Ayako par Osamu Tezuka - 1973
3 volumes (édition terminée) - Akata/Delcourt
2 volumes (édition terminée) - Daitosha
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 7,95€
Pas de planning
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Port de Yokohama, janvier 1949. Jiro Tengé, qui a combattu dans l'armée japonaise avant d'être fait prisonnier par les américains, revient dans son pays d'origine et est accueilli par sa jeune soeur Naoko et sa mère. Il sait que son père n'appréciera guère son retour, vu qu'il aurait préféré le voir mourir pour sa patrie, de même que son frère aîné, Ichiro, qui compte bien hériter de la totalité des terres du domaine, les Tengé étant de grands propriétaires terriens depuis 500 ans. Mais l'occupant américain change la donne en redistribuant les terres, forçant donc les Tengé à perdre petit à petit leur statut de puissante famille qui contrôle la région. Jiro fait également connaissance de sa jeune soeur, Ayako, 4 ans, dont la mère n'est autre que la belle-soeur de Jiro, Sué, forcée de coucher avec le patriarche de la famille par son propre mari... Mais Jiro est devenu durant la guerre espion pour les américains et une complexe affaire de meurtre à laquelle il va participer va bouleverser les Tengé...

Ayako est un manga en 3 volumes d'Osamu Tezuka dont la France commence petit à petit découvrir la diversité des oeuvres, allant de la fresque historique au conte philosophique en passant par le recueil de nouvelles: L'histoire des 3 Adolf - Phénix - Bouddha - Black Jack - Nanairo inko - MW - Hidamari no ki - Astro - Le cratère - Le roi Léo (mais ça reste un aperçu très incomplet de l'ensemble de son oeuvre qu'on peut découvrir plus amplement sur le site officiel de Tezuka).

Ayako, c'est l'histoire de la famille Tengé, riches propriétaires terriens qui vont subir la tourmente de l'après-guerre sous l'occupation américaine entre 1949 et 1972. Famille à l'histoire lourde de secrets, entre meurtres et coucheries honteuses, à laquelle chacun participe plus ou moins activement, tout simplement en ne faisant rien contre, par peur, lâcheté ou juste par intérêt.

Ayako, c'est également le nom de la dernière née de la famille qui va voir son destin scellé pour avoir été témoin d'une des atrocités qui agitent les Tengé. Elle est déjà maudite par sa naissance, étant pour les Tengé le symbole même de leur déchéance, de leurs échecs, de leurs perversions, de leurs fautes, comme si elle était le résultat de 500 ans d'histoires malsaines et scabreuses au sein d'une grande famille pour qui l'honneur de façade - car peut-on parler réellement d'honneur quand on préfère détruire la vie d'autres qui gênent par leur seule existence - passe avant tout, chacun ne cherchant qu'à préserver sa petite tranquilité personnelle, quitte à sacrifier une vie pour cela, sans le moindre état d'âme. Que vaut la vie d'une fillette face à l'appât du gain ? Mais alors qu'ils pensaient avoir réussi à enterrer définitivement toutes leurs fautes en même temps qu'ils enfermaient à vie Ayako, ils finissent par découvrir qu'ils ne faisaient que retarder leur inévitable déchéance qu'ils ne pouvaient indéfiniment repousser.

Ayako apparaît d'autant plus pure et innocente qu'elle est le fruit de la folie de sa famille. Elle assume un rôle paradoxal, sa pureté corrompant même ceux et celles qui apparaissaient comme les plus "sages" et raisonnables des Tengé, leur faisant alors dévoiler un tout autre visage. Elle représente aussi bien le bien que le mal aux yeux des autres, n'ayant à aucun moment pu forger sa propre morale en grandissant de manière forcée loin de la société et de ses règles, agissant alors en reproduisant ce qui a été son unique univers durant des années. Elle ne pourra en fait être complète, "épanouie", que quand elle aura découvert les deux facettes de l'être humain, la face négative, qu'elle subit dans sa famille, comme positive, qu'elle devra chercher au-delà. Elle est finalement l'élément déclencheur qui révèlera chacun des Tengé, qui les obligera à faire face à eux-mêmes et à leur culpabilité, qui réveillera et montrera au grand jour les plus noirs abysses de l'être humain.

Ayako fait beaucoup penser à l'Histoire des 3 Adolf, que ce soit dans le style du dessin, plus mature et moins simple que dans d'autres oeuvres de Tezuka (simplicité voulue et maîtrisée, par ailleurs), que dans le schéma narratif: l'histoire s'étale sur plusieurs décennies, on mélange allègrement, sans alourdir le récit, enquête policière, magouilles politiques, destin du monde par l'entremise de Jiro Tengé et histoire plus intime, au coeur de la famille Tengé, liée à quelques personnages qui vont se révéler au fil des événements dans toute leur noirceur. On y retrouve évidemment un sens de la narration impressionnant, vivant et inventif, qui fait qu'on ne peut plus lâcher le manga avant de l'avoir terminé.
Tezuka reste un humaniste convaincu mais n'en est pas moins pour autant lucide et réaliste, préférant montrer les choses mêmes douloureuses sans aucune complaisance ou sans aucun masque déformant. Ses personnages ne sont pas lisses. Bons ou mauvais, on leur découvrira au fur et à mesure de nouvelles facettes alors insoupsonnées: fragiles pour ceux qui semblaient solides (comme Sakuémon, tyrannique envers sa famille mais complètement gaga de sa petite Ayako), forts pour ceux qui ne démontraient aucune personnalité, alors écrasés par les autres, possessifs pour ceux qui nous semblaient les seuls raisonnables (comme Shiro qui rejette la reponsabilité de sa propre faiblesse sur le sang "vicié" de sa famille), etc... Il n'est alors plus question que de possession, soumission, pouvoir, trahisons, manipulations. Ayako apparaît finalement bien comme le papillon qui doit sortir de sa chrysalide mais un papillon qui sortira peut-être d'autant plus grandi qu'il a été maltraité et souillé.

L'époque durant laquelle Tezuka a décidé de mettre en scène cette histoire n'est pas anodine.
Quatre ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le Japon est entre les mains des occupants américains après avoir subi le cataclysme de deux attaques nucléaires. Le militarisme ultra nationaliste qui a agité le pays les années précédentes et l'a mené au pire (comme on peut le retrouver dans Gen d'Hiroshima de Keiji Nakazawa chez Vegetal graphic) est maintenant balayé par les militaires américains qui obligent l'empereur, jusque là présenté comme le descendant d'un kami céleste (idée fortement remise au goût du jour à la restauration Meiji en 1868 où les thèses sur l'origine divine de l'empereur étaient bien utiles pour réaffirmer son pouvoir nouvellement retrouvé après des siècles de pouvoir shogunal, voir Le livre du vent de Taniguchi et Furuyama), à démentir son origine divine et ne plus se présenter que comme le représentant humain du peuple japonais.

Sont mis en place des plans de redistribution des terres et de réagencement du travail, la gauche s'y heurte violemment alors que la peur du pouvoir communiste commence à se faire sentir en occident, le pays connaît donc de très profonds bouleversements de tous les échelons de sa société qui ne feront que précipiter la déchéance des Tengé, alors symbole du pouvoir à l'ancienne par l'entremise du despotique chef de famille Sakuémon (issu directement du néo-confucianisme développé sous les shôgun Tokugawa de 1604 à 1868, à savoir que le serviteur doit tout à son maître, la femme doit totale obéissance à son mari, le père a pouvoir de vie et de mort sur sa famille dont il est le maître absolu). Pouvoir à l'ancienne bien mis à mal déjà par l'émancipation de la fille de la famille, Naoko, qui rompt la tradition de soumission extrême des femmes Tengé, par le retour de Jiro traître à sa patrie, revenu de la guerre sans aucune morale et totalement bouffé par le cynisme, ainsi que par le manque de caractère de l'aîné Ichiro qui n'a pas les reins assez solides ni le charisme de son père pour empêcher sa famille de risquer l'auto-destruction après des années de silence et d'étouffement des affaires les plus sordides.
Une société nouvelle devait se sortir des ruines de la guerre et la famille Tengé ne pouvait en faire partie sans une complète et peut-être fatale remise en question...

On remarquera une bonne qualité d'adaptation: livre épais, papier de qualité, impression sans défaut, et un bonus récapitulatif à la fin du 3ème volume.


- un dessin simple et direct, jouant beaucoup sur les jeux d'ombre comme pour montrer l'ombre et la lumière qui habitent l'être humain...
- une narration vivante, inventive qui sait rester également facile à suivre malgré les différentes trames narratives qui se mêlent
- une histoire complète, qui utilise des références à la vraie Histoire pour nous faire suivre la vie d'une famille tout à fait vraisemblable
- des personnages humains, complexes qu'on ne peut totalement haïr quand on comprend leur comportement
- c'est noir, vraiment noir, glauque, malsain, étouffant (ce n'est pas un défaut mais si on s'attend à rigoler à toutes les pages...).

En trois volume, Osamu Tezuka réussit à nous faire entrer au sein d'une effroyable famille sans autre morale que celle de la soumission et du pouvoir. Quelle place a donc la notion de justice dans une telle famille ? La rédemption est-elle possible dans de telles conditions de déni du droit de vivre au nom d'une prétendue honorabilité vide de tout sens et de toute notion de respect de l'autre ? Jusqu'où l'appât du gain peut-elle entraîner l'homme au délà de ses convictions morales ? Un manga qui ne laisse définitivement pas indifférent en nous plongeant dans une intrigue complexe aux multiples facettes toutes aussi imprévisibles les unes que les autres.


Nombre de volumes lus: 3 au 21-03-2004
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Luckyspook
07-06-2008
   Ayako est un récit vraiment malsain, qui prend un sens tout particulier à la lecture de l'actualité (les différents cas de séquestration).
Néanmoins j'y retrouve ce qui me rebute très souvent chez Tezuka, à savoir des péripéties complètement improbables gachant en grande partie l'immense inventivité du découpage des planches.

skye
16-10-2007
   Si Tezuka est, selon l' avis de ses fans un grand humaniste, j 'ai envie de leurs répondre que ceci dit, Tezuka n' est pas un grand féministe.
Ayako, est une histoire où les femmes sont toutes des " femmes de " et n 'existent pas en tant que personnages à part entière:il n' ya que des" épouses de ", " des soeurs de ", " des mères de ", et où, comme pour d' autres titres de Tezuka, la violence envers les femmes est gratuite.
Le pire reste Ayako, qui d' une part n'est pas le personnage centrale de cette histoire, malgré son titre, et qui d' autre part, devient, une fois adulte, un personnage caricaturale permettant à tezuka de verser dans le racolage.
Enfin, l' autre point noir du titre, est la critique un peu lourde de Tezuka vis à vis de l 'armée américaine.

Chandler
24-12-2004
   Encore un chef d'oeuvre de Tezuka à découvrir d'urgence ! Certes, le style graphique de Tezuka peut rebuter (comme cela a été mon cas pendant longtemps... à tort, car finalement, ses dessins sont tout sauf moches), mais l'histoire et la narration sont tellement maitrisées qu'il serait dommage de bouder ce drame humain d'une noirceur extrême.

dikky_sang
16-06-2004
   Ayako est une histoire familiale dramatique. Si vous accrochez aux persos, vous aimerez beaucoup.
Je regrette des lourdeurs de narration dues aux transgressions à la trame principale.
Un Tezuka, mais pas un des meilleurs.

Ben
07-04-2004
   Encore une merveille à redécouvrir.
Cette histoire est tout bonnement géniale, cruelle et triste... Les personnages sont très fouillés, sont vraiment consistants, et nous avons le point de vue de chacun d'eux d'où, des fois, une certaine compation pour leurs "atrocités"! Ayako ne se démarque pas par son graphisme très Tezukaesque évidemment, mais pas cette sordide, cynique mais néanmoins fabuleuse histoire. A lire vivement...

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