Limited Lovers par Keiko Yamada - 2004
3 volumes (édition terminée) - 12 bis
3 volumes (édition terminée) - Akita shoten
Sens de lecture japonais - 115x180 mm - 6,50€
Pas de planning
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Lycéenne populaire grâce à l'argent de sa famille, Karin Kakimoto profite de la vie sans vraiment s'y intéresser. Une chute dans un escalier change tout et l'envoie directement dans un fauteuil roulant où les conséquences de son comportement d'avant lui reviennent en pleine figure, dévoilant les jalousies et les mesquineries de ses prétendues amies. Elle rencontre alors Teppei Okita, son médecin qui va devoir la forcer à accepter son nouvel état d'handicapée, même si elle s'obstine à croire qu'elle pourra remarcher si elle le souhaite...

Limited Lovers est un shôjo manga en trois volumes signé Keiko Yamada que l'éditeur 12 Bis nous propose de découvrir. La mangaka y aborde un sujet rarement mis en scène, en tout cas dans les séries disponibles en version française, à savoir le handicap.
La jeune Karin est une oisive adolescente dont la vie bascule en même temps que son corps dans un escalier, la rendant paraplégique et condamnée au fauteuil roulant. Petite fille riche dont ses parents ne se sont jamais préoccupés, ceux-ci ne prenant pas la peine de rester à son chevet pendant ses longs mois d'hospitalisation et de convalescence, elle n'apparaît au départ que comme la gamine pourrie gâtée immature, ayant passé ses seize premières années à ne compter que sur son argent pour lui donner une épaisseur, une raison d'exister.
Totalement seule au milieu de la foule, elle n'est entourée que de parasites vendant leur semblant d'amitié contre quelques cadeaux de luxe. Son accident et son nouveau statut d'handicapée la ramènent brutalement à la réalité, la mettant face à cette solitude qu'elle s'était toujours caché, ressentant alors de plein fouet la parfaite vacuité de sa vie sans but ni sens. Elle qui surplombait tout le monde par son rang social, la voilà qui a besoin d'autrui pour le moindre de ses gestes du quotidien, dépendant de tous, dérangeant par son existence-même.

Sa rencontre avec l'interne Teppei Okita ne se fait évidemment pas dans la délicatesse, elle la traumatisée devant construire sa vie juste à la force de ses bras et d'une volonté qu'elle n'a jamais dévoilée, lui qui n'est à la base arrivé à la médecine que dans une idée de vengeance et de haine, entouré de supérieurs plus intéressés par leur réputation et leur compte en banque que par la santé des patients. Deux blessés de la vie dont les souffrances se font écho, incapables de communiquer correctement tout en sachant pourtant qu'ils ont besoin l'un de l'autre pour enfin commencer réellement à vivre et évoluer, en dépassant les déchirures du passé. C'est un jeu de dupes qui commence alors où chacun tente d'imposer son rythme et ses exigences jusqu'à ce que la manipulation de chacun explose et révèle le vrai visage des deux duellistes.

Ainsi, Limited Lovers, avant d'être l'histoire d'un amour a priori impossible, est celle d'une renaissance. La jeune Karin grandit au fil des pages, apprenant à se faire confiance et à s'ouvrir aux autres qu'elle ne voyait que comme des démons la détestant d'office, elle qui ne s'est jamais aimée et n'imaginait donc pas que quelqu'un le pouvait. Sa rencontre avec Teppei la met face à ses peurs et à ses propres limites qu'elle va devoir dépasser pour s'accomplir et trouver sa propre voie, seule, avec une farouche volonté d'indépendance et un enthousiasme débordant qu'elle se découvre au fond d'elle-même. Son évolution fait plaisir à voir et la recherche de ses compétences donne un bel exemple de courage et d'opiniâtreté. Son handicap n'est jamais prétexte à du misérabilisme ou de la complaisance déplacée, donnant au contraire une profondeur et une épaisseur assez inédites pour un manga de ce genre où la romance occupe bien souvent l'avant-scène sans se préoccuper d'autre chose.
Par certains côtés, on retrouve un peu un style de shôjo des années 70, par le trait, par certains personnages - Shôji, le macho efféminé, véritable folle au coup de boule facile, est aussi étrange que désarmant, totalement cliché et pourtant très attachant - et par certaines réactions, très excessives, comme on peut les trouver dans les mangas de Riyoko Ikeda par exemple. Le drame côtoie l'humour, néanmoins le tragique n'a jamais véritablement le dernier mot, le manga se voulant plutôt un manuel d'optimisme où malgré toutes les difficultés rencontrées, il faut se battre et se raccrocher à ses principes, à ses forces sans nier ses faiblesses dans l'espoir de réussir à dépasser tout ce que la vie peut envoyer comme épreuves.

L'ensemble n'est pas exempt de maladresses, notamment côté narration parfois un peu perturbante, trop elliptique. La mangaka explique d'ailleurs que s'étant engagée à faire tenir son histoire sur quinze chapitres, elle a dû tailler dans le scénario pour se focaliser uniquement sur la trame centrale, délaissant des pistes secondaires qui auraient sûrement apporté un peu plus d'épaisseur sur certains points. Certaines réactions ne sont également pas toujours complètement cohérentes avec les pages précédentes.
Néanmoins, le tout se tient assez bien malgré quelques petites baisses de rythme, les personnages et leur évolution étant le véritable intérêt du manga, celui-ci réservant des rebondissements pas si prévisibles et des situations assez inédites, suffisamment en tout cas pour ne pas avoir l'impression, souvent ressentie ailleurs, de toujours lire la même histoire.

Finalement, Limited Lovers s'avère être une découverte intéressante, rafraichissante, revigorante et pleine d'énergie, la mangaka ayant apparemment connu quelques années difficiles de vaches squelettiques avant de voir enfin ses histoires trouver leur place en prépublication et relancer la machine. Faisant alors peut-être écho à la renaissance de Karin...

Droits images et couvertures: © Keiko Yamada 2005 - publié au Japon par Akita Publishing Co., Ltd., Tokyo


- un dessin très shôjo tout à fait maîtrisé, classique mais efficace
- des personnages plus complexes qu'on pourrait le croire, à l'évolution intéressante et assez développée
- une dose de drame et une bonne touche d'humour pour contrebalancer
- le sujet du handicap, rarement abordé en manga, n'est pas qu'un simple prétexte ici, donnant un style particulier à la série
- une narration parfois un peu maladroite
- un scénario parfois un peu tassé où semblent manquer quelques éléments

S'il n'aurait sans doute pas perdu à connaître un volume de plus, Limited Lovers reste en tout cas une série courte intéressante pleine de charme et d'énergie, nous permettant de faire la connaissance d'une jeune femme fragilisée par la vie mais capable d'en sortir le meilleur malgré tout pour parvenir à tracer sa voie et exister par elle-même.


Nombre de volumes lus: 3 au 26-11-2010
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Yaku
30-12-2010
   Suite à ta chronique, j'ai lu cette petite série (courte, tant mieux)... J'ai beaucoup apprécié ce titre, fin mélange entre tristesse et humour, sur un sujet douloureux extrêmement bien traité. J'ai eu quelques difficultés lors des sauts temporels (passage de plusieurs mois entre 2 chapitres), mais ça s'est assez bien tenu.
Une mention pour le personnage de Shoji que j'ai trouvé extrêmement drôle et touchant à la fois.
Merci Morgan pour cette découverte, je ne pense pas que j'aurais lu cette série si tu n'avais pas fait une chronique dessus!!!

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