Niji-Iro Tohgarashi par Mitsuru Adachi - 1990
11 volumes (édition terminée) - Glénat
11 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 115x180 mm - 6,40€
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Quelque part dans l'univers. Sur une planète qui n'est pas la Terre même si elle y ressemble. Dans un pays qui n'est pas le Japon Ancien des shôgun Tokugawa (1604-1868) puisque tout se déroule dans un futur lointain, même si on s'y croirait (enfin presque...).
Shichimi, 15 ans, vient de perdre sa mère. Avant de mourir, celle-ci lui conseilla d'aller voir M.Hirokoru de la maison longue Karakuri. En effet, Shichimi ne savait encore pas qu'il avait des demi-frères et soeurs. Tous nés de mère différente mais du même mystérieux père. A la maison longue Karakuri, Shichimi va alors faire la connaissance de sa nouvelle famille: ses 4 frères - Goma, Keshi, Chinpi et Sanshô - et sa soeur Natane. Seul un de ses frères manque à l'appel: Asajirô, en plus d'être un maître du kenjutsu, est également un artiste, constamment sur les routes. Au même moment, deux étrangers sont recueillis sur la plage...



Niji-iro Tohgarashi - Les épices couleur Arc-en-ciel est un manga en 11 volumes signé Mitsuru Adachi, un des spécialistes des romances adolescentes qu'on commence à découvrir (en abondance) en France. Mais là où on pouvait s'attendre à une nouvelle comédie sentimentale prenant place dans le Japon contemporain, au coeur d'un lycée, mettant en scène un sport tel que la boxe, le base-ball ou la natation, Niji-iro Tohgarashi tranche singulièrement. Car ici, le cadre est une sorte de Japon Ancien revisité à la sauce loufoque, avec donc son lot de samouraïs, de gangs yakuzas tenant des salles de jeux, de moines bouddhistes, etc. Bref, rien à voir avec ce qu'on aurait pu croire venant d'Adachi.
On peut d'ailleurs s'interroger sur le choix de Glénat de sortir Niji-iro Tohgarashi comme première oeuvre à faire découvrir (après Short program voilà des années chez Tonkam) du célèbre mangaka. En effet, quelques soient ses qualités ou défauts, l'oeuvre, par son thème, son contexte, ne semble guère représentative du style d'Adachi, qu'on avait déjà pu découvrir en France par les adaptations animées de ses plus célèbres titres (Théo ou la batte de la victoire, Une vie nouvelle, etc.). Alors pourquoi Niji-iro Tohgarashi (et pourquoi avoir gardé le titre original qui ne veut rien dire pour le lecteur français ???) ? Peut-être par son thème historique, son côté samouraï un peu dans l'air du temps en ce moment, faisant écho à l'image exotique qu'un occidental peut se faire d'un Japon si lointain aussi bien physiquement que culturellement...
Néanmoins, on peut regretter que maintenant que ce titre est terminé en France, deux autres titres bien plus semblables dans leur style (Rough et Touch) sortent simultanément chez Glénat (sans oublier Katsu ! chez Pika), alors que, par exemple, la sortie de Rough en premier lieu aurait permis ensuite d'alterner Niji-iro Tohgarashi avec Touch, apportant donc peut-être un plus grande variation de thème chez le lecteur suivant les sorties régulièrement. Les mystères insondables de l'édition...




Niji-iro Tohgarashi prend donc le lecteur à contrepied en le lachant directement dans une sorte de parodie de film de samouraïs. En effet, le premier volume est particulièrement dopé à l'humour de dérision et de détournement de situation d'Adachi: anachronismes, auto-dérision de l'auteur, personnages ridiculisés (mais toujours avec tendresse), tout y est... au point de presque lasser le lecteur: trop d'humour risque toujours de tuer l'humour. Autant on peut totalement adhérer à ce style, autant il est facile de ne pas accrocher quand on se dit que cela risque d'être ainsi pendant 11 volumes, sans véritable histoire à suivre.
Les premiers volumes sont effectivement plus une succession de petites histoires du quotidien de la fratrie de la maison longue Karakuri. Shichimi étant le dernier arrivé, on apprend à connaître ses frères et soeur en même temps que lui, au fil de petites aventures sans conséquence. Cela nous permet de cerner leur caractère et de faire la connaissance de la petite galerie de personnages qui les entourent. Certains se révélent même assez inquiétants, donnant un côté un peu sombre contrebalançant assez adroitement l'apparente légereté dégagée par la constante loufoquerie de l'auteur (même s'il se sera calmé niveau humour gagesque dès le second volume).
Le volume 3 met en route l'intrigue centrale avec le départ en voyage de la fratrie, désireuse d'en savoir plus les uns sur les autres dans une tournée de leur lieu de naissance respectif. Avec peut-être à la clé la possibilité de découvrir l'identité de leur mystérieux géniteur. Voyage qui prendra au final la majorité des volumes, les aventures au coeur du Japon Ancien façon Adachi se succédant à un rythme trépidant. Mais l'ensemble se révèle un peu longuet parfois, avec des phases répétitives n'apportant en fait pas grand chose à l'histoire. Gags, quiproquos, dispersion de la fratrie avant son rassemblement au fil des chemins, les volumes finissent presque par se ressembler quelque peu.

En effet, si l'ensemble reste très plaisant à lire, aidé par le dessin simple (dans le bon sens du terme) et complet d'Adachi et son sens de la narration particulièrement efficace et dynamique, on ne peut pas dire qu'il y ait vraiment beaucoup d'évolution: les personnages restent toujours tels qu'ils étaient au départ, sans qu'au final, on en sache vraiment plus sur eux. Leurs relations n'évoluent guère également, hormis la relation entre Shichimi et Natane, qui s'avère assez prévisible.
L'auteur aura voulu jouer avec des liens familiaux un peu complexes (ou tordus... ?), n'ayant rien à envier aux soap de la TV, mais l'ensemble est amené sans guère de subtilité ce qui fait qu'on n'est à aucun moment véritablement surpris. Le dernier volume enfonce le clou, avec un combat final assez lourd et un côté trop démonstratif là où Adachi nous avait plutôt habitués à du non-dit plus subtil et sensible. Des personnages apparaissent d'un coup, comme des prétextes à apporter un peu de nouveauté mais sans réelle utilité autre que d'aider à terminer la série tandis que d'autres sont oubliés sans ménagement, voire disparaissent dans l'indifférence générale. De même, la résolution finale de l'intrigue des méchants de l'histoire donne une grosse impression de bâclé, le tout étant terminé en 10 pages d'une manière particulièrement lourde, entre bons sentiments d'un côté et facilité scénaristique de l'autre.

Reste que l'ensemble s'avère très plaisant à suivre, à défaut d'apparaître comme totalement indispensable. Là où d'autres mangaka n'auraient peut-être accouché que d'un manga médiocre, le talent d'Adachi fait que malgré ces défauts, on peut vite accrocher, dévorant les volumes sans ennui malgré le côté répétitif de l'ensemble, aidé en cela par l'humour délirant entrecoupé de parties plus sombres, assez sanglantes. On peut même entrevoir une certaine fibre écolo qui se dégage, sans qu'on sache réellement si Adachi cherche à faire passer un quelconque message (un peu naïf genre "il faut être gentil avec la nature sinon elle nous rendra nos atrocités au centuple") ou s'il ne fait ça que pour tenter de donner un peu plus de profondeur à sa farce perpétuelle.
En outre, ses deux personnages principaux ressemblent à s'y méprendre aux héros Adachi-esques habituels: le jeune mec à l'allure si banale, tendrement maladroit sans être loser, montrant au premier abord plus ses défauts et faiblesses que ses qualités qu'il prend garde de ne dévoiler que petit à petit - la jeune fille au caractère fort, loin de n'être qu'une simple potiche de shônen, sachant se débrouiller seule et n'ayant pas peur de dire tout haut ce qu'elle pense ni d'affronter le danger avec courage. Nous voilà en terrain connu, sans oublier les quelques rivaux/ales qui interviennent de temps à autre mais ne sont hélas que de passage, n'étant jamais vraiment exploités, restant juste des prétextes pour mettre en avant nos deux héros.

Au final, une fois le dernier volume refermé, je ne peux m'empêcher de ressentir une impression de vide, comme si le scénario n'avait été qu'un prétexte à un défouloir du mangaka, se lâchant entre Rough et H2. Peut-être que découvrir Niji-iro Tohgarashi entre deux séries de ce style aurait permis une meilleure appréciation de la série, comme un intermède, une sucrerie dont il ne faudrait pas abuser.
Bref, un simple divertissement sans aucune prétention, avec un scénario un peu faiblard, des personnages pas vraiment développés (alors qu'il s'agit plutôt du point fort du mangaka en général, nous les faisant découvrir subtilement au fil des volumes) mais très attachants, un humour rafraîchissant pour peu qu'on accroche, des petites touches tendres et chaleureuses, quelques très bons moments de lecture au fil des pages.

Droits images et couvertures: © Mitsuru Adachi 1990 - publié au Japon par Shogakukan Inc., Tokyo


- le dessin simple et complet d'Adachi fait toujours merveille
- un manga truffé d'humour mais...
- des personnages sympathiques et attachants...
- l'ensemble sait rester efficace grâce à la dérision de l'auteur ainsi que son talent de narration
- ... peut-être un trop plein d'humour qui ne plaira pas à tout le monde
- ... mais des personnages qui n'évoluent guère
- une histoire assez répétitive finalement, pas très surprenante
- une fin décevante, vite expédiée

Un manga tout simple, sans guère de prétention, peut-être pas vraiment aidé par la réputation élogieuse qui suit Adachi et qui pousse donc à en attendre trop. Cela reste néanmoins un manga très divertissant, assez prenant, nous faisant suivre les tribulations d'une fratrie pas comme les autres dans une sorte de parodie de Japon Ancien.


Nombre de volumes lus: 11 au 01-09-2005
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skizyk
21-08-2012
Moi je supporte vachement ce genre de mangas décalés, burlesques, à l'humour absurde... Du coup j'ai bien aimé et je n'ai pas trouvé ça trop répétitif. Les dessin "à la grand papa" m'a épaté, car il permet de dessiner des combats de bonne facture et rend la lecture très fluide.

Isawa Mei
08-06-2006
   Ce manga est une pure merveille et nous montre l'excellence du style d'Adachi. L'histoire, bien que toute simple de prime abord, nous est décrite grâce à des cases sans paroles, mais pleines des expressions des personnages. Il est facile de passer à côté de cette intensité narrative, c'est pour cela qu'une deuxième lecture est souvent la bienvenue, ce qui permet alors de découvrir une nouvelle "couche" de l'histoire.
On peut ne pas aimer le style graphique d'Adachi (les oreilles en forme d'anses ne sont pas vraiment de la plus grande beauté) mais ses histoires sont profondes et intenses et méritent d'être appréciées pour ce qu'elles sont.

Kurumi
02-09-2005
   Un petit manga bien sympathique et plein d'humour (mais ça c'est normal puisque c'est une oeuvre de Mitsuru Adachi ^^). je suis totalement d'accord avec la critique de Morgan et heureusement qu'il n'y a que 11 volumes parce que je commençais à me lasser.
Or Cela reste tout de même un assez bon manga mais qui est loin d'être mon préféré d'Adachi-sensei.

effer
01-09-2005
   Quelle bonne surprise d'avoir eu la chance que ce manga soit traduit en premier, en plus, dans l'oeuvre abondante et attendue de Adachi Mitsuru!
Je l'avais feuilleté en japonais et avais été surpris de voir l'habileté et le dynamisme de l'auteur dans le manga de sabre ( très beaux combats réalistes et fantaisistes) une corde de plus à ajouterà l'arc ( couleurs arc en ciel) du talent de ce grand mangaka.
Outre l'histoire abracadabrante à souhait, mais traitée avec légèreté, autodérision, humour et format court, on s'attache tout autant à cette fratrie, délicatement esquissée comme à la floraison effémère des cerisiers, c'est si profondément japonais, c'est un délice dérisoire mais qui apparaît vite étonnamment essentiel. Une vrai découverte, un bonheur!

P.S. On lit tellement de manga aux histoires délirantes, allembiquées, qui trainent sur plus de 20 tomes les mêmes désèrements de personnages torturés ou devant gravir des everests d'épreuves ( pour atteindre le "boss de fin de niveau" ) et murir, sans en voir le bout, d'auteurs poussés par les éditeurs à délayer jusqu'à noyer le lecteur, qu'une petite série élégamment troussée est un régal rare et précieux;

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