépubères sapées comme des infimières slaves sorties d'un nanar hot des années 70. Les filles du manga ont 17 ans, et pas 12, et seule la malheureuse héritière du clan du Cheval a vraiment droit à ses minutes de gloire sexy, jouant à la perfection le rôle de l'intello binoclarde bien sage sous laquelle se cache une guerrière aux formes pulpeuses dont les fringues rétrécissent au fur et à mesure de l'avancée de ses combats, grâce aux bons soins de son adorable et attentionnée grand-maman, sachant comment faire exploser la force de sa puissante descendance à grands coups de honte suprême. On rit alors bien plus qu'on ne se rince l'œil, l'auteure n'ayant pas peur d'aller jusqu'au bout de ses idées les plus tordues - la pudeur vertueuse de la pauvre jeune fille innocente en prend régulièrement plein les chicots pour le plus grand plaisir des zygomatiques du lecteur.

On se croirait également dans un manga de Yuki Yoshihara quand la pauvre Momoko rêve d'enfin consommer son union avec son bien aimé, se transformant en personnage SD comme toutes les héroïnes de la reine du shôjo sexy quand leurs hormones se mettent à bouillonner et se prenant tous les vents possibles et imaginables de la part d'un Kôshi pas vraiment très intéressé à l'idée d'engendrer une progéniture, lui qui ne rêve que de normalité et de la routine bien lisse d'un simple lycéen sans histoire...

Mais au delà de ces multiples moments de rigolade, Ohtaka parvient à donner beaucoup de profondeur à ses personnages, qui ne sont pas que de simples pantins là pour jouer les débiles et se ramasser des mandales à chaque page. Beaucoup sont simplement très seuls et tristes : les plus chanceux ont réussi à trouver quelqu'un sur qui s'appuyer, avec qui partager quelque chose, mais les autres rêvent d'un amour impossible, leur cœur battant pour une personne qui leur échappera toujours. Énormément de tendresse et d'émotion se dégagent alors de ces moments plus doux, voire mélancoliques où les sentiments se révèlent, par un simple mot, un regard, un geste d'apparence anodine qui en dit pourtant long.
Liés par un destin et un héritage familial qu'aucun n'a choisi et qui les emprisonnent plus qu'ils ne les épanouissent, tous ces jeunes martialistes tentent alors de trouver un sens à leurs efforts et à leurs souffrances, au delà de la simple castagne. À quoi bon se battre et être le plus fort quand on n'a aucune raison valable de le faire ? Ainsi, Momoko par exemple, qui pourrait n'être qu'une cruchouille débile et totalement aveugle dans son amour obsessionnel, se révèle bien plus profonde et complexe au fil des rencontres, des combats et des bouleversements qu'Ohtaka ne se prive pas d'aligner au fil des volumes. Elle est même particulièrement impressionnante de classe et de force dans certains combats qui n'ont absolument rien à envier à certains shônen.
L'auteure parvient d'ailleurs à créer toute une petite bande de personnages variés et travaillés, bien plus complexes qu'on pourrait le croire au premier coup d'œil, tous étant attachants dans leur recherche d'une vie où ils ne seront plus tiraillés entre leur lourd et exigeant devoir d'héritiers de techniques ancestrales et leurs simples rêves d'ado.
Kôshi se retrouve même au fil des volumes au milieu d'un harem de martialistes féminines en folie, prêtes à tout pour qu'il succombe à leurs charmes très particuliers... Pas sûr que ce soit vraiment une aubaine pour lui d'ailleurs, la position de bourreau des cœurs n'étant pas très rassurante quand ses groupies ont la force de détruire un immeuble avec leur petit orteil.

Ohtaka fait preuve d'un coup de crayon maîtrisé et agréable, complet et parfaitement lisible, en plus d'une narration dynamique qui parvient à faire cohabiter les gags les plus énormes, les combats les plus intenses - difficile de lâcher les derniers tomes - et les regards les plus tendres. Aucun temps mort ne se fait ressentir durant les douze volumes et on ne sait jamais ce que l'auteure va inventer au chapitre suivant pour faire évoluer la relation de Momoko et Kôshi et faire vivre son petit monde peuplé de doux dingues déjantés et de guerriers assoiffés de pouvoir.
Humour débridé, auto-dérision totalement assumée, réactions excessives, combats dantesques, personnages attachants et travaillés, tenues sexy facilement déchirables, émotion qui surgit sans qu'on s'y attende... Sumomomo, Momomo a de quoi surprendre le lecteur qui acceptera de se prêter au jeu de la fiancée la plus forte du monde.

Droits images et couvertures: © Shinobu Ohtaka 2009 - publié au Japon par Square Enix Co. Ltd.


- un dessin maîtrisé, précis, sachant donner une personnalité propre à chaque personnage
- une narration très dynamique et accrocheuse tout en étant tout à fait lisible
- des personnages diversifiés et travaillés, complexes et très attachants, chacun devant trouver sa place et assumer ses choix au delà de ses devoirs
- un scénario aux multiples visages, commençant comme un manga comique pour gagner en profondeur et en intensité au fil des pages
- une énorme dose d'humour complètement déjanté qui sait aussi céder sa place à l'émotion et au sérieux quand la situation l'exige
- douze volumes, pas un de trop tout en permettant de faire le tour de l'histoire
- impossible de lâcher la lecture au bout de quelques volumes : est-ce un défaut ? Pour garder un minimum de vie sociale, oui...

Manga de baston destructrice, manga de gags délirants, manga harem où un jeune mec se fait courtiser par plein de nanas tueuses, manga sexy où une pulpeuse jeune fille passe son temps à voir sa pudeur se ratatiner, manga romantique où une ado est prête à tout pour prouver la sincérité et la profondeur de son amour à l'élu de son cœur, manga de magouilles politiques où les douze clans doivent trouver leur place dans un monde où la force a changé de visage, manga simplement humain où des gamins doivent parvenir à dépasser leur lourd héritage et leurs responsabilités pour trouver leur propre voie et un sens à leur vie... Voilà les mutiples facettes qui se dévoilent au fil des pages de Sumomomo, Momomo. Un mélange parfaitement réussi qui laisse comme un grand vide une fois la dernière page tournée...


Nombre de volumes lus: 12 au 02-11-2010
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sweetpasta
18-11-2010
   Superbe critique qui m'a donné envie d'y jeter un oeil et finalement les deux. J'aime pas les bastons, ni les harems, mais j'ai adoré ! Surtout pour le côté délire, mais aussi pour le côté plus sérieux, avec des personnages plus attachants les uns que les autres.
Bref, totalement d'accord avec Gally qui résume bien la chose.

Gally
18-11-2010
   Gros coup de cœur de l'année avec Otaku Girl, Sumomo fait partie de ces mangas "délires" trop rare qui casse des codes bien établis (potiche au premier abord, c'est Sumomomo qui dégomme les méchants pour sauver son beau un rien psycho-rigide et qui supplie pour coucher). En plus Herbv n'a pas aimé de même que Cyril, grand gage de qualité ! Que du bon je plussoie cette chronique (forcément pleine de bon sens)

Herbv
06-11-2010
   Pour ma part, je n'arrive pas à accrocher à cette série que j'ai trouvé très décevante (pourtant, j'ai insisté jusqu'au tome 5 ou 6), certainement à cause de Greg qui m'a fait plusieurs fois l'article de façon trop enthousiaste. Je vois qu'il devait être sincère et que ça peut vraiment plaire à certains lecteurs vu la teneur de cette chronique. Si les deux premiers tomes, éventuellement le 3ème, sont plutôt réussis grâce à une parodie plutôt bien gérée, l'histoire devient trop 1er degré et plonge dans la nullité. Et ce ne sont pas les chroniques de Cyril sur Mangavoraces qui vont me donner envie de reprendre la série malgré le présent texte élogieux...

Meier Link
04-11-2010
   Lecture en cours également (tome 9 aussi) et même avis, si ce n'est sur les combats. Je trouve l'aspect shonen un peu moins réussi lorsqu'il tente d'être sérieux, les combats qui laissent l'humour de coté manquent un peu de charme, même s'ils sont nécessaires à l'équilibre du manga. Mais ce n'est pas un défaut très présent, la grande majorité de l'histoire étant surtout branchée gros délire. J'ai d'ailleurs beaucoup ri à la lecture de Sumomo (ah le chapitre spécial sur l'achat de la maquette…) et aux malheurs de tous ces personnages, tous très attachants (mention spéciale à Tenka et Hanzo).

Stéphane L.
02-11-2010
   Lecture en cours (9 tomes sur 12) et je suis en total accord avec cette critique. A l'instar de Reborn, Sumomo Momomo arrive à allier phases humoristiques et moments critiques à merveille. On passe de l'un à l'autre de manière fluide et agréable.
On arrive facilement à se mettre à la place du personnage principal (on va éviter de parler de héros) entouré de martialistes qui voit le monde différemment du reste des gens normal dont il fait parti.
J'ai beaucoup aimé ses tentatives d'entrainement par son père et les moments où il espère trouver une solution pour éviter un duel qu'il va forcément perdre.

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