Rough par Mitsuru Adachi - 1987
12 volumes (édition terminée) - Glénat
12 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 115x180 mm - 6,50€
Pas de planning
Couvertures japonaises Couvertures françaises

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Lycée privé Eisen. L'année commence pour les clubs de sport, entre autre celui de natation où se sont inscrits Keisuke Yamato et Ami Ninomiya, respectivement en course et en plongeon. Voilà des années que les familles de ces deux jeunes gens se vouent une haine féroce, tout du moins aux yeux de la jolie mais rancunière Ami, qui ne manque pas une occasion de montrer son hostilité à Keisuke. Mais le jeune homme a d'autres préoccupations en tête. Bien qu'il soit un nageur au talent prometteur, ses résultats stagnent depuis quelques années...
Si la jeune fille fait tourner bien des têtes, dont celles des copains de dortoir de Keisuke, le destin semble avoir néanmoins décidé de son futur couple vedette, envers et contre tout...

Touch version Glénat

En juin 1999, les lecteurs peuvent découvrir le travail de Mitsuru Adachi version manga, avec le premier volume de Short program, recueil en 3 tomes qui sort chez Tonkam. Puis plus rien, l'éditeur japonais souhaitant semble-t-il ne céder d'autres mangas d'Adachi qu'à condition que l'éditeur français qui le souhaiterait prenne toutes ses oeuvres. Décision difficile car rien n'indiquera que ces sorties seront un succès, malgré les séries TV adaptées de ces mêmes mangas diffusées dans l'hexagone quelques années auparavant (Théo ou la batte de la victoire, Une vie nouvelle, Tommy et Magalie, etc.).
Les choses (ainsi que le marché du manga en France) évoluent puisqu'en septembre 2003, Glénat sort le premier volume de Niji-iro Tohgarashi. La mode Adachi est lancée même si paradoxalement dans le même temps, Tonkam ne reconduit pas les droits de Short program. Suivent alors Katsu ! (Pika), Jinbe (Tonkam), le présent Rough (Glénat) et bientôt le célèbre Touch (toujours Glénat). Et il n'y aurait rien d'étonnant à ce que d'autres séries fassent par la suite leur apparition. De quoi occuper le fan d'Adachi pendant quelques années...
Du côté du Japon, si Katsu ! s'est terminé avec son volume 16 en avril 2005, Adachi ne reste pas inactif puisqu'il vient de se lancer dans un nouveau shônen, Cross Game. Mais revenons-en à Rough après ce petit tour d'horizon.


Adachi semble s'être fait une spécialité des comédies adolescentes mêlant romance et sport. C'est ici la natation qui est mise en scène. Il n'y a donc décidément pas que le base-ball ou la boxe dans la tête du mangaka. L'avantage de la natation étant qu'on ne risque pas de se retrouver dans un match qui s'éternise: c'est rapide, une course, c'est même fait pour durer le moins longtemps possible...
On retrouve les ingrédients de base des shônen mangas Adachi-esques: le personnage principal n'est ni le winner adulé de tous, sûr de lui et beau parleur, ni le loser maladroit qui se mange baffe sur baffe de la part de la multitude de filles en jupette qui l'entourent. Voilà un garçon plutôt simple, apparaissant presque banal, dans le sens où il est facile d'y reconnaître quelqu'un de son quotidien. Même s'il est naturellement doué, ici pour la course. Naturellement doué mais pas reconnu comme le champion qu'il pourrait être, tel Katsu le boxeur ou Tat-chan le lanceur. Un héros made in Adachi commence souvent les premières pages un peu dans l'ombre, n'ayant encore pas dévoilé toutes ses qualités, n'en étant de toute façon même pas conscient lui-même. Juste le gars basique, normal, pas particulièrement brillant ni remarquable en rien.

Keisuke pourrait presque paraître ici hors de cette norme Adachi-esque puisqu'il a déjà été reconnu en compétition. Reconnu mais de manière éphémère et pas à son juste niveau: il ne parvient pas à s'améliorer, stagnant dans ses résultats, décevant ceux qui avaient placé leurs espoirs en lui, lui le premier. C'est petit à petit, au fil des rencontres, des épreuves, de son évolution qu'il devrait parvenir à découvrir ses réelles capacités. Gagnant ainsi par cette évolution en réalisme et en épaisseur, là où tous les héros déjà au sommet de leur art dès la première case risqueront vite d'apparaître vides et creux (qui a dit Ryôma de Prince du Tennis ??). Mais il restera assez stoïque, calme et modeste sur ses performances, n'étant décidément pas du genre à se vanter sans arrêt de ses actes. Reconnaissons néanmoins que les premiers volumes ne le rendent pas particulièrement sympathique. Il faut du temps, parfois, pour apprendre à apprécier quelqu'un...

Mais qui dit Adachi dit romance dit donc fille. Une fille dans un shônen ? A coup sûr une nouvelle potiche, à la jupe aussi courte que sa cervelle est vide. Perdu.
Les héroïnes version Adachi ont du tempérament à revendre et ne sont parfois pas loin de voler la vedette à leurs homologues masculins. Ici, ce rôle est tenu par Ami, intelligente, extravertie, sûre d'elle, à l'image de ses consoeurs des autres mangas d'Adachi. On ne risque pas de la retrouver autour de la piscine, à reluquer l'homme de ses rêves, rêvant d'un amour platonique et passionné tout en reprisant son maillot de bain ou lavant sa serviette avec amouuur. Les relations filles/garçons version Adachi sont plutôt d'égal à égal que de maître à boniche et c'est ce qui les rend rafraïchissantes et plus mûres que la majorité des romances shônesques...

Bien sûr, tout n'est pas rose, puisque notre héroïne n'a qu'un seul gros défaut: elle n'est jamais fichue d'écouter ses propres sentiments. Butée, bornée, soupe au lait, elle ne manque jamais une occasion de rabrouer notre héros plus réservé et discret. Il n'est en effet pas vraiment très démonstratif, passant son temps à cacher ses actes pour sa belle en maugréant que décidément, cette fille est impossible et le fait tourner en bourrique (ce qui est un peu vrai, n'empêche). La belle ne nous est d'ailleurs pas forcément très sympathique au départ non plus. Mais la glace fondant petit à petit, on apprend à découvrir un côté plus enjoué de la jeune fille, ne passant alors plus son temps à pourrir toute relation avec Keisuke par une haine vaine et stupide.

Mais qui dit romance à la Adachi dit triangle amoureux et donc rival (même si par la suite, le nombre de rivaux/les peut fortement augmenter). Si on croit au premier abord le trouver parmi la bande de joyeux lurons qui entourent Keisuke dans son dortoir, c'est plutôt du côté de ses rivaux en course qu'il semble falloir regarder. Le (premier ?) rival est sûr de lui, affirmé, mature, gentleman, il sait ce qu'il veut et est bien souvent plus lucide que les deux autres tourtereaux qui s'ignorent.

Si l'on retrouve souvent les mêmes éléments dans les comédies romantiques d'Adachi, pourquoi lire Rough ? Car avoir les mêmes ingrédients ne veut pas dire qu'on va manger le même gâteau après cuisson. Le tout s'avère d'ailleurs plutôt efficace. Les personnages sont tous assez différents niveau design (ce qui n'est pas toujours le cas des Adachi, même si, évidemment, on retrouve le même style d'un manga sur l'autre) et gardent leur propre personnalité, même dans les moments de délire de l'auteur.
Car ce dernier sait truffer son histoire d'auto-dérision, n'hésitant pas à se mettre en scène en s'auto-parodiant. L'humour n'est néanmoins pas le point central de Rough, même si ses quelques touches savent toujours tomber juste et arriver à point nommé, ne gâchant pas toute intensité. On trouve ainsi énormément de pages sans aucun dialogue, tout passant par le biais des simples images, d'une narration toujours efficace, recherchée mais parfaitement maîtrisée. Si les visages semblent au premier abord peu expressifs, énormément de détails passent par le jeu des regards (pourtant très simplement dessinés), des postures (énormément de gros plans sur un partie précise du corps des personnages). En ce sens, Rough reste très discret niveau humour, bien loin de la démonstration d'auto-parodie puissance 1000 du premier volume de Niji-iro Togaharashi.

Rough, la perle rare ? Ce n'est pourtant pas l'impression que m'auront donnée les premiers volumes.
Comme toujours, le mangaka ne cherche pas ici à tout centrer soit sur le sport (vu plutôt comme un moyen d'évoluer et de mettre en scène cette évolution) soit sur la romance (platonique dans les actes, mais mature dans les sentiments dégagés). Le focus reste toujours maintenu sur le quotidien des personnages. Et si le lecteur ne se retrouve pas happé par ce quotidien, la lecture paraîtra alors assez morne, voire vite oubliable. Rough semble être de ces mangas où le lecteur doit participer à ce qu'il lit (ce qui est déjà le cas des autres mangas d'Adachi mais en encore plus prononcé ici), au rythme assez lent, jouant sur l'évolution graduelle des situations et des relations.

Ainsi, l'ensemble est efficace mais l'impression laissée à la fin du premier volume manque un peu de saveur, donnant l'impression qu'Adachi a bien appliqué ses règles habituelles mais en oubliant d' incorporer la goutte de vie nécessaire. Pourtant, petit à petit, la sauce commence à prendre, au fil des volumes. De nouveaux personnages font leur apparition, se révélant un peu plus hauts en couleurs que les finalement assez fadasses (hormis exceptions) copains de dortoir de Keisuke. Le côté un peu mou de la lecture finit par s'étioler et le manga prend son rythme de croisière. Adachi semble avoir pris son temps cette fois-ci pour mettre en place son histoire. On prend ainsi de plus en plus de plaisir à lire les petites vacheries tendres que se font les deux amoureux qui s'ignorent, apprenant petit à petit à se découvrir, à s'écouter et à déchirer l'image qu'ils s'étaient faits l'un de l'autre.
Mêmes les personnages de second plan, juste là pour faire rire, au départ un peu agaçants car quelque peu répétitifs, finissent par apparaître plus tendrement, plus gentiment grotesques que complètement ridicules. L'ensemble est donc plus sensible qu'il n'y paraît au premier abord, et donc peut-être moins facilement accessible, demandant un effort de la part du lecteur qui devra mériter son plaisir.

Au final, Rough est une série qui se bonifie de plus en plus au fil des volumes. Le premier volume risque de conduire à une petite déception, faisant alors douter de la très flatteuse réputation qui suit les mangas de Mitsuru Adachi. La recette est bien appliquée mais manque alors un peu de saveur et il est assez facile de ne pas s'y attacher, de ne pas rentrer dans l'histoire.
Mais une fois cela fait, l'ensemble se révèle plutôt efficace, totalement maîtrisé niveau narration, plaisant et assez finement observé dans sa description d'êtres humains tout ce qu'il y a de plus ordinaires. Pas mal de tendresse, d'humanité, quelques touches d'humour, un côté assez contemplatif, un fan service sans exagération malgré les multiples nanas en maillot de bain (même pas de scène de douche, c'est un scandale !!), pas un gramme de prétention, les quelques personnages se prenant trop au sérieux se faisant irrémédiablement ramener sur terre sans préavis. Les sentiments, émotions sont distillés avec subtilité, justesse et sensibilité.

L'adaptation française explique peut-être le problème d'implication ressenti. En effet, l'ensemble donne une impression de traduction trop littérale: les jeux de mots sont laissés tels quels alors qu'ils jouent essentiellement sur des subtilités de la langue japonaise. Ils sont expliqués en bas de page mais forcément, l'humour de la situation tombe complètement à plat, laissant une impression de scènes incomprises et donc un peu inutiles.
Rough lance alors une nouvelle pierre dans le débat de la traduction/adaptation (il n'y a qu'à voir les couvertures françaises, répliques exactes des couvertures japonaises... titre en japonais en gros y compris): certains la veulent au plus près de la version japonaise, refusant toute adaptation, quand d'autres souhaiteront privilégier uniquement le plaisir de lecture, sa fluidité et son accessibilité. Après tout, on peut être lecteur de manga et ne pas souhaiter devenir incollable sur les hiragana...

Droits images et couvertures: © Mitsuru Adachi 1987 - publié au Japon par Shogakukan Inc., Tokyo


- un graphisme simple, épuré, maîtrisé et parfaitement adapté
- une narration là aussi totalement maîtrisée, dynamique, jouant avec les situations
- un humour discret où le mangaka se plaît à s'auto-parodier
- des relations qui évoluent petit à petit, au fil des rencontres, des découvertes...
- pas mal de subtilité et de sensibilité
- des personnages au départ pas vraiment attachants
- un rythme assez lent où il n'est pas évident d'être happé par le quotidien des personnages
- une adaptation française trop littérale qui casse un peu la lecture

Un manga d'Adachi où il n'est pas forcément facile d'entrer. Le rythme paraît au départ un peu mou, l'ensemble un peu vain... et puis les volumes passent et on se prend finalement bien au jeu, suivant des personnages qu'on apprend à connaître petit à petit.


Nombre de volumes lus: 4 au 04-07-2005
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skizyk
21-08-2012
J'ai bien aimé, encore plus que Katsu, car je trouvais que dans ce dernier le scénario était un peu rallongé inutilement. J'avais effectivement remarqué que le premier tome était un ton en dessous, mais je n'ai pas eu de problème pour rentrer dans l'histoire ensuite. Ils sont tellement chous ces persos, à se tourner autour tendrement, en mode "je t'aime moi non plus". Je recommande à tout le monde, pour moi c'est une bonne surprise !

Anonyme 23-07-2005
   Je recommande tous les mangas de Mitsuru Adachi, et Rough en particulier. Pour certains, le trait de Adachi pourra paraître un peu désuet, mais pour moi, cela contribue au charme du manga, à son caractère un peu "old school". Encore une fois, le sport (ici la natation) n'est qu'un cadre qui sert à mettre en scène les relations entre les personnages. Une des choses que j'aime chez Adachi est sa capacité à faire passer autant de choses sans s'appuyer sur les dialogues. Les pages "muettes" sont souvent les plus charmantes et les plus rigolotes. En plus il est intéressant de voir évoluer les personnages et leurs sentiments d'un point de vue externe. A de rares exceptions près, le lecteur n'a pas accès aux pensées des personnages, mais encore une fois, le génie narratif de Adachi rend ce procédé inutile.

Jedaï
22-07-2005
   J'ai découvert Adachi en lisant Touch (dont la parution en France est une excellente nouvelle) que j'ai énormément apprécié (l'anime ne lui rend pas justice je trouve). Avec Rough, on retrouve bien tous les ingrédients "adachiens" mais comme le dit la chronique, le rythme est plus lent, l'introduction plus longue pour finalement un manga qui devient de plus en plus addictif... On ne peut plus en décrocher et la phase d'installation de l'intrigue plus longue que dans les autres Adachi apparaît a posteriori s'imposer pour donner de l'air à ce Adachi plus "posé" que la plupart.
Au final un des meilleurs Adachi que j'ai pu lire jusqu'ici ! A consommer sans modération. :D

Kurumi
04-07-2005
   Je suis une grande fan de Mitsuru Adachi alors forcement j'aime Rough.
Je trouve que ce shonen est plus basé sur les sentiments que sur le sport, on suit le quotidien de Keisuke et Ami deux adolescents auquel on s'attache au fur et à mesure de l'évolution de la série. Même si Rough n'est pas mon préféré d'Adachi il n'en reste pas moins un manga que j'aime beaucoup.
Au niveau des couvertures je trouve que les couleurs japonaises bien plus bels que les françaises!

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