Ki-itchi !! par Hideki Arai - 2002
9 volumes (édition terminée) - Akata/Delcourt
9 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 7,50€
Pas de planning
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Ki-itchi a trois ans. Ses parents, surtout sa mère, ont du mal à le tenir en place, vu comme il déborde d'énergie, n'hésitant pas à se servir de ses poings avec ses petits camarades, provoquant donc la colère des autres parents furieux de voir leur rejeton revenir le nez en sang, des dents en moins... Mais Ki-itchi, avec sa forte personnalité, ne parlant pas, ne pleurant jamais, va voir son univers bouleversé par un drame et va découvrir l'envers du décor...

Ki-itchi !! est un seinen manga d'Hideki Arai, toujours en cours au Japon où le 6ème volume devrait débarquer le 30 juillet 2004 aux éditions Shogakukan, en prépublication dans le magazine Big Comics Superior.
Voilà un des mangas à mes yeux les plus difficiles à lire mais également à chroniquer. Pas le genre de mangas assurément où, à chaque sortie, je me dis "Chouette un nouveau volume"... Pas que je ne l'apprécie pas mais sa lecture s'avère éprouvante et déstabilisante et il ne m'est jamais facile de me lancer dans la découverte d'un nouveau tome. La lecture du premier volume m'avait laissée dubitative tandis que d'autres lecteurs s'émerveillaient de la baffe qu'ils avaient reçue. Les deux volumes suivants m'avaient laissée dans ma perplexité mais une réflexion entamée avant la lecture du volume 4 (et la relecture obligatoire des précédents) avait quelque peu changé la donne. Il faut reconnaître que cette lecture n'a à mes yeux rien de divertissante (je ne suis pas maso, aimer avoir mal, ce n'est pas trop mon truc) vu tout ce qu'elle nous envoie en pleine tronche.

Ki-itchi représente à mes yeux l'être primitif, pas dans un sens péjoratif, mais dans le sens de premier, d'être vierge sur lequel la société n'a pas encore eu le temps de poser son empreinte. Comme tous les enfants, en somme. Mais à l'inverse de ses petits camarades qui apprennent bien vite à cacher, mentir, calculer, apprennent bien vite à renvoyer à la société l'image qu'elle attend d'eux, bref se sociabilisent en apprenant les codes, en les intégrant dans leur manière de vivre et d'appréhender l'autre, ce qui n'empêche bien sûr pas les bêtises, Ki-itchi reste entier, avec une force de caractère dépassant son âge et son entourage qui ne sait comment le prendre. Il encaisse, il observe attentivement, il découvre ce qui l'entoure, dans toute son injustice, sa cruauté, sa bestialité, bien loin d'une image lisse de société parfaite, découvrant de suite, dès son plus jeune âge, le revers de notre monde soit-disant civilisé. Mais, consciemment ou non, du moins avec son regard d'être pur qui ne juge pas selon les règles pré-établies de Bien et de Mal qu'il n'a pas intégrées mais selon sa propre expérience toute neuve, il rejette une société dans laquelle il ne peut, ou ne veut, pas se mouler. En encaissant, il renvoie par la même occasion à son entourage, et plus encore, au lecteur qui a le recul en plus par rapport à l'entourage immédiat de l'enfant, l'image de tout ce qu'on préfère cacher, de tout ce qui est méprisable dans l'être humain: les vices, les pulsions, les bassesses, l'envie, la jalousie, la haine, la peur, l'intolérance, l'hypocrisie, la mesquinerie, etc.

Ki-itchi est un enfant unique en son genre par sa manière d'appréhender le monde qui l'entoure. Au départ, il ne parle pas, ne pleure pas, il observe, impulsif, il réagit à l'instinct, sans calcul ni réflexion, un peu comme un autiste, ou un enfant sauvage: il ne communique pas avec les moyens habituels avec son entourage, il a sa propre manière de communiquer, il refuse l'interaction avec le monde. Il ne semble pas vouloir s'y adapter mais vouloir que ce soit le monde qui s'adapte à lui. Au départ, ses parents sont une barrière protectrice entre lui et le monde. Il subit les attaques de ses petits camarades mais, en dehors de ça, ne subit jamais réellement les conséquences de ses actes, bref il ne voit jamais vraiment le monde qui l'entoure. Son seul univers se résume bien souvent ses parents qui ne font rien pour l'adapter au moule social: la mère (originaire d'Okinawa et donc un peu vue comme étrangère par les autres mères japonaises, qui oscillent entre condescendance et mépris, moqueries et hypocrisie, pleines de leurs certitudes toutes faites que Ki-itchi ne fait que mettre constamment à mal par ses actes impulsifs) s'excuse constamment pour les bêtises de son fils tandis que le père, souvent absent pour son travail, s'interrogeant sur sa capacité à transmettre la valeur de la vie et de l'amour à son rejeton, fait quasiment l'éloge de ses bêtises, y voyant une vraie personnalité qui ne demande qu'à se développer, loin des règles pré-définies que la société impose.
Mais quand ses parents quittent la scène, n'étant plus là pour bloquer l'influence que la société peut avoir sur Ki-itchi, il se prend la réalité en pleine tronche et commence à ouvrir les yeux, au propre comme au figuré. Là encore, de son propre choix, il encaissera mais sans se laisser modeler. Il ne peut, ou ne veut, pas s'insérer, s'intégrer et rejoint donc le rang des autres rejetés, ou rejeteurs, de la société, des laissés pour compte, des SDF. Mais la société qu'il y découvre ne répond pas forcément mieux à ses attentes, même si il y trouve une manière de communiquer différente de ce que la société demande et qui correspond mieux à sa propre manière. Car là encore, il affronte tous les démons de l'être humain, redevenant le jouet des autres qui veulent s'approprier le droit de manipuler son existence sans vraiment s'occuper de son avis de môme.

Il est sûr que si on n'a déjà pas vraiment foi en l'homme, ce n'est pas la lecture de Ki-itchi !! qui nous fera beaucoup changer d'avis: Peinture acide et désabusée de notre époque, sans aucune complaisance, dégageant quelque chose de profondément dérangeant. Un manga qui ne peut laisser indifférent et fait réagir, d'une manière ou d'une autre. Pour ma part, je pense que si la lecture ne me faisait pas pousser des cris béats d'admiration devant cette descente aux enfers d'un enfant, c'est certainement parce que je préférais ne pas m'impliquer dans ma lecture par envie de me protéger, par besoin de ne pas trop m'engager et risquer de m'en prendre un peu trop en pleine tête. Chacun réagira selon sa sensibilité, son passé, ses expériences, ses propres démons, sa manière d'aborder les choses mais il est vrai que voir étaler devant soi tout ce que l'humain préfère généralement laisser dans l'ombre, quitte à se mentir à lui-même, ce n'est jamais agréable. Il y a peut-être un peu de Ki-itchi en chacun d'entre nous, cette petite part de pureté et d'innocence qui s'insurge silencieusement devant telle ou telle chose, là où Ki-itchi réagit avec violence, avec son regard unique d'enfant sauvage qui compte le rester et ne pas se laisser apprivoiser par une société dont il refuse de faire partie, ne souhaitant pas y apporter son crédit d'être vivant plus ou moins conscient de ses choix et de sa vie.
Il met son entourage face à leurs propres démons, leurs propres aberrations, leur propre hypocrisie. Ki-itchi est comme un mur, ils ne le comprennent pas, il leur renvoie leurs propres erreurs, leurs propres doutes, leurs propres peurs. Ki-itchi, c'est un miroir, mais un miroir grossissant, qui met le doigt sur ce qui ne va pas. Il pousse les autres à se révéler à eux-mêmes, ce qu'ils n'acceptent que rarement, préférant lâchement le faire taire ou juste ne pas l'écouter, refusant la vérité crue qu'il leur dévoile. Il pousse certains à découvrir la part qu'ils ont en eux qui ressemble à Ki-itchi, à redécouvrir ce côté enfant sauvage qu'ils ont.

Bon nombre de personnages autour de Ki-itchi n'ont pas grand-chose de sympathique. Pathétiques, pitoyables, méprisables, on manque même d'adjectifs suffisamment forts pour certains, comme Momo, la SDF qui recueille Ki-itchi, qu'il est difficile de ne pas vouloir voir disparaître: on comprend son mal-être, sa recherche totalement égoïste d'amour ou au moins de quelqu'un qui l'accepte, mais il est bien difficile de supporter les conséquences de cet égoïsme aveugle et irresponsable. Rarement un auteur aura su aussi bien dépeindre des personnages antipathiques, des personnages qu'on rejette et déteste autant, presque viscéralement, même si on est bien loin du tout blanc tout noir, gentils contre méchants... juste des pantins désarticulés qui tentent de survivre dans une société qui les dépasse. Des êtres reflets de notre monde, apparaissant d'autant plus détestables qu'ils ne font pas du tout tâche avec le décor qui les entoure, c'est-à-dire notre univers quotidien, la ville, ses rues, ses magasins, etc., au point qu'ils pourraient être nos voisins de palier.

Pourquoi lire un tel manga si on sait qu'il ne laissera pas un goût très agréable en bouche, un souvenir joyeux, une lecture divertissante et légère ? Peut-être parce qu'il n'est pas mauvais parfois d'encaisser le choc d'une image de la société qui nous entoure pas du tout reluisante, mais finalement pas si irréaliste que ça, nous montrant ce qu'on refuse de voir la plupart du temps. Un peu à l'image de ces SDF qu'on préfère chasser des centres villes parce qu'ils font moches dans le décor de la cité parfaite, véritables révélateurs d'une société qui oublie certains de ses membres au bord de la route. Un manga coup de poing qui ne joue le jeu ni de la complaisance ni de la gratuité, malgré tout. On ne cherche pas à nous faire la morale, à juger telle ou telle situation, on nous livre juste les choses telles quelles, sans fard ni masque, la "réalité" brute... Le tout aidé par un dessin qui me fait penser au style de Taiyou Matsumoto (peut-être uniquement par le côté atypique qu'il dégage), même si la narration parfois un peu décousue rend la lecture un peu complexe, du moins encore plus déstabilisante, obligeant le lecteur à dépasser son statut de simple consommateur qui attend qu'on fasse tout pour lui.

Droits images et couvertures: © Hideki Arai 2002 - publié au Japon par Shogakukan Inc., Tokyo


- un dessin assez spécial qui sied très bien à l'ambiance dégagée par l'histoire
- un scénario plein de rebondissements mais qui garde un côté très "quotidien", un peu genre "faits divers" dans les journaux...
- des personnages pour certains très antipathiques, d'autres quand même touchants, avec Ki-itchi au milieu, petit bonhomme qu'on apprend à connaître... mais tous très humains
- un style sans concession qui vise là où ça fait mal...
- l'histoire est difficile, dérangeante... selon sa sensibilité au thème, à la narration, on accroche ou pas du tout...

Ki-itchi, par sa vie hors-norme, continuelle répétition d'actes de possession et d'abandon par son entourage qui n'y voit la plupart du temps que son propre intérêt à servir, c'est le rejeton d'une société où l'on est de plus en plus nombreux mais où l'on est e plus souvent seul, d'une société où l'on ne fait qu'attendre l'autre, un autre idéal qu'on s'imagine et qu'on ne peut donc pas trouver, d'une société sans repère où de plus en plus d'individus se retrouvent au bord de la route, ne cherchant plus à vivre mais surtout à survivre, seuls. Et finalement, ce qui nous fait lire malgré le propos dérangeant, parfois malsain, l'ambiance difficile qui s'en dégage, c'est la force de vivre qui se dégage de ce petit bonhomme, de son regard intense et obstiné, envers et contre tout. Un regard plein de colère mais également de tendresse et d'amour à donner, ni par calcul ni par intérêt...
La question qu'il me vient à chaque fin de volume c'est: jusqu'où ira-t-il ?


Nombre de volumes lus: 4 au 15-07-2004
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skizyk
13-09-2006
   Manga assez déroutant en fait. L'histoire est vraiment particulière et originale. Maintenant, il faut avouer que c'est un peu tiré par les cheuveux et que ce n'est pas tout le temps bien, on se demande ou l'auteur veut en venir... Le dernier tome que j'ai lu est par contre très interressant puisque Ki-Itchii est plus grand (c'est le 5 je crois) et ça change tout, le manga prend une autre dimension. J'attend de voir la suite...
Les dessins sont bizarres. Le prix est cher.

Ronny
21-01-2005
   L'histoire est très prenante, et le héros est au final extrêmement attachant - malgré ou grâce à ? - la façon dont il est éduqué. La narration est fluide, peut-être trop (on a tendance à le lire trop vite) et cette série mérite plusieurs lecture, à mon avis. Le background est très intéressant et les précisions du traducteur quand au contexte sont bienvenues... Vivement la suite !

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