MW par Osamu Tezuka - 1978
3 volumes (édition terminée) - Tonkam
3 volumes (édition terminée) - Shogakukan
Sens de lecture français - 110x170 mm - 5,00€
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4h00 du matin. Un homme portant une mallette monte dans une voiture. Son fils a été enlevé, il vient remettre la rançon. Mais le ravisseur, sans scrupule, a décidé d'une autre issue, mortelle.
Dans une église, le père Garai cauchemarde. Mais son cauchemar prend vie quand il se retrouve face à Yuki, le ravisseur, venu confesser ses crimes non pas pour expier ses fautes mais pour manipuler, faire souffrir, dominer le malheureux prêtre. Car ils se connaissent depuis longtemps. Il y a 15 ans, Garai, appartenant alors à une bande de voyous, arrive sur une île isolée du Japon. Un riche japonais y débarque également, accompagné d'un petit garçon. Mais sur l'île se trouve un dépôt de matériel militaire américain, contenant un gaz, le MW, mortel et foudroyant. Les habitants de l'île en font les frais, seuls Garai et le petit garçon, Yuki, en réchappent mais l'enfant y a été soumis et en gardera des séquelles, ayant perdu toute moralité, toute limite...

Datant de 1978, MW est un manga en 3 volumes signé Osamu Tezuka, qu'on surnomme souvent "le Dieu du Manga"... Comme quoi, même un dieu n'est jamais à l'abri de faiblesses... Car, si dire que MW est un mauvais manga serait pour moi fortement exagéré, dire qu'il est franchement décevant résume bien mieux mon impression globale.

Pourtant, cela ne partait pas trop mal: un gaz mortel créé par l'homme à des fins évidemment militaires, deux enfants survivant à une catastrophe causée par une fuite de ce gaz sur une petite île oubliée de tous, un scandale étouffé par les politiques (les politiques ont rarement le beau rôle dans les mangas, peut-être parce que les japonais ne paraissent guère intéressés par leurs dirigeants sur lesquels ils semblent ne se faire guère d'illusions...), l'un des survivants devenant un meurtrier sans scrupule. Rien de mieux pour dénoncer le danger d'armes chimiques toujours plus mortelles et instables créées par l'homme, la barbarie des guerres dont certains se servent pour légitimer les pires atrocités, les dégâts des bombes atomiques d'Hiroshima et Nagasaki... Bref, des sujets toujours aussi actuels alors que le manga a près de 30 ans.
En même temps émerge une interrogation sur les notions de Bien et de Mal. Mais là déjà, problème. La notion de libre arbitre des personnages semble totalement absente: tel personnage féminin qui, même en connaissant l'ignoble passe-temps de Yuki, ne peut se passer de lui, se disant "ensorcelé" par lui - le père Garai au courant des atrocités de Yuki lui aussi mais qui ne peut également s'empêcher de toujours revenir et de le sauver, alors qu'il ne parle que de le tuer - Yuki qui explique, et légitime, sa folie en disant qu'elle vient de son exposition au gaz (alors que Garai n'a rien eu, lui, bien qu'il y ait été autant exposé). En gros, c'est pas de bol, c'est toujours la faute "des autres"... Plutôt facile et sans aucune nuance. Comment lancer une réflexion sur le Bien et le Mal si le Mal prend ici son origine dans un élément non humain indépendant de la volonté des êtres ?

Arrêtons-nous plus longuement sur le personnage de Yuki qui, s'il peut apparaître comme fascinant par le fait qu'il ne connaît aucune limite, qu'il n'a aucun scrupule à briser toutes les règles, finit vite par fatiguer: ok, il est mauvais, ok, c'est le Mal incarné à la brillante intelligence (possédé par le démon, blablabla, mais c'est pas de sa faute, vous comprenez...), au bout du troisième macchabée, je pense qu'on a saisi, pas besoin non plus de faire dans le "too much", lui mauvais, lui méchant, lui faire que des trucs pas biens par simple jeu, bouh qu'il est méchant le monsieur, dès qu'il apparaît, on sait que ça va être une succession ininterrompue d'actes ignobles, de manipulations, de règles tacites brisées, un défouloir en somme, tout ce que la société humaine peut avoir comme interdits à transgresser (quelque soit le niveau d'interdit). Un personnage sans nuance, inhumain, sans surprise: imaginons qu'il ait un choix à faire entre quelque chose d'horrible et quelque chose d'encore plus horrible, pas bien dur de deviner ce qu'il va faire... En trois volumes, il n'évolue pas d'un pouce, ne montre toujours que la même facette, sans que rien n'indique jamais qu'il puisse en avoir d'autres (sans oublier sa si pratique capacité à se déguiser en n'importe quelle femme, à prendre n'importe quelle voix... facilité, là encore).
Et c'est loin d'être le seul personnage comme ça: tous sont des pantins désarticulés sans beaucoup de personnalité ou de charisme, se manipulant les uns les autres sans jamais évoluer. Les personnages féminins ne sont là que pour succomber au charme du beau Yuki, sans une once de jugeote. Garai n'est guère plus intéressant: il sait tout des agissements de Yuki, mais continue à nous jouer la carte de l'étonnement horrifié et surtout naïf quand il le voit mettre à exécution ses plans, torturant et zigouillant tout ce qui le gêne. Il n'arrête pas de dire qu'il doit l'arrêter mais n'agit pas, être moralement faible et facilement manipulable alors que physiquement imposant, pantin grotesque qui ne fait que tourner en rond (et pas malin avec ça: harcelé par des coups de téléphone incessants, il n'a pas idée de débrancher le dit-téléphone...). Lâche se cachant derrière sa propre culpabilité pour légitimer sa passivité, ou pire, sa complicité, en appelant à un Dieu bien pratique pour agir à sa place ou le rendre coupable des actes de Yuki qu'il n'aurait pas dû laisser faire.
Comment s'attacher à ces personnages ? Comment avoir envie de les suivre, simplistes et sans nuance qu'ils sont ? Aucune psychologie n'est développée, on est bien loin ici d'un Adolf passant du stade de petit garçon faiblard à celui de tueur sadique sans âme mais avec ses propres accrocs, fascinant et surtout effrayant par le fait qu'on le voit changer, évoluer dans le Mal le plus absolu petit à petit, tout en gardant son statut d'humain... Il aurait été ici largement plus intéressant d'utiliser par exemple les crises de Yuki (mises en image mais absolument pas exploitées), de le rendre plus instable alors qu'il est là solide comme un roc, attaché à ses mauvaises actions sans jamais douter.
Et où apparaît donc le côté si humaniste qu'on ressent dans L'histoire des 3 Adolf, ou dans Bouddha, celui de cet homme qui disait "aimez tout ce qui vit" ? Ici, Yuki apparaît comme le bras vengeur d'un quelconque dieu de la destruction, ange de la mort créé par la propre main de l'homme à la recherche d'une arme parfaite, se jouant de la vie de tous ces humains avec leur bassesse, leur lâcheté, leur hypocrisie, leur naïveté.

N'oublions pas, histoire d'enfoncer le clou, une narration faiblarde, parfois même franchement laborieuse (j'ai souvent dû me forcer pour continuer à lire, tellement je sentais les actions mal s'enchaîner les unes après les autres, les personnages secondaires, fadasses, apparaître comme par magie pour être utilisés quelques pages puis être oubliés du jour au lendemain), malgré les cadrages toujours originaux imaginés par Tezuka. On est bien loin là d'une virtuosité et d'une fluidité, d'une maîtrise narrative qu'on retrouve dans d'autres de ses oeuvres.
De même qu'un scénario qui s'avère un peu faiblard, ou du moins incohérent: nos gaillards sont fortement suspectés, interrogés pendant des heures, mais pas du tout surveillés, pouvant commettre kidnappings et meurtres sans être inquiétés... Le dernier volume ne sauve rien: se tournant résolument vers le côté purement action, il accouche d'un pétard mouillé alors qu'on s'attend au moins à un final un tant soit peu plus imaginatif ou prenant... eh bien non, juste prévisible et sans aucun génie, sans envergure.

Je retiendrai néanmoins le traitement d'un sujet pas évident, l'homosexualité, pas trop mal fichu pour un manga des années 70: ce n'est pas montré comme une maladie, une perversion, mais comme quelque chose qui existe, et voilà tout, le Japon étant surtout désigné comme un pays aux idées rétrogrades et arriérées sur le sujet. Cela n'empêche pas l'utilisation des clichés habituels à ce sujet dans les mangas (qu'ils soient yaoi ou non): toujours l'un des deux sera la figure masculine, l'autre la féminine (même si, sur ce coup là, ce n'est pas vraiment la masculine qui domine...).
Comme souvent quand les mangas traitent ce sujet, il se trouve lié au thème du travestissement: Yuki est un homme mais semble si féminin, s'habillant même souvent en femme pour mener à bien ses plans. Prenez La Rose de Versailles avec Oscar de Jarjayes, femme habillée et élevée en homme et dont toutes les femmes rêvent, Utena la Fillette Révolutionnaire où Utena et Anthy entretiennent une amitié amoureuse mais où Utena est habillée en homme, se voyant prince sauveur de princesses en détresse, Princesse Kaguya où Akira, jeune fille androgyne de son état, fait craquer toutes les nanas et entretient une relation avec sa mère adoptive tandis que sa soeur n'a d'yeux que pour elle, ou encore Family Compo où le travestissement est le thème central et où les homosexuels vont dans des bars gays pour y voir des hommes travestis en femmes... Remarquez, en France, on a bien encore le mythe de l'efféminé ou de la camionneuse, confondant tout autant identité sexuelle et préférence sexuelle...
Le traitement n'est donc pas sans maladresse, le relation entre Garai et Yuki s'apparentant même plus à de la pédophilie qu'à de l'homosexualité au départ, un beau risque d'amalgame à cause d'un traitement un peu bancal...
D'autres sujets intéressants et peu communs dans les mangas sont abordés et auraient mérité un peu plus d'attention: la corruption des politiques - le pouvoir de la presse, là pour enquêter et informer même de ce que certains ne veulent pas voir étalé au grand jour de peur d'y perdre leur pouvoir sur autrui - la force et la manipulation des foules, à la mémoire si courte, capable de défiler un jour et d'en oublier la raison le lendemain... Peut-être aurait-il mieux valu se fixer sur moins de sujets pour pouvoir les traiter plus en profondeur...

Droits images et couvertures: © Osamu Tezuka 1978 - Tezuka Prod.


- le dessin classique de Tezuka, efficace, dans le style de L'histoire des 3 Adolf
- une base d'histoire intéressante, avec pas mal de sujets pas souvent vus en manga ici traités
- une vision un peu cliché de l'homosexualité (masculin/féminin) mais pas trop mal traitée pour un manga des années 70
- une narration parfois laborieuse, en tout cas manquant de fluidité et de naturel
- des personnages à simple facette, qui n'évoluent pas du tout, pas du tout développés, qu'ils soient principaux ou secondaires
- une déresponsabilisation totale des personnages: ce n'est jamais de leur faute, ils ne sont jamais libres de leur destin
- des sujets traités un peu superficiellement
- des facilités scénaristiques, de grosses ficelles qui manquent de subtilité

Bref, un manga dont j'aurais peut-être gardé un meilleur souvenir, dont en tout cas, je n'aurai pas gardé une impression aussi mitigée s'il n'avait pas été signé d'un mangaka aux oeuvres marquantes telles que Bouddha ou L'histoire des 3 Adolf. Un manga à mes yeux quelque peu manichéen, sans nuance ni subtilité, sans passion ni panache, aux sujets intéressants mais traités de manière bancale, pas suffisamment approfondis, aux personnages fadasses, sans couleur ni personnalité, qui n'évoluent pas en 600 pages, montrant toujours le même visage, tous marionnettes sans âme puisqu'aucun ne semble maître de ses choix ou de son destin, ne faisant que subir leur sort sans jamais chercher à le prendre en main...


Nombre de volumes lus: 3 au 06-09-2004
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Natth
18-07-2008
   MW est un manga qui m'a tout particulièrement plu, même s'il n'est pas, à mon avis, exempt de défauts.

Plus qu'un personnage, Yuki semble incarner le mal sur Terre, aspect renforcé par le fait qu'il peut être autant homme que femme ou celui qu'il puisse prendre de nombreuses identités. Que se passe-t-il quand on croise la route du mal absolu ? La réponse est très (trop ?) négative, puisque presque tous ceux auxquels s'intéresse Yuki finissent soit pervertis, soit détruits (quand ce n'est pas les deux). Cependant, certaines faiblesses, notamment physiques, laissent une faible part d'humanité (dans le sens où il n'est pas totalement indestructible) à ce personnage.

J'apprécie beaucoup le graphisme de Tezuka et j'ai trouvé que ce mangaka s'en servait aussi pour souligner tout l'aspect maléfique de Yuki (expressions, jeux d'ombres...). Néanmoins, le côté "démoniaque" était peut-être un peu trop marqué sur certains dessins, leur faisant frôler la caricature.

Le scénario m'a paru aussi intéressant, mais très dense. Il y a tellement de thèmes abordés qu'il aurait mieux valu, selon moi, allonger la série ou réduire le nombre de ces thématiques. A ce titre, le premier volume m'a semblé le mieux structuré. Mais l'intrigue n'est vraiment développée que dans les suivants, donc peut-être trop rapidement.

Au final, j'ai trouvé dans cette série une étude crue du mal et de la destruction qu'il engendre, une vision sombre de l'être humain qui semble incapable de résister à ses démons et un scénario riche, mais développé trop rapidement.

Langage SMS, injures, allusions aux scans interdits. Merci également de développer un minimum votre avis.
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