Transparent par Makoto Sato - 2001
8 volumes (édition terminée) - Glénat
8 volumes (édition terminée) - Kodansha
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 6,40€
Pas de planning
Couvertures japonaises Couvertures françaises

Donnez votre avis
Lire les autres avis

Il n'en naît qu'un tous les 10 millions. Ce sont des trésors nationaux, grâce à leurs extraordinaires capacités intellectuelles qui font d'eux des génies dans divers domaines. Yukio Nishiyama est l'un d'eux. Brillant étudiant en physique quantique sur qui tous les regards du monde scientifique sont rivés, c'est également un Transparent. Il ne le sait pas mais ses pensées, même les plus intimes, s'évadent de son cerveau et sont perçues par tout son entourage dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres. Pour sa survie ainsi que celle de ses congénères, après le suicide du premier d'entre eux voilà des années, les différents gouvernements ont mis en place un bureau d'étude et de surveillance, prenant bien soin de laisser les Transparents dans l'ignorance de leur état. C'est le travail de la jeune Yôko Komatsu, un travail difficile qui demande une sacrée gymnastique d'esprit et la coopération de toute la population. Et si en plus, l'amour y fourre son nez...

Transparent (Satorare en VO) est le premier manga de Makoto Sato, toujours en cours au Japon chez Kodansha. Je dis bien premier manga car cela se remarque assez vite lors de la lecture du premier volume. Le dessin déjà est assez maladroit: entre les yeux qui louchent, les proportions parfois hasardeuses, les personnages un peu ratés, on sent un auteur, alors assistant d'autres mangaka, encore en train d'asseoir son style (mais les progrès sont déjà assez flagrants rien qu'au second volume, même si ce ne sera certainement jamais le point fort du mangaka). La narration n'a elle aussi rien d'extraordinaire, pouvant manquer quelque peu de rythme, pas toujours très fluide, bref on sent de la maladresse là encore même si les choses s'améliorent grandement au fil des volumes. Néanmoins, si on se laisse prendre au jeu de ce Truman Show version jeu de la vérité, on y trouvera des choses plutôt intéressantes.

L'idée de départ, tout d'abord: imaginez vous donc dans la peau d'un de ces êtres au QI exceptionnel mais incapables de garder leurs pensées les plus intimes pour eux, les semant au vent dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres, sans même en être conscients ? Il y a de quoi devenir complètement paranoïaque.
Une fois ce thème connu, difficile d'imaginer quel style allait être adopté pour traiter le sujet: genre thriller noir et oppressant à la manière d'un ES (Fuyumi Soryo) où des génies créés, involontairement, par la science sont capables de rentrer dans votre tête et de modifier vos pensées à leur guise ? En fait, pas du tout, Sato traite son sujet d'un tout autre point de vue. Ou plutôt au travers de multiples points de vue, tous plutôt originaux dans leur cheminement: les Transparents en eux-mêmes, conscients ou non de leur "maladie", leur entourage proche, les agents du bureau de surveillance, les médecins, les individus ordinaires (et conscients de l'être ou pas). En effet, chaque chapitre, plus ou moins indépendant des autres, se focalisera sur l'un d'eux. Le premier volume est plutôt léger, comique (même s'il s'agit d'un humour assez ras des pâquerettes mais parfois rafraîchissant), avec un brin de romantisme (un peu mièvre, certes, mais pas désintéressant dans l'utilisation de la situation), les suivants changent petit à petit de style, même s'ils gardent pas mal de fraîcheur et ne se la jouent jamais prétentieux. Là où le premier sentait le volume d'apprentissage, les suivants semblent déjà plus maîtrisés: tous les Transparents (et autres personnages importants) rencontrés dans le premier volume sont régulièrement repris, on les voit grandir et évoluer, mais tous sont liés d'une certaine manière, apportant une cohésion intéressante et pleine de promesses, mettant en place les pièces d'un puzzle qu'on imagine grandir et se complexifier au fil des volumes. L'humour garde une petite place mais le ton s'assombrit au fur et à mesure que les Transparents tentent, sans s'en rendre compte, de trouver leur place dans une société qui les bichonne autant qu'elle les craint.

Car là où le premier volume ne nous montrait que des populations compréhensives et pleines de bonne volonté, prêtes sans problème à se plier au jeu, les suivants nous montrent certains individus bien moins malléables, finalement très humains (dans le mauvais sens du terme) dans leur opposition aux Transparents (qui après tout représentent un peu des monstres de foire à leurs yeux) ou dans leur envie de profiter de leurs dons, n'ayant aucune considération pour leur vie, ne voyant en eux que des enjeux politiques ou économiques, des chances pour un pays de devenir leader.
Sans oublier ce chercheur en fin de second volume qui nous montre une autre facette du rapport entre humains "ordinaires" et Transparents. Les Transparents sont acceptés par leurs contemporains "normaux" uniquement à cause de leur faiblesse, c'est-à-dire leur incapacité à garder leurs pensée, en contrepartie de leurs capacités intellectuelles extraordinaires mais potentiellement dangereuses selon l'être qui les détient. Cela laisse l'illusion aux humains ordinaires qu'ils restent maîtres du jeu, cette tare est comme une laisse qui permet de manipuler les Transparents à leur insu. Mais s'ils n'avaient plus ce dysfonctionnement, s'ils étaient capables de garder leurs pensées pour eux, tout en ayant encore cette formidable intelligence, alors ils deviendraient un danger pour les "normaux", une menace, des êtres impossibles à manipuler aussi facilement, impossibles à deviner, à devancer, des monstres qu'on craindrait et qu'on ne traiterait assurément plus aussi bien, qu'on traquerait, qu'on parquerait uniquement pour se servir de leurs capacités mais sans aucune compréhension, sans aucune gentillesse (même feinte). Posant les bases d'une haine, d'un rejet, de l'intolérance dirigée contre une minorité qu'on craint parce qu'on ne la connaît pas et qu'on pensera petit à petit à éliminer pour ne plus rester face à une menace potentielle.

De manière générale, le monde des relations humaines est un subtil équilibre entre vérité et mensonge. Un être humain basique jonglera entre mensonge et honnêteté selon les situations, selon le contexte et tout mensonge n'apportera pas forcément de mauvaises choses. Il est parfois nécessaire de cacher ses émotions, d'omettre de dire telle ou telle chose dans certaines situations. Mais un Transparent, même s'il n'en a aucunement conscience, ne peut être que dans la vérité. C'est son entourage qui ne sera que dans le mensonge, apportant ainsi ce même équilibre entre mensonge et vérité. La donne est donc changée, les règles de vie modifiées mais le résultat reste le même.
Et finalement, ceux qui nous apparaissent les plus humains, en tout cas les plus attachants, ce sont les Transparents, des êtres qui n'ont même pas conscience de leur génie. Au delà de leur don, en découvrant leurs pensées, on découvre les individus qu'ils sont réellement, pas juste des cerveaux capables de résoudre telle ou telle équation mais simplement des êtres humains, avec leurs doutes, leurs peurs, leurs angoisses, leurs souffrances, leurs faiblesses, leurs soucis affectifs qu'ils ne maîtrisent assurément pas mieux que les "normaux", voire même moins bien vu que leur entourage a toujours su ce qu'ils pensaient et a toujours agi en conséquence, ne les habituant donc pas à des rapports humains complexes car mystérieux et impénétrables. Là où on ne nous montre habituellement que des génies incompris, que personne ne parvient à suivre, c'est ici l'inverse, même si lire leurs pensées et leurs sentiments ne donne finalement qu'une fragile impression de compréhension de l'être, impression fausse si l'être lui-même n'a pas conscience de la vérité cachée derrière ses propres pensées. Pour autant, en apprenant leur condition, se sentant épiés mais pas forcément mieux compris pour autant, ils en deviennent tout aussi misanthropes que dans le schéma habituel du savant retiré du monde...

Droits images et couvertures: © Makoto Sato 2002 - publié au Japon par Kodansha Ltd., Tokyo


- une idée de base originale et pleine de possibilités
- des personnages de plus en plus complexes et humains
- différentes pistes explorées, différents points de vue présentés
- beaucoup de fraîcheur et d'humanité
- un dessin maladroit et approximatif pas toujours attrayant, même s'il évolue au fil des volumes
- un premier volume maladroit qui peut rebuter pour la suite qui évolue pourtant beaucoup

Au final, Transparent nous présente au travers d'une idée originale et pleine de pistes à emprunter des questions très intéressantes, sur l'être humain, son rapport avec autrui, les problèmes de communication, en plus dans une société japonaise souvent présentée comme étant celle du non-dit où les Transparents seraient en fait des révélateurs, ou simplement dans la société humaine en général où les rapports humains sont parfois plus basés sur le mensonge, l'hypocrisie, les sous-entendus que sur la vérité et l'honnêteté. Un manga parfois maladroit dans son traitement mais terriblement intéressant dans les pistes qu'il découvre, nous faisant nous interroger sur nous-même et nos rapports aux autres...


Nombre de volumes lus: 3 au 12-02-2005
Retour liste manga


Angel
28-08-2005
   Transparent est un manga atypique. le premier tome a un dessin maladroit, un héros plutôt moche, une héroïne pas non plus super...

Cependant, le thème du manga est extrêmement original. imaginez que tout ce que vous pensiez soit transmis à la foule qui vous entoure, absolument tout. "qu'est ce qu'elle est mignonne", "j'ai la trique" (je cite le manga presque lol)... C'est assez dur à vivre si on est conscient, cela mène au suicide la plupart du temps car les transparents vivent seuls, personne ne voudrait partager sa vie avec quelqu'un qui diffuse ses pensées les plus intimes dans un rayon variant de 100m à 30km...

bref, le thème peut effrayer, on se plonge avec appréhension dans le quotidien de ces êtres hors normes... Le mangaka, bien que maladroit, a réussi à faire passer beaucoup de choses rien que dans le premier tome.

j'ai hâte de lire le tome 2 et je le conseille a tout le monde car Transparent n'a pas de genre particulier...

Marc
12-06-2005
Un transparent est un génie qui dévoile toutes ces pensées aux personnes alentours. En quelque sorte, c'est un leader gênant. En effet, penser à Nishiyama qui attire déjà toute l'attention de la communauté scientifique alors qu'il n'a toujours pas fini ses études. En même temps, il est une gêne pour la société car il crée sans s'en rendre compte beaucoup de problèmes. Maintenant, que se passerait-il si l'on retire un de deux attributs ?

Le manga répond à l'un de ces deux cas. Maintenant, supposons que les transparents ne soient pas des génies. La société les accepterait-ils ? Personnellement, je ne crois pas. Elle les traiteraient surement comme des fous et les parqueraient entre eux loin de tout. Je crois que, s'ils sont considérés comme des trésors nationaux, c'est seulement parce qu'ils sont des génies.

Bref, je trouve dommage, qu'après 4 tomes, Mokoto Sato ne se soit pas plus penché sur le côté sombre de la société. La possibilité de réactions n'est totalement exploité par le mangaka. J'ai du mal à croire qu'il n'y ai qu'une seule personne dans tout le Japon qui ne veuille pas des transparents. Mais ce côté sombre viendra peut-être dans les prochains tomes.

selhyn
21-04-2005
   Vraiment très bien.
J'était un peu sceptique avant de me lancer dans cette série au départ car:
- les dessins sans être moches ne sont pas spécialement attirants, ils ne me plaisaient pas trop mais en fait ce n'est pas du tout gênant, au bout d'un moment je leur trouve même un certain charme.
- le sujet fait un peu peur: ça peut être vraiment très lourd si c'est pas bien traité.
Une fois le premier tome lu, je dois avouer que j'ai vraiment aimé mais j'ai vraiment commencé à m'attacher aux personnages qu'au deuxième tome et du coup j'ai dévoré les suivants et j'attends les futurs avec impatience. Ce qui est vachement sympa c'est que c'est l'histoire de plusieurs transparents, j'aime beaucoup quand il y a plusieurs personnages qu'on approfondis et puis ca me permets d'avoir des préférés!!!

Wang Tianjun
13-02-2005
   Etant d'abord un gros consommateur de shonens , transparent a été pour moi un manga qui change, qui fait du bien à lire , qui change les habitudes .
L'idée de base m'a séduit , et je me suis laissé prendre au jeu dès le premier tome . Certes , il est un peu mou comparé à la suite, mais il remplit sa vocation , c'est à dire la mise en place des personnages , des relations ... qui viendront se complexifier par la suite...
C'est vrai que le les dessins ne sont pas géniaux, mais la beauté graphique n'est pas nécessaire, vu que ce manga tient plus de la reflexion que de l'action . Il aurait pu être en roman que ça n'aurait pas changé le plaisir de la lecture (mais dans ce cas, je ne l'aurais jamais acheté lol)
Pour les deux tomes suivants, on garde les mêmes personnages, d'autres viennent mais restent assez anecdotiqeus pour l'instant . à la sortie du tome 3 , on est fortement attaché à quelques_uns (nishiyama, shiraki,..) et j'attends la suite avec impatience ! (dans quelques jours .. ^^)
Donc voilà, ne vous laissez pas repousser par le graphisme du premier et lisez-le, on apprend beaucoup sur l'homme et sur nous-même ! j'arive à douter quelque fois d'être un transparent à présent ^^

Langage SMS, injures, allusions aux scans interdits. Merci également de développer un minimum votre avis.
Tout avis posté sera vérifié avant d'être validé et d'apparaître ci-dessus.
Nom: Email:
Votre avis général :
Aucun
Votre avis sur ce manga?
Afin de confirmer que vous êtes une vraie personne merci de recopier les lettres que vous voyez ci-dessous
Recopiez le code   
Retour liste manga