Lone wolf and cub par Kazuo Koike / Goseki Kojima - 1970
28 volumes (édition terminée) - Panini Manga
28 volumes (édition terminée) - Koike Shoin Shoten
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 11,95€
Pas de planning
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Le clan Ogami a été détruit par le clan Yagyu, avide de pouvoir. Ogami Ittô a retrouvé sa famille massacrée et son fils nouveau-né Daigoro comme seul survivant. Ivre de haine et de vengeance, il accepte la déchéance de son nom et s'engage sur la voie de l'assassin, devenant un ronin (samouraï sans maître) errant, louant ses talents de combattant, ainsi que son fils qu'il transporte dans un landau bourré d'armes, au plus offrant sous le nom de Kozure Okami, Lone wolf and cub, le loup solitaire et son petit. Ils sont tous deux prêts à survivre à l'enfer pour que l'honneur de leur clan leur soit restitué.

Lone wolf and cub est un manga édité de 1970 à 1976 où l'on trouve Kazuo Koike au scénario (également scénariste de Crying Freeman et fondateur d'une école de mangas qui a vu passer Rumiko Takahashi par exemple) et Goseki Kojima au dessin (décédé en 2000). Manga de samouraïs culte au Japon qui a inspiré bon nombre de mangaka depuis et a été adapté en une série de films sous le titre Baby cart (6 films récemment sortis en 2 coffrets DVD en France chez HK Video). Génération comics nous propose ce grand classique du manga, la saga de Kozure Okami, dans une version qui devrait connaître 28 volumes, sur le même modèle - titre, couvertures (signées Frank Miller) et bonus - que l'édition américaine disponible depuis 2000 chez Dark horse (mais sous le format poche ce qui n'est pas le cas ici de l'édition française).
A noter d'ailleurs qu'un comics, Lone wolf 2001, placé dans un futur robotisé où Ogami Ittô est un garde du corps androïde, est en cours de parution aux Etats-Unis, toujours chez Dark Horse, semble-t-il avec l'accord de Kazuo Koike...

Saga qui nous fait suivre le combat quotidien d'un duo assez inattendu: Ogami Ittô, ancien kaishakuin du shogun Tokugawa durant le 17ème siècle japonais, et son jeune fils Daigoro, alors âgé d'à peine quelques années. La fonction du kaishakuin, l'exécuteur du shôgun, une des plus importantes, consistait à abréger les souffrances d'un seigneur qui se suicidait sur ordre du shôgun par seppuku (qu'on connaît en France sous le terme hara-kiri, c'est-à-dire en s'ouvrant le ventre) en lui coupant la tête. Mais le clan Ogami, suite à un complot du puissant clan Yagyu (qu'on retrouve d'ailleurs au premier plan dans le one-shot Kaze no sho de Fukuyama/Taniguchi), est détruit et Ogami Ittô se jure de venger les siens en prenant le chemin de l'assassin, en devenant un ronin mais tout en continuant néanmoins à suivre, à sa manière, le code d'honneur des samouraïs.

Duo inattendu donc que celui formé par cet homme d'âge mur, résolu, n'ayant pas peur de la mort, génial escrimeur, prêt à tout pour se venger, et par son jeune fils qu'il n'hésitera pas à utiliser pour ses missions d'assassinat que nombre de clans ne manquent pas de lui proposer dans un Japon à la paix contrôlée mais pas exempt de violences pour autant. Tactique qui paraît évidemment horrible aux yeux de certains mais que le tueur à gages assume entièrement, basant tout sur ce qui le lie, pour le pire comme pour le meilleur, à son fils. Deux personnages - l'assassin aux mains rouges de sang et le jeune enfant qui semble si innocent - pas évidents à cerner au premier abord mais qui nous apparaissent étrangement charismatiques dès lors qu'on apprend petit à petit à les connaître au fil de leurs sanglantes aventures, le fils n'ayant vraiment rien à envier à son père niveau caractère, sang-froid et courage.

Car soyons clairs, ce n'est pas là un manga facile d'accès. L'histoire du Japon des Tokugawa est loin d'être familière pour le lecteur français (mais reste pour ma part un sujet d'intérêt constant) et bon nombre d'expressions, de fonctions nous sont totalement inconnues, légitimant par là l'utilisation du lexique de fin de volume, pas toujours très complet il est vrai, surtout que les mots qui y sont expliqués ne sont pas clairement précisés en cour de lecture (rendant la tâche quelque peu fastidieuse).
Mais c'est surtout la différence de culture qui reste pour moi l'obstacle majeur: difficile en effet pour un occidental du 21ème siècle de se représenter le Japon du 17ème siècle, avec ses règles précises, ses codes, ses religions et philosophies - bouddhisme, shintoïsme et néo-confucianisme - le bushido, la mentalité très austère des samouraïs, prêts à toutes les bassesses pour l'honneur et la survie de leur clan, ce qui n'évite évidemment pas qu'un certain nombre d'entre eux abusent de leurs pouvoirs pour tyranniser les plus faibles, gagner plus de pouvoir, risquant alors de devenir la proie de Kozure Okami.

Obstacle majeur donc mais qui donne justement beaucoup de son intérêt à la découverte de l'oeuvre, puisqu'invitant le lecteur à s'impliquer, à chercher, à comprendre, à découvrir, loin d'autres mangas pré-formatés qui ont pour but (clairement assumé) de plaire au plus grand nombre et ne demandent donc aucun effort de la part du lecteur. De plus, on ne cherche aucunement à nous faire passer une quelconque morale, à juger les actes des uns ou des autres, à savoir s'il est bien ou non de faire passer l'honneur de son clan avant sa propre vie (cela semble après tout encore imprégner la société japonaise, se donner corps et âme à son travail, faire passer sa société avant sa vie de famille, etc. même si la jeune génération, peut-être par l'influence de l'occident, semble moins prête à continuer à suivre ce schéma qui n'a pas empêché l'arrivée de la crise... mais ça, c'est une autre histoire dont il est bien difficile de se faire une idée précise en tant qu'occidental), c'est au lecteur de se faire sa propre idée face à des réactions d'un autre temps, d'une autre culture.
Pour ma part, les deux premiers volumes m'avaient laissé une impression agréable mais sans plus mais c'est véritablement le troisième volume qui m'a plongée dans le combat des Ogami, les histoires s'avérant plus longues et donc développant bien plus les personnages et mettant en place une réelle ambiance.

Car, un peu à la manière d'un Black Jack de Tezuka, Lone wolf and cub nous fait suivre plusieurs histoires par volume mettant en scène le père et/ou le fils, histoires qui ne sont d'ailleurs pas présentées dans un ordre chronologique. Cela peut évidemment surprendre quelque peu au début mais permet en fait d'envisager les personnages sous un angle non linéaire: on découvre les actes avant les raisons de ceux-ci, on découvre l'assassin Kozure Okami avant le samouraï Ogami Ittô. Et petit à petit, des détails nous apparaissent qui nous en apprennent plus sur sa mentalité, sa manière d'aborder le monde qui l'entoure.
Monde d'ailleurs incroyablement détaillé, que ce soit dans les dessins ou le scénario, celui-ci n'hésitant pas à utiliser bon nombre d'éléments historiques très documentés sur les moeurs, la société, la division de "castes" et leur hiérarchie inviolable, l'organisation politique complexe mise en place par les Tokugawa.
Les dessins quand à eux n'ont pas vraiment pris une ride, extrêmement complets dans les décors, les paysages, souvent superbes, entre peinture et dessin, dégageant énormément de poésie au milieu des combats sanglants, jouant sur des plans recherchés (n'hésitant pas par exemple à jouer sur le silence de pages sans aucun dialogue mais extrêmement fortes dans ce qu'elles expriment). Sans oublier une narration hyper-dynamique et vive, durant les combats notamment qui, s'ils ne sont pas d'une lisibilité extrême, dégagent énormément de force et d'énergie. On remarquera juste quelques difficultés au départ (le temps de s'habituer au dessin ?) à bien différencier les personnages, bien que les visages soient, là encore, des modèles de détail et de précision, capables de faire passer énormément de choses, de force brute ou de sérénité, comme les regards entre le père et le fils qui nous font réellement ressentir ce qui les lie profondément, ce qu'aucun mot n'aurait pu réussir.

La trame générale semble assez basique: l'assassin prend contact avec ses clients qui lui exposent leur requête en détail, selon la volonté du tueur qui en fait une condition obligatoire. Celui-ci accepte puis exécute sa mission. On ne pouvait que craindre la répétitivité d'une telle histoire mais rien de tout ça, en tout cas sur ces quatre premiers volumes débordants d'imagination et de maîtrise: la mission, dont la réussite passe toujours par de fins stratagèmes, nous est toujours présentée d'une manière nouvelle, inattendue, non linéaire, jouant sur des flash backs. La question n'est alors pas de savoir s'il va réussir mais plutôt comment il va réussir et ce que ça va apporter en plus...
La société japonaise de l'époque, que ce soit les marchands, les artisans, les saltimbanques, les prostituées, les brigands, les yakuzas, les samouraïs, les daimyos (seigneurs), les représentants du shôgun, bref toutes ses couches, des plus méprisées aux plus admirées, nous est présentée en détail, apportant alors énormément de richesse et de profondeur dans les actes jamais gratuits, les missions périlleuses que l'on confie à l'assassin Kozure Okami qui s'en acquitte toujours avec loyauté, inventivité et respect, bravant la mort et les interdits, suivant sa propre morale, ses propres règles, ses propres principes qui restent sa seule dignité.
A noter d'ailleurs que si je m'attendais à un récit résolument masculin, les femmes ont un rôle très important et complet, que ce soit par les filles ou femmes de daimyos, les femmes samouraïs, les servantes, les yakuzas, les prostituées, toutes réclamant leur propre vengeance ou avides de pouvoir, toutes suivant leur propre chemin, n'ayant pas grand chose à envier aux hommes dans leur diversité et la noblesse avec laquelle elles sont ou non présentées, même si, selon le contexte historique, le statut des femmes de l'époque n'était guère enviable (néo-confucianisme aidant, la femme devant par exemple alors totale obéissance à son mari, genre la femme de samouraï devant marcher 3 pas derrière son époux).

La parution était initialement mensuelle mais semble être passée à trimestrielle, ce qui s'avère être plutôt une bonne chose, que ce soit niveau prix (10€ tous les 3 mois, ça reste tout ce qu'il y a de plus raisonnable) que niveau lecture, vu que chaque volume fait souvent 300 à 320 pages, extrêmement denses et riches. On peut se demander par contre pourquoi, en cours de lecture, on a constamment droit à "Lone wolf and cub" (qui est le titre américain) dans les dialogues alors que son équivalent japonais, "Kozure Okami", est clairement mis en avant dans les introductions. Ce n'est bien sûr qu'un détail, mais les textes étant parsemés d'expressions japonaises, l'utilisation de "Kozure Okami" ne m'auraient pas plus choquée que ça... J'apprécie par contre la souplesse des volumes qui permettent une bonne prise en main (contrairement à certains autres titres de Génération comics, souvent assez rigides).


- un dessin extrêmement détaillé, précis, dans les visages notamment qui expriment énormément de choses, avec un côté très peinture pour les paysages
- un scénario construit sur des bases historiques très documentées
- un duo de personnages inattendu mais charismatique dont on découvre petit à petit la complexité du caractère
- des scènes de combat très dynamiques qui alternent avec des moments plutôt méditatifs
- les bonus sur les bases historiques sont intéressants
- c'est assez sanglant (pas forcément un point faible mais à savoir tout de même)
- les combats ne sont pas forcément très lisibles (pas un point faible à mes yeux du fait d'être en même temps très dynamiques)
- la base historique n'étant pas vraiment familière au lecteur français, le recours au lexique (incomplet) est nécessaire mais pas très pratique

Lone wolf and cub, ce n'est pas qu'une succession de combats sans fin, mais un véritable roman illustré de l'époque des samouraïs, où se mêlent aventure, héroïsme, philosophie, recherche et accomplissement de soi, acceptation des conséquences et des responsabilités de ses décisions, au travers d'actes souvent sanglants (c'est que c'est drôlement aiguisé, ces sabres...) mais jamais gratuits. La quête d'un homme et de son fils sur les chemins de l'enfer, nourris par la haine, avides de vengeance mais également à la recherche d'eux-mêmes dans une mise en scène qui alterne avec brio action et méditation.


Nombre de volumes lus: 4 au 12-04-2004
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Aoshi
10-02-2005
   un chef d'oeuvre avec une histoire très belle et un magnifique duo le petit Daigoro est craquant et mysterieux a point

insinct
25-11-2004
   Un manga génial et trés accrocheur. Le dessin est vraiment envoutant malgré les apparences (notamment le premier volume ou l'auteur n'a pas encore trouvé ses marques).Le scénario, quant a lui, est magnifiquement mise en scène ...
A Posseder de toute urgence pour tout ceux Qui s'interesse au genre.

Willy le Borgne
26-07-2004
   30 ans pour voir arriver ce manga culte en France.
Découvert avec la série de films, eux-aussi géniaux, la saga de l'assassin à l'enfant, aussi impitoyable qu'invincible est tout simplement indispensable pour qui aime l'histoire du Japon médieval. Il faut passer le barrage du dessin, un peu daté mais très efficace et précis, pour apprécier des scénarios bourrés de détails historiques.
Une oeuvre très violente, sur ses 2 supports, mais une oeuvre majeur. A lire et à voir.

sugar coma
05-05-2004
j'ai beaucoup apprécié ce manga : son scénario et ses dessins en font l'originalité....

sensei
15-04-2004
   C'est mon coup de coeur de l'année 2003, un scénario remplit de philosophie. Un vrai bon manga pour les passioné du japon médiéval.

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