Kaze no shô par Kan Furuyama / Jirô Taniguchi -
1 volume (édition terminée) - Génération comics
1 volume (édition terminée) - Akita shôten
Sens de lecture japonais - 170x240 mm - 14€
Pas de planning
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1899, Tokyo. Dans la résidence de Katsu Kaishû, les responsables du nouveau gouvernement de l'ère Meiji se réunissent pour y apprendre les secrets de l'ancien shôgunat des Tokugawa tombé 30 ans plus tôt. Voilà alors que Katsu Kaishû leur raconte l'histoire des chroniques secrètes des Yagyû, qu'on disait capables d'entraîner la chute des Tokugawa...
1649, village Yagyû. Une ombre se glisse dans le temple Hôtoku, fend une statue du bouddha et découvre une boîte qu'il emporte avec lui. La boîte contient les chroniques secrètes des Yagyû, que le puissant clan protège sur ordre du shôgun. Jûbei Yagyû va alors découvrir un vaste complot contre le shôgun Tokugawa mené par l'empereur G-Minoo...

Kaze no shô - Le livre du vent est un manga en un volume avec Jirô Taniguchi (Quartier lointain, Le journal de mon père, L'homme qui marche, Le sommet des dieux, etc.) pour les dessins et Kan Furuyama pour le scénario. Ce dernier est un spécialiste de l'Histoire du Japon, rien d'étonnant donc à ce que ce manga prenne place dans un contexte historique particulier, c'est-à-dire le 17ème siècle au Japon sous le régime des shôgun Tokugawa.
Etant personnellement très intéressée par l'Histoire du Japon (avec une préférence pour les 16ème et 17ème siècle du trio Oda-Toyotomi-Tokugawa), difficile de résister à un manga consacré au puissant clan des Yagyû, au service des shôgun Tokugawa, qui plus est dessiné par un auteur qui ne m'a jusqu'à présent que peu déçue. Finalement, pas de mauvaise surprise...
A ce propos, pour plus de renseignement sur le contexte historique, vous pouvez jeter un oeil (entre autre) du côté des quelques chroniques historiques de Mangaverse (la bataille de Sekigahara - le shôgun).

Nous voilà mis face à deux périodes historiques:
- en 1899, 30 ans donc après la restauration Meiji, qui vit le soulèvement de puissants clans de samouraïs qui renversèrent le bakufu (shôgunat) des Tokugawa et permirent au jeune empereur Meiji de ramener le pouvoir à la cour impériale, alors qu'il était détenu depuis près de 700 ans par des clans guerriers devenus ceux des shôgun successifs.
- en 1649, 49 ans après la bataille de Sekigahara qui permit à Tokugawa Ieyasu de devenir shôgun.
C'est durant cette seconde période que se déroule en majorité cette histoire.
Les Yagyû, puissant clan qu'on retrouve également dans Lone wolf and cub dans le mauvais rôle, ont là encore ce mauvais rôle (mais bien plus modéré vu qu'on voit tout de leur point de vue, Lone wolf and cub les présentant plutôt, au delà de leur activité au service du shôgun, comme prêts à toutes les bassesses pour obtenir toujours plus de pouvoir, dans un but purement personnel), étant peu appréciés des clans rivaux du fait de leur activité officieuse mais connue de tous: espionner les puissants daimyô (seigneurs) du royaume pour le shôgun dans le but de maintenir le pays dans une paix relative forcée, quitte à inventer de faux complots accusant des seigneurs trop puissants qui risqueraient de pousser à une lutte pour renverser le bakufu Tokugawa. Eviter le bouleversement national en provoquant quelques bouleversements claniques...

Dans cette version romancée basée sur l'Histoire japonaise et mise en scène par Furuyama et Taniguchi, les Yagyû sont alors les dépositaires d'un secret bien gardé: l'existence de chroniques secrètes qui, si elles étaient révélées, pourraient signifier la fin du bakufu des Tokugawa. Mais si ce secret n'est partagé que par peu de personnes, il est tout de même tombé dans l'oreille des proches de l'empereur retiré (c'est-à-dire n'ayant officiellement plus les - maigres - pouvoirs de l'empereur puisque retiré dans un monastère bouddhique) Go-Minoo, qui va alors envoyer une troupe de ninjas récupérer ces chroniques susceptibles d'être tout ce qui lui manque pour redonner le pouvoir à la cour impériale.
Il est assez drôle, finalement, de voir l'empereur retiré Go-Minoo (aussi appelé Go-Mizunoo) vouloir suivre la voie de l'empereur Go-Daigo, comme il ne cesse de le rappeler, obsédé à cette idée de puissance retrouvée, quand on sait ce qu'il est advenu de son modèle: effectivement Go-Daigo a renversé le bakufu des shôgun Minamoto (régentés par les Hojo) au 14ème siècle mais n'en a guère profité longtemps vu qu'un des daimyô qui l'avait aidé à réussir son renversement, Ashikaga Takauji, l'a à son tour renversé, devenant le nouveau shôgun, n'ayant pas eu franchement l'intention de laisser l'empereur retrouver tout son pouvoir. De toute évidence ici, les clans haineux envers le pouvoir des Tokugawa espèrent bien se servir de l'obsession de l'empereur retiré Go-Minoo pour renverser le bakufu des Tokugwa, lui laisser reprendre temporairement le pouvoir avant de le renverser à son tour...

Deux hommes vont néanmoins se retrouver face à face: Yashamaro, au service de l'empereur ou du moins contre tout ce que représentent les Tokugawa, et Jûbei, le plus habile combattant des Yagyû. Deux êtres, deux manières de voir les choses. D'un côté, l'utopie sanglante et révolutionnaire, de l'autre le pragmatisme et réalisme violent, et mortel pour beaucoup, base d'une stabilité semble-t-il nécessaire avant que l'utopie du premier ne devienne à son tour réalité 200 ans plus tard. Juste de simples hommes pantins d'une Histoire bien plus grande qu'eux et qui finalement se joue d'eux. Yagyû Jûbei est ici dépeint comme un homme sans cesse tiraillé entre ses convictions d'homme qui ne cherche ni son intérêt personnel ni l'effusion de sang inutile, ne comprenant guère les actes extrêmes de certains pour atteindre leur but, et son devoir d'homme au service de son shôgun malgré le prix qu'il doit être prêt à payer. C'est l'affrontement de deux hommes de caractère, aux convictions opposées - Yamashiro étant, lui, totalement absorbé par son devoir, prêt à tout risquer, que ce soit sa vie ou celle du peuple entier - mais se ressemblant dans leur fidélité à leurs devoirs et leurs idées.
On ne cherche ici pas à juger de ce qui est bien ou mal, on est loin d'un dessein aussi manichéen: chacun a un but précis à atteindre, utilisant alors des manières tout aussi peu (ou tout autant) condamnables dans l'absolu d'un côté comme de l'autre. Les uns veulent préserver la paix coûte que coûte, quelqu'en soit le prix à payer, les autres, quitte à passer pour des démons, veulent faire basculer le pays dans la guerre civile pour renverser les Tokugawa, maîtres absolus du Japon, et ainsi révolutionner la société japonaise (ce qui sera chose faite en 1868, 200 ans après, avec la restauration Meiji à l'aide de clans de samouraïs s'opposant aux Tokugawa). L'un veut la préservation du monde tel qu'il est, avec ses bons et mauvais côtés, l'autre veut le changement, qui semble de toute façon inévitable sur une longue durée.

Furuyama utilise des bases exactes de l'Histoire du Japon pour mettre en scène des conflits politiques complexes qui ont pu secouer l'archipel au 17ème siècle pour ressurgir aux 19ème et 20ème siècles (les chroniques ici gardées par les Yagyû existant réellement, redécouvertes au 19ème siècle et effectivement utilisées pour renverser les Tokugawa... entre autre), imageant ainsi que l'Histoire des hommes trouve souvent ses racines dans des choses plus anciennes. Montrant finalement que c'est en connaissant son passé qu'on peut comprendre son présent et décider de son avenir... Le tout est extrêmement précis que ce soit au niveau des dessins (vêtements, armes, accessoires, architecture) qu'au niveau de la mise en image de la société japonaise de 1649, surtout au niveau politique.
Niveau dessin justement, alors qu'on connaissait Taniguchi pour ses histoires assez intimistes, explorant la beauté du quotidien, la complexité des rapports familiaux, on le découvre ici dans un registre qu'on ne lui imaginait pas: le manga de samouraïs. Mais son propos garde ses spécificités: parler d'hommes qui, s'ils ne sont pas toujours anonymes (Jûbei Yagyû est une figure historique du Japon, de même que Soseki dans Au temps de Botchan), restent néanmoins des hommes simples et humains face à leurs propres choix et paradoxes, loin des super-héros intouchables d'autres mangas. Son style de dessin étant plutôt figé, en tout cas loin d'un dynamisme nerveux et parfois embrouillé mais particulièrement intense d'un Lone Wolf and cub, difficile d'imaginer ce que peut alors donner sa retranscription d'un combat de sabre. Une manière différente d'aborder le sujet, tout simplement. L'important n'est alors pas le geste, le coup du sabre mais l'esprit qui l'anime, la volonté que l'on ressent derrière l'arme. En ce sens, la manière de montrer les combats de Taniguchi diffère des manières habituelles. Ainsi, on ne nous montre pas vraiment l'action en elle-même mais ses conséquences, on ne nous montre pas le coup mais son "arrivée" et ses effets, rendant l'ensemble extrêmement lisible.
Tous les combats ne sont néanmoins pas décomposés de la même manière: les premiers, assez bruts, sans paroles, ont un rythme et un découpage assez dynamiques (que je ne trouve étonnamment pas trop désavantagés par le dessin "figé" de Taniguchi) et rapides, ce qui n'empêche qu'on a de nombreux plans fixés sur les visages, le regard. Mais on trouve également des combats plus "profonds", plus "pensés" où une voix off analyse les mouvements, rompant évidemment le rythme mais ce n'est alors plus là le mouvement en lui-même qui est mis en avant mais la pensée qui l'anime, l'énergie qu'il y a derrière, nous amenant à prendre du recul par rapport au combat en lui-même. Amenant donc une manière assez différentes d'autres mangas de samouraïs, d'aborder les combats (me faisant un peu penser au style de Vagabond, où Inoue cherche vraisemblablement à faire passer l'âme et sa force spirituelle avant la force brute du corps... enfin, selon mes souvenirs des premiers Vagabond lus il y a un moment). Mettant alors l'homme seul face à sa vacuité, face à lui-même, face à ses limites, sans possibilité de tricher. Ce qui se dégage de ces combats, c'est toujours un grand sentiment de respect et d'honneur, même si les personnes haut placées qui les entretiennent ne sont guère respectueuses de la vie des hommes qu'elles mettent en jeu.
On peut bien sûr se demander si ce n'est pas montrer qu'un côté des samouraïs, qui avaient effectivement leur code de l'honneur, le bushido alors récemment mis en place, mais également droit de vie et de mort sur les autres classes, ce qui pouvait facilement tenter certains d'abuser de ce pouvoir. En effet, là où Lone wolf and cub n'hésite pas à montrer des combattants se tournant du mauvais côté, plus aptes à s'agiter pour leurs propres intérêts, n'hésitant pas à tuer, violer, piller, massacrer, Kaze no shô en reste à des hommes finalement assez "purs" dans leurs actes, honnêtes avec eux-mêmes, droits (ce qui reste après tout une marque de fabrique de Taniguchi, semble-t-il).

Droits images et couvertures: © Jirô Taniguchi / Kan Furuyama 1992 - publié au Japon par Akita Publishing Co., Ltd., Tokyo


- le dessin de Taniguchi, qu'on aime ou pas, qui ne se marie finalement pas si mal avec le style manga de samouraï, combats inclus
- une autre manière de présenter des combats au sabre, privilégiant la lisibilité au rythme et l'énergie
- une plongée dans le Japon du 17ème siècle avec son lot d'intrigues, de complots, de trahisons...
- des personnages charismatiques, puissants...
- un ouvrage de bonne qualité, avec images couleur, souplesse, et bonus explicatifs
- les personnages ont très souvent la même tête...
- les combats ne sont donc évidemment pas hyper dynamiques à la Lone Wolf and Cub

Au final, un manga riche et dense, où l'aspect historique avec samouraïs, codes de l'honneur et combats de sabre n'est pas pour me déplaire, mais où on n'oublie pas de nous montrer des êtres humains, complexes, devant faire face à un destin dont ils ne sont pas complètement maîtres... On notera en fin de ce volume, plus grand qu'un manga classique et particulièrement souple et agréable à prendre en main, des notes de compréhension, comprenant un glossaire des termes employés, un article sur l'école Yagyû Shinkage et les références historiques indispensables pour comprendre le manga.


Nombre de volumes lus: 1 au 03-09-2004
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aoshi
10-02-2005
   excellent mangas historique avec de très bon graphismes et des explications sur les techniques utilisé a acheter ou a offrir

Mithreus
14-09-2004
   Bon, j'adore Taniguchi, l'histoire et les samouraï, donc forcément je suis sans doute le public cible.
Mais que dire sinon... que c'est un très bon manga. Je n'y ai pas trouvé l'intensité poignante des oeuvres intimes de Taniguchi (le journal de mon père ou quartier lointain), mais le brio qu'il met dans l'exécution, comme il fait dans le sommet des dieux.

Sinon, merci Morgan pour cette très bonne critique, qui a le mérite d'insister sur les mérites politico-historiques du manga.

Herbv
04-09-2004
   Je dois dire que c'est du tout bon alors que je ne suis pas franchement fan des histoires de samouraï. Je conseille donc fortement sa lecture :)

L'histoire est très prenante pour qui s'intéresse un peu à l'histoire du Japon d'autant plus qu'il y a de nombreuses notes de bas de page et quelques pages de bonus pas mal faites du tout. Par contre, je trouve que le (superbe) dessin de Taniguchi passe très mal lors des scènes de combat car elles sont beaucoup trop statiques. Les limites de son dessin plutôt figé sont ici manifestes à mes yeux. Rien à voir avec Lone Wolf and Cub, plus fouillis mais tellement plus dynamique. C'est là où on se rend mieux de la qualité du dessin de Goseki Kojima. Ceci dit, les décors, les trames et les costumes dessinés par Taniguchi sont d'une beauté à couper de souffle (les scans ont été réussi, l'impression est bonne même si le papier est un peu trop fin).

Lisez donc Kaze No Shô (Le livre du vent), vous passerez un excellent moment avec une oeuvre de qualité. Et vivement Satsuma chez Delcourt qui va nous montrer une autre facette (bien plus réaliste) des Samouraï :)

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