Dans la prison par Kazuichi Hanawa - 2000
1 volume (édition terminée) - Ego comme X
1 volume (édition terminée) - Seirinkôgeisha
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 25,00€
Pas de planning
Couverture japonaise Couverture française

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Une prison sur l'île d'Hokkaido, au nord du Japon. Hanawa doit purger sa peine, apprendre à respecter de nouvelles règles, à reconnaître de nouveaux codes. Le temps passe, les jours se ressemblent dans leur dépouillement et leur routine...

Avant la prisonAprès L'homme sans talent de Yoshiharu Tsuge en 2004, Dans la prison de Kazuichi Hanawa est le second manga (ou la seconde manga ?) à paraître chez Ego comme X en mars 2005. Un manga d'ailleurs adapté en un film, Doing Time, réalisé par Yoichi Sai, sorti en 2002 au Japon.

Ce n'était d'ailleurs pas la seule oeuvre de ce mangaka qu'on allait pouvoir découvrir puisque, quelques mois plus tard, auront suivi les deux volumes de Tensui, l'eau céleste chez Sakka et Avant la prison chez Vertige Graphic.
Tensui, l'eau céleste volume 2

C'est fin 1994 que Kazuichi Hanawa est incarcéré, alors condamné à 3 ans de prison pour " détention illégale d'armes blanches, infraction à la loi sur le contrôle des explosifs ". On n'est pas chez l'Oncle Sam alors on ne déconne pas avec les joujou à poudre. De cette " expérience ", Hanawa n'en ressortira certainement pas indemne et publiera en 2000 ce présent ouvrage de 230 pages, témoignage de ces années d'isolement. Un témoignage percutant, acide, dénonçant la violence inhérente à l'endroit, les habituels matons sadiques et ... En fait, pas du tout. Au premier abord, c'est même tout le contraire.

La vie quotidienne de ces détenus ordinaires est mise en images de manière extrêmement précise, détaillée, à la limite du documentaire où tout est expliqué, sous-titré. Un effet d'autant plus renforcé par le style de dessin, tout en hachures, en traits fins et précis, comme si chaque page était un instantané des longues minutes passées loin de toute liberté. Le parti pris de l'auteur étonne même : remerciement envers une société qui le châtie, lui, l'individu qui a osé fauter et apporter le trouble. Pas de plainte, pas de supplication, aucune haine envers ces murs qui l'emprisonnent, rien de tapageur. Juste la vie qui s'écoule tandis qu'Hanawa et ses camarades de cellule rêvent de sucrerie et de cigarettes, se délectent de leurs si nombreux repas gratuits, de cette liberté financière entre ces 4 murs où aucun huissier ne les poursuit de ses remontrances. Mais l'approche est en fait beaucoup plus subtile que cela.

Quoi de mieux en effet pour dénoncer que de s'imprégner des méthodes mises en place et de montrer leurs effets minant intérieurement chacun ? Car si la prison est physique, elle est surtout morale et même moralement pesante. Le moindre geste, la moindre initiative, la moindre décision est réprouvée, refusée, niée. La vie en elle-même ne semble pas désagréable - nourri, logé, blanchi et même payé pour les petits boulots de l'atelier - mais tous ces petits détails d'interdictions diverses, de demandes obligatoires d'autorisations pour l'acte le plus anodin (besoin d'un coupe-ongles ? Grosse envie urgente ?) sont minutieusement décrits et c'est dans leur répétition quasi-constante, jour après jour tandis que chaque minute est affectée à une tâche très précise, qu'apparaît au lecteur toute la puissance de négation de l'individu, de la déshumanisation de chaque détenu. Intimité inexistante, le moindre regard vers l'extérieur est dévié, la moindre liberté d'action, ne serait-ce que de simples mots croisés ou des croquis, est refusée.
Le travail de sape débute dès le premier jour et insidieusement fragilise tout l'individu, lui coupant toute liberté de décision, toute existence sans qu'il n'y ait besoin de la moindre violence explicite, de la moindre parole injurieuse ou méprisante. Ce n'est pas un individu plus sadique que les autres qui pourrit la vie des détenus mais le système en lui-même insidieusement, petit à petit, sans bruit. L'auteur ne fait pas dans la démonstration lourde et appuyée mais se sert juste de la description avec une extrême exactitude de tous les actes les plus anodins, actes qui n'auraient aucune importance " dehors " mais prennent alors une valeur inestimable en prison. On devient même vite incollable sur les menus servis 3 fois par jour tant la nourriture devient vite l'obsession principale...

Ainsi, la philosophie et l'approche d'Hanawa déroutent mais permettent à son témoignage de gagner en profondeur, en force, en impact de par un propos a priori neutre cachant un sous-entendu bien plus critique sur le fonctionnement de la prison en elle-même. Si le début de la lecture n'impressionne pas tout de suite, plus les pages se tournent plus on est pris dans l'histoire, Hanawa parvenant sans peine à nous faire partager le moindre détail de son quotidien avec une subtilité sous-entendue confondante de précision. On referme le manga avec une impression tenace de quasi alienation de l'individu, privé de ses moindres repères, de son identité d'humain, de sa liberté même de pensée. A se demander comment réagir ensuite quand le jour de la libération arrive... Mal semble-t-il car si la prison est une privation de tout, le retour à l'air libre après des années de rien, de déresponsabilisation, de quasi-infantilisation, de perte d'existence doit parfois s'avérer terrifiante, surtout quand l'extérieur est devenu flou au fil des années d'emprisonnement, un monde au loin auquel on a fini par ne plus s'intéresser. Comment s'y réintégrer ?

Si le manga est récent, le style employé fait plutôt penser à un gekiga des années 70, que ce soit Tatsumi ou Tsuge. Le propos est plutôt sérieux sans jamais pour autant apparaître comme pesant grâce à quelques petites pointes d'humour ou d'ironie même si au final, le témoignage est lourd de sens. C'est dans son enchaînement, sa narration, sa répétition que le manga prend tout son sens.
Niveau adaptation française, on remarquera d'abord évidemment le prix (25€), pouvant vite couper toute envie d'aller plus loin, il faut bien le reconnaître (je remercie tout particulièrement la bibliothèque municipale du coin qui aura eu l'idée de ne pas en rester à Coq de combat et Monster malgré la place réduite du manga dans ses rayons...). Un lexique des mots laissés en japonais (des plats, pour la plupart) est disponible à la fin du volume mais aurait peut-être gagné en lisibilité s'il avait été rangé par ordre d'apparition des mots plutôt qu'alphabétique... Le reste du travail est habituel des éditions Ego comme X, donc plutôt de qualité que ce soit niveau impression ou papier.

Droits images et couvertures: © Kazuichi Hanawa 2000 - publié au Japon par Seirinkôgeisha


- un dessin précis et efficace, renforçant l'aspect documentaire de l'ensemble
- un côté neutre au départ, voire positif sur la vie en prison mais un sous-entendu plus critique... ?
- pas de morale bien pensante, de haine ou d'envie de revanche : juste la description de la vie quotidienne en prison...
- il faut y mettre le prix...

Une oeuvre déconcertante et originale, un témoignage prenant et efficace cassant tout préjugé, n'usant d'aucun des stéréotypes habituellement liés au traitement du sujet de la vie carcérale. Fascinant et unique en son genre.


Nombre de volumes lus: 1 au 18-12-2006
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