Rémina, la planète de l'enfer par Junji Ito - 2005
1 volume (édition terminée) - Tonkam
1 volume (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 9,00€
Pas de planning
Couverture japonaise Couverture française

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En 20xx, le professeur Oguro vient de recevoir le prix Nobel suite à sa découverte d'une nouvelle planète arrivée dans notre univers par "un trou de ver". Il la baptise Rémina, du nom de sa fille de 16 ans, celle-ci faisant bientôt ses premiers pas dans le show-business, idolâtrée de tous. Mais voilà qu'on découvre que cette nouvelle planète à la trajectoire surprenante fait disparaître tous les astres qu'elle approche et qu'elle semble désormais se diriger vers la Terre...

Rémina, la planète de l'enfer est un one-shot de Junji Ito, maître de l'horreur dont Tonkam nous a déjà fait découvrir Spirale, Tomié, Gyo sans oublier Le mystère de la chair, à sortir en juin 2008.

Junji Ito n'a pas son pareil pour mettre en scène nos pires cauchemars, n'hésitant pas à toujours repousser les limites de l'imaginable pour nous faire entrer dans un monde terrifiant et désespéré où l'être humain a finalement de la chance quand il meurt dès les premières pages...
Après les spirales obsédantes de... Spirale, la tueuse immortelle et vindicative de Tomié et les immondes bestioles parasites de Gyo, c'est au tour d'une planète de devenir le nouveau cauchemar de l'humanité dans Rémina. Âmes sensibles s'abstenir, car même si le niveau de gore n'est pas bien élevé, la tension monte elle très vite à son paroxysme. On est alors pris au coeur de cette course effrenée à la survie, sans véritable issue pourtant, l'être humain semblant condamné quoi qu'il arrive, de par ses actes, sa mentalité profondément violente et individualiste. Le rythme est oppressant, désespéré, mais également prenant et fascinant, gagnant en intensité au fil des pages en nous faisant véritablement plonger dans une folie sans fin et presque jubilatoire.

Mais Junji Ito ne joue pas la carte de l'horreur gratuite, celle des éviscérations et des effets gores juste là pour choquer le lecteur. En effet, l'auteur se sert de l'horreur pour révéler les pires travers de l'être humain, rarement noble et chevaleresque quand sa vie en dépend. Tous les sentiments humains y passent, poussés à l'extrême par la gravité des situations rencontrées et aucun ne résiste, chacun devenant un nouveau prétexte à plus de violence, de haine, de passage à l'acte de la part d'une foule en délire prête à croire n'importe quoi, même le prétexte plus grotesque, si on lui assure sa survie en retour : une survie mais à quel prix ?
La jeune Rémina, qui aurait dû suivre son intuition qui lui disait de refuser de donner son nom à une planète venue d'on ne sait où, devient alors le bouc émissaire de tout ce que l'humanité pourrait avoir à se reprocher, devant porter le fardeau d'un génocide finalement plus le fait d'hystériques survivants que de la seule planète de l'enfer, qu'on ne peut pourtant pas voir non plus comme très hospitalière...
Certes, la jeune fille n'est en soi pas bien captivante, simple réceptacle des passions humaines : d'abord idole des foules si facilement manipulables et prévisibles puis symbole du mal à détruire par tous les moyens, même les plus odieux, paraît-il pour le bien de tous... Comme d'habitude, Junji Ito nous ressort sa jeune fille aux cheveux longs et aux grands yeux apeurés qui passera son temps à hurler en se faisant secourir par le mâle de passage, ne pouvant rien face à un destin inéluctable semble-t-il.

Finalement, le sauveur - mais pour combien de temps - s'avère être celui qui s'était retiré du monde, de ses modes, de son hystérie, de son hypocrisie et de ses convenances sociales plus à même de créer des animosités et de les nourrir que d'assainir les relations.
On retrouve d'ailleurs ce type de personnage dans la captivante nouvelle en fin de volume, Des milliards de solitudes, sous les traits d'un jeune adulte retiré du monde qui le voit s'écrouler autour de lui quand chacun commence à se terrer dans son coin par peur de mourir... Survivre seul, sans contact ou mourir collectivement : quel merveilleux choix...

Ainsi, Junji Ito ne juge pas et n'assène aucune vérité : la foule, le groupe, les liens sociaux sont les nids de ses désastres, l'énergie humaine pouvant facilement se déchaîner dans les pires actes au moindre incident, mais la solitude, la rupture de tout lien social empêche toute survie à long terme et anéantit toute société. L'être humain est alors condamné à quotidiennement supporter les autres, à commencer par lui-même, à apprendre à gérer ses vices et ses mauvais côtés jusqu'à ce qu'un jour, inévitablement, le verni social finisse par craquer et laisse se déverser la folie meurtrière d'une espèce plus à même de détruire et de haïr que de se raisonner et de dépasser sa peur, quelque soit son niveau de technologie ou de civilisation. Personne n'est à l'abri, quelque soit son statut, sa richesse, son éducation.

Bref, l'humanité selon Ito n'a pas de quoi être fière. Car l'apocalypse selon l'auteur, si son déclenchement n'a ici évidemment rien de très vraisemblable, est parfaitement plausible par rapport aux réactions du citoyen lambda confronté à sa peur de mourir, à sa capacité à laisser sa bestialité et sa haine prendre le pas sur tout le reste. C'est grinçant, incisif, osé, fort, intense.
Si en plus de ça, on ajoute un dessin précis, détaillé, maîtrisé, sachant mettre en image une apocalypse plus vraie que nature, une narration dynamique et sans aucun temps mort qui empêche de reposer le livre avant de l'avoir fini, on obtient là une oeuvre d'horreur intelligente tout à fait réussie.

Droits images et couvertures: © Junji Ito 2005 - publié au Japon par Shogakukan Inc.


- un dessin expressif, maîtrisé, détaillé
- une horreur réfléchie, qui ne cherche pas le gore gratuit tout en étant plutôt prenante voire jubilatoire
- une mise en scène de la folie humaine percutante et intense
- un scénario plutôt original et imprévisible, drôle et grinçant
- l'héroïne est encore assez potiche, même si elle représente plus un symbole qu'un réel personnage

Comme à son habitude, Junji Ito nous propose dans Rémina un récit d'horreur hors norme, captivant et intense, mettant en scène l'humanité dans tout ce qu'elle de plus noir et de plus fou, prête à tout pour survivre. Dynamique, fort, jamais déprimant ou trop lourd même si l'espoir n'est pas vraiment de mise...


Nombre de volumes lus: 1 au 04-04-2008
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Blood
07-05-2008
   De l'excellent travail de la part de Junji Ito, une histoire prenante et angoissante fort bien menée, effectivement sans temps mort, et une image pas bien brillante de l'humanité. Si vous ne craignez pas de vous confronter au pire de l'humain, lisez Remina.

Muriel
04-04-2008
   Un très bon one shot du très grand Junji Ito, dommage que ce style de manga soit aussi rare en France.
En tout cas il faut signaler le très bon travail de Tonkam sur cette oeuvre avec une couverture des plus soignées reste a attendre jusqu'a juin pour voir un autre one shot qui s'annonce tout aussi bien.

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