Number five par Taiyô Matsumoto - 2001
8 volumes (édition terminée) - Kana
8 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 170x240 mm - 15€
Pas de planning
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Number Five a trahi le conseil Rainbow. Il a attaqué le château de Number One et enlevé une femme, Matrioshka. Number One a alors envoyé à sa poursuite, selon les règles du conseil, Number Nine que Five, sniper surdoué, n'a aucun mal à éliminer. Il peut alors continuer son périple en compagnie de Matrioshka, se sachant poursuivi mais menant le jeu à sa guise, passant du statut de proie à celui de chasseur...

Number five est un manga toujours en cours au Japon dans le magazine underground Ikki de Shogakukan, manga signé Taiyou Matsumoto, mangaka hors norme dont on a déjà pu découvrir quelques oeuvres en France: Amer béton, Printemps bleu ou Frères du Japon chez Tonkam (mais ils n'ont pas renouvelé les droits en 2003) et Ping Pong chez Akata-Delcourt. Un mangaka hors-norme avec qui Kana inaugure sa nouvelle collection de manga d'auteur en sortant les deux premiers volumes de Number five simultanément sous le label "Made in Japan". Un mangaka hors-norme avec qui Kana ne vise pas son public adolescent fan de Shaman king ou Détective Conan (même si rien ne l'empêche de découvrir Matsumoto par ce biais, évidemment) mais un public adulte plus tourné vers des BD d'auteur, pas forcément faciles d'accès. Car Number five n'est pas à proprement parler une BD prévue pour plaire au plus grand nombre puisqu'elle préfère jouer sur l'originalité et l'imagination fertile de son auteur dont on reconnaît la patte en un coup d'oeil...

En effet, il y a quelque chose à accepter d'office avant de commencer un Taiyou Matsumoto: accepter d'entrer dans un univers où on doit oublier tout ce que l'on savait, où l'onirisme est le maître-mot, où tout a un sens mais pas forcément celui auquel on pense au premier abord. Accepter d'être déstabilisé, baladé par l'auteur à sa guise, accepter de ne plus avoir ses repères habituels et d'aborder ce nouvel univers avec un oeil neuf, vierge, sans a priori ni jugement. Un manga de Matsumoto, c'est toujours un voyage dont on ne sait pas où il nous emmènera, dont on doit accepter qu'on ne saura peut-être jamais où il voulait nous emmener, un voyage plus important que la destination, où on doit accepter de ne plus penser mais juste de ressentir. C'est une expérience qui ne rend donc pas le manga facile d'accès mais augmente d'autant plus son intérêt quand on se prend au jeu.
Number five ne fait pas exception (même s'il diffère des précédentes oeuvres de Matsumoto qui se passaient la plupart du temps dans notre monde à notre époque, même si elles restaient complètement décalées), c'est un jeu de pistes dont on ne connaît pas les règles (en existe-t-il seulement ?), dont on pense tout savoir au début (c'est simple après tout, il y a un mec qui faisait partie d'un grand conseil mais qui s'est barré et ses anciens potes veulent l'arrêter) mais dont on finit par se rendre compte qu'on ne sait rien. Il faut accepter qu'on ne sache rien et que ce n'est pas une mauvaise chose en soi. On est dans une autre réalité où la rationalité habituelle n'a plus vraiment cours.

L'impression qu'on a après quelques pages, c'est qu'on se trouve dans un monde figé, figé dans ses règles, dans ses choix, bref voué à une mort lente mais semble-t-il inéluctable à moins d'un changement radical entraînant une évolution. Du moins, cela concerne le monde des Rainbows, car le reste du monde semble lointain, sans prise sur les Rainbows qui vivent dans leur propre univers décalé, posé comme une institution inébranlable depuis des siècles mais qui semble sans réelle incidence sur le monde des simples mortels qui doivent pourtant débourser des sommes astronomiques pour lui. On voit vite que les Rainbows n'ont qu'un rôle d'image, de modèle (pour les enfants, qui ont besoin de héros à admirer), un rôle honorifique. Le départ de Five oblige le monde des Rainbows et le monde "réel" à interagir, oblige chacun des collègues de la proie devenue chasseur à se remettre en question, à remettre en question son rôle, son utilité, ses capacités, son impuissance s'il souhaite s'en sortir et fait remonter à la surface de vieux conflits profondément enfouis, complexes. Mais il reste un côté figé, chacun se moque des règles mais aucun ne s'élève vraiment contre. Après tout, Five affronte Nine, puis Eight, puis Seven, puis Six, puis Four... Où nous mènera ce compte à rebours ? Connaissant Matsumoto, il utilise et joue avec une règle bien définie pour mieux la détourner et montrer son absurdité (comme il le fait dans Ping Pong en démontant un à un tous les poncifs des shônen mangas de sport).

Le premier mot qui me vient à l'idée en lisant Number five, c'est libre. Le trait est libre, l'histoire est libre, les cadrages sont libres, aucune barrière, aucune limite, maîtrise totale et/ou délire complet. Une liberté qui peut déconcerter le lecteur tant les possibilités de scénario s'en trouvent démultipliées, n'ayant pas à se plier à des règles déjà connues. Le monde dans lequel Matsumoto nous plonge est coloré, bigarré, inattendu, à l'image du manga en lui-même: on y croise des baleines volantes, des Lionsheep (qui comme leur nom l'indique sont un mélange entre lion et mouton), des Monkeydogs, un soleil smiley, etc. Mais également des références de notre monde, telle une affiche de John Lennon ou de E.T (des emblèmes de paix et de tolérance dans une résidence d'un membre important de l'Armée de la paix...). Le ton est complètement décalé: le chef des Rainbows se fait appeler Papa et est habillé d'un costume de lapin géant... Un univers hallucinant (et halluciné) qui finalement nous semble presque familier tant il pourrait faire penser aux quelques bribes de rêves qu'on oublie vite au réveil le matin.
Mais le plus étonnant reste cette impression: on ressent énormément de simplicité, loin de toute surenchère tape-à-l'oeil et inutile. Si on regarde bien chaque élément, chaque personnage, ils sont simples, sans aucune sophistication artificielle. Et pourtant, l'ensemble est incroyablement complexe, dense, fourni car ces éléments simples sont traités sous un nouveau point de vue, avec un nouveau regard...
Et qu'on ne s'y trompe pas, derrière cette simplicité des éléments souvent mise en place dans les mangas de Matsumoto, trouver un sens, un fil rouge dans une oeuvre comme Ping Pong est tout à fait faisable dès le premier volume (faisant de Ping Pong, à mes yeux, le manga de Matsumoto le plus accessible ce qui n'enlève rien à ses nombreuses qualités, ses personnages hyper travaillés qu'on apprend à comprendre petit à petit... mais ceci est une autre chronique), mais trouver la même chose dans Number five se révèle bien plus ardu. Peut-être pour justement ne pas chercher, juste se laisser porter par les images, la narration bourrée d'astuces, d'inventivité, de folie douce, l'histoire, les personnages tous différents avec leurs points forts, leurs points faibles, leurs doutes, leur lucidité qui ne les empêche pas de devoir faire face à un destin qui semble sans issue de secours (peut-être parce qu'ils se refusent à le voir autrement que sans issue).
Il y a un côté frustrant (mais ça fait partie des règles du jeu) à se dire qu'on ne comprendra pas tout, à se dire également qu'en tant qu'occidental ne baignant pas dans la culture japonaise, on va forcément louper un nombre impressionnant de détails qui ne peuvent être rendus en français (ce serait trop fastidieux, ingérable et illisible, on perdrait tout rythme de lecture), on doit accepter de se laisser porter malgré tout c'est un jeu dont on n'est pas maître.

Mais parler de Number Five en version française sans parler de la qualité d'adaptation de cette même version serait un gros oubli. Après tout, si un volume coûte 15 euros, c'est qu'il y a bien une raison ? Déjà la couverture en papier glacé, avec effet de relief. Le format, 170x240 mm. Le papier, épais et d'excellente qualité, n'empêchant pas la BD de garder une certaine souplesse. L'impression, impeccable, sans bavure, bien cadrée, que ce soit pour les pages noir et blanc, ou les nombreuses pages couleur de toute beauté. La traduction, toujours complexe avec un Matsumoto tant il y a d'éléments importants ici et là. Et les bonus de fin de volume, nous présentant l'auteur, le magazine de prépublication, etc.


- Un dessin expressif et déroutant qui participe totalement au style de l'histoire
- Des éléments simples mais vus sous un nouvel angle, forcément déroutant
- Un univers bigarré, exotique et totalement libre
- Le style Matsumoto Taiyou, et pas dans son oeuvre la plus accessible, on accroche ou pas, qu'on soit fan ou non...
- Un prix assez élevé, qui freine l'envie de découverte, forcément (mais adaptation de qualité)

Encore une fois, Matsumoto Taiyou nous invite dans son univers décalé, onirique, poétique, à la poursuite de Number five, à la fois proie et chasseur du conseil des Rainbows.


Nombre de volumes lus: 2 au 20-06-2004
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alexandre
04-03-2005
   Un manga hors-norme que je considère comme un chef d'oeuvre.
Tout est impeccable : le dessin, le scénario, la mise en page...
une edition à la hauteur (même si un peu chère)


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