Love my life par Ebine Yamaji - 2001
1 volume (édition terminée) - Asuka
1 volume (édition terminée) - Shodensha
Sens de lecture japonais - 150x207mm - 9€
Pas de planning
Couverture japonaise Couverture française Couverture italienne

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Ichiko, 18 ans, est étudiante en anglais dans une boîte de langues, suivant les pas de son père, maître de conférence et traducteur. Sa mère est morte voilà 7 ans. Mais Ichiko ne sait pas comment annoncer à son père qu'elle vit depuis quelques temps une belle histoire d'amour avec Eriko, 21 ans, future avocate, une autre fille donc... Après qu'elle lui ait enfin fait cette révélation, ce sera à son tour à lui de lui raconter les circonstances pas banales de sa rencontre avec sa mère...

Love my life est un manga en un volume signé Ebine Yamaji. Asuka ne s'arrêtera pas là puisqu'en octobre devrait sortir Sweet lovin'baby, recueil de la même mangaka.
J'aurais adoré m'extasier et ne me répandre qu'en louanges sur Love my life. Rendez vous compte, le premier yuri publié en France (hentai non compris, j'imagine), je ne pensais pas voir ça avant la fin du siècle... Mais il se trouve que mon avis après lecture est plutôt mitigé.
Pour ceux qui découvriraient le terme, le yuri correspond en fait à un manga dont le sujet principal est l'homosexualité féminine.

Première impression, ça manque de vie. Les personnages n'ont guère de consistance, guère d'épaisseur. L'héroïne a un côté assez niais, assez puéril qui m'a vite agacée, surtout qu'elle nous déverse à longueur de temps ses pensées qui ne trahissent guère ses 18 années d'existence même si elle tente d'y insuffler des questions pseudo-philosophiques qui tombent quelque peu à plat (et puis bon, nous en faire tout un plat sur son innocence perdue quand elle apprend que ses parents étaient homosexuels, c'est un peu poussé le bouchon... n'y a-t-il donc pour elle qu'une forme d'amour possible ?). Heureusement que son amie Eri a un peu plus de panache, de personnalité peut-être tout simplement, faisant alors apparaître encore plus clairement le côté quelque peu fade et impersonnel d'Ichiko.
Le manque de vie est renforcé par un dessin certes maîtrisé (même si je n'aime guère sa manière de représenter le nez de face: deux points noirs) mais des plus simple, donnant un côté assez vide et froid. Manque de vie aussi au niveau du comportement et des réactions, ou plutôt manque de réaction, des personnages. Le père d'Ichiko, par exemple, n'apporte pas grand chose, il fait assez coquille vide, avec son trop plein de bons sentiments et son manque quasi-total de réaction quoi qu'il arrive. Aucune passion, aucune émotion qui se dégage.

De plus, je m'interroge: pourquoi, dès qu'un livre, un film, une série parlent principalement d'homosexualité, se sent-on obligé de ne mettre que des homosexuels ? A croire que homos et hétéros ne peuvent pas devenir amis. Ainsi ici, Take-chan le meilleur ami d'Ichiko est gay, son père également, et les quelques exemples d'hétérosexuels ne sont pas très reluisants: le père d'Eri, sexiste, homophobe, la caricature du parfait gros con notoire - deux étudiants dont on ne voit jamais le visage mais dont on lit juste les paroles suintant d'une homophobie primaire écoeurante (mais ne pas leur donner de visage, d'identité, d'individualité renforce mine de rien la portée de leurs paroles. Je reconnais que cette scène là sonne plutôt juste et fort, montrant bien à quel point la bêtise crasse de certains qui n'y voient là que des mots sans conséquence, voire même une plaisanterie de mauvais goût, peut faire mal, très mal... l'homophobie, ce ne sont pas que des violences physiques, c'est aussi la violence des mots) - l'ex-petit ami totalement égocentrique qui ne fait que regarder son petit nombril et ne pense qu'à posséder et dominer.
Seule une jeune étudiante, amoureuse sans illusion (mais avec une conception de l'amour assez idéalisée) d'un homo, sauve un peu les meubles du côté hétéro mais vu son rôle plus que discret... A croire qu'on ne peut être bien, à défaut de se comprendre, "qu'entre soi". OK, être homo au milieu d'une foule d'hétéros qui ne voient les choses que par le petit bout de la lorgnette de leur hétérocentrisme, c'est souvent lassant et épuisant, comme le ressent d'ailleurs Take-chan avec ses congénères hétéros qui ne parlent que de filles, mais tout de même (et je ne vois d'ailleurs pas en quoi le fait de faire croire qu'il sort avec une fille change quoi que ce soit).... Il reste que tous les personnages hétéros du manga dégagent de l'agressivité, ne serait-ce qu'une pointe pour certains, voire une bonne grosse dose pour d'autres, alors que les homos sont tous présentés comme "cools": les hétéros n'ont pourtant pas le monopole de la connerie... Peut-être est-ce une manière détournée de montrer l'agressivité inhérente au monde hétéro qui nous entoure, nous agressant de ses règles, de ses tabous, de ses bonnes morales, de ses fantasmes, de sa prétendue normalité bien pensante, ça reste néanmoins un peu réducteur...

Les sujets abordés sont très intéressants mais hélas surtout survolés, guère développés et toujours de manière finalement assez tiède, voire gentillette. La peur d'Eri d'annoncer la vérité à son père (un gros con, je vous le rappelle) aurait été intéressante à développer, il y avait matière à proposer quelque chose de très juste et intense, apportant un plus au personnage d'Eri qui nous apparaît quand même sans vraiment de failles, presqu'invulnérable, mais on passe dessus en coup de vent. De même, Ichiko est censée se poser des questions, douter, s'interroger sur elle-même mais on ne ressent pas du tout ses doutes, ses interrogations, tout semble assez superficiel. Les dialogues ne sonnent pas justes, ne font pas vrais, manquent de naturel, de spontanéité et donnent un côté assez mièvre et gentillet, voulant nous la jouer poétique mais en y perdant toute fraîcheur et vraisemblance, comme toutes ces grandes phrases sur l'Amour qui sonnent un peu creux. Il y a tant de sujets abordés et pourtant, ça manque de richesse, la richesse qui donnerait l'impression d'assister à de vraies scènes de vie quotidienne.

Mais tout n'est pas noir, tout de même. Voir enfin un couple homo présenté qui ne correspond pas du tout à la caricature masculin/féminin, caricature souvent utilisée dans les yaoi par exemple, où on ne nous sort pas la sempiternelle question bien conne de "qui c'est qui fait l'homme ?", ce n'est pas rien. De même, le copain gay ne correspond à aucun cliché habituel: pas efféminé, pas non plus hyper viril en cuir et latex, juste un mec comme tout le monde qui ne porte pas sa préférence sexuelle gravée sur son front comme on aime tant à le croire. De même, on ne mélange pas allègrement identité sexuelle et préférence sexuelle: quand l'une d'elles s'interroge sur elle-même en se demandant pourquoi les filles l'intéressent alors qu'elle en est une, on ne finit pas sur la conclusion "une homosexuelle est un homme dans un corps de femme" mais bien sur "reste femme et aime les femmes". Un bon coup en plein dans les clichés...
De même, voilà un couple qui ne vit pas que d'amour et d'eau fraîche, où le sexe est bel et bien là, montré sans fausse pudeur, sans petits coeurs roses ni fleurs omniprésentes (surtout pour l'homosexualité féminine où certains semblent souvent croire que le sexe ne peut exister puisqu'il n'y a pas d'homme... la bonne blague !). Un couple, qui plus est, qui ne s'est pas formé dans une école de jeunes filles, comme on le voit dans pas mal de yuri (je pense notamment à des histoires courtes d'un magazine yuri au Japon). Et qui n'est pas là non plus pour satisfaire le fantasme numéro un de quelques mâles, comme dans sans doute bon nombre de hentai et autres mangas érotiques (Chirality, par exemple).
Au final, un couple heureux, tout simplement, montrant par là qu'être homosexuel(le) n'empêche pas le bonheur... Le fait que la mangaka soit lesbienne n'y est sans doute pas pour rien. Voilà en tout cas un certain nombre d'éléments assez réalistes, dommage que le traitement ne suive pas vraiment...

Car donc, le problème, c'est que je n'ai vraiment pas l'impression de les voir vivre, de les sentir vivre. Ca manque d'audace, ça reste assez tiède. A croire que la mangaka ait voulu les rendre tous trop purs, trop intouchables, trop coupés de tout, comme dans une bulle dorée sans passion ni émotion qui pourraient faire basculer cette perfection éthérée, tiède et un peu fade, sans vraiment de goût. En tout cas pas le goût de la vie, parfois amer, parfois cruel mais n'est-ce pas ce qui fait aussi son piquant ? Pour paraphraser ce que dit Eri "Un manga mièvre et bien réglé offre bien moins de saveurs"... Certains passages, certaines phrases sonnent parfois justes, Eri et son passé avec les hommes par exemple, ou, comme cité plus haut, la scène d'homophobie dans le restaurant, mais ce sont là des moments trop rares... Le manga est censé nous parler d'amour, qui est tout de même le sentiment par excellence qui fait sentir exister, vivre, vibrer, et on ne ressent aucune vie qui se dégage du manga: c'est tout de même contradictoire.

Droits images et couvertures: © Ebine Yamaji 2001 - publié au Japon par Shodensha Co., Ltd. Tokyo


- un dessin plutôt bien maîtrisé, fin
- des sujets abordés intéressants: homophobie, coming-out, relations avec les parents, découverte de soi et de ses préférences, etc.
- une peinture des homosexuels qui ne suit aucun des clichés habituels: masculin/féminin, garçon manqué, efféminé, etc.
- pas de voyeurisme juste là pour faire fantasmer
- des scènes parfois assez justes, comme la bêtise de l'homophobie dans toute sa splendeur
- des personnages sans beaucoup de consistance ou d'épaisseur
- une héroïne assez puérile et agaçante
- aucune vie ne se dégage vraiment, donnant un côté assez vide et froid
- sujets intéressants et variés mais juste abordés, pas vraiment développés
- les homos d'un côté, les hétéros de l'autre: un peu réducteur
- un ensemble assez tiède, manquant de fraîcheur, de spontanéité, d'audace, d'intensité alors que le sujet s'y prête merveilleusement

Bref, peut-être aurait-il fallu plus d'un volume pour vraiment donner vie et corps à ces personnages (et changer l'héroïne, manquant carrément de personnalité), leur donner une vraie histoire qui leur donne un peu d'épaisseur, développer les divers sujets - il y a l'embarras du choix - au lieu de juste les survoler. Mais je reste contente d'enfin avoir pu lire un yuri un tant soit peu réaliste (dans les faits) et pas caricaturé, même si traité de manière bien trop tiède, manquant d'audace, d'intensité: car, même si tout n'est pas franchement parfait, ça change tout de même un peu des sempiternelles histoires d'ingénues qui s'éprennent du premier beau gosse venu dont regorgent les shôjo ou de celles des losers typiques entourés de plein de jolies filles, comme dans tant de shônen romantiques, représentation classique de l'amour version manga.


Nombre de volumes lus: 1 au 11-09-2004
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[MuTilatE]
20-11-2004
   J'ai beaucoup aimé ce one-shot car il abordait un sujet ki me concerne.
Il parle de l'homosexualité avec subtilité et naiveté de la part du protagoniste.
Une héroine kon peut retrouver dans ces deux seul one-shot yuri parus en France ; Love my Life et Sweet Lonving'Baby ; on pourrais peut-être en déduire ke ce protagoniste est l'auteur.
Il montre vraiment une vérité générale ki pourrais concerner beaucoup de personne.
Je ne peux pas plus argumenter sur ce manga, je n'arrive pas vraiment à exprimer ce ke je ressens sur celui-ci.
J'ai juste voulu faire passer un avis favorable.
Merci.

Herbv
12-09-2004
   Très bien, cette chronique que Morgan et je suis tout à fait d'accord avec. Mais je ne serais pas aussi sévère et j’estime que les points forts l’emportent largement sur les points faibles d’où une tendance à légèrement surnoter ce titre de ma part. En effet, j’estime qu’on ne peut pas attendre d’un one-shot un développement des personnages, une analyse fine des situations et de profonds questionnements sur nos sociétés. Moins de 200 pages ne permettent pas de faire une œuvre sur l’homosexualité aussi profonde et atypique que le Journal de Neaud (une BD d’auteur franco-belge).

J’évacue rapidement une réalisation assez médiocre, les scans étant incroyablement ratés, pour me concentrer sur le contenu. Heureusement que le dessin (qui me plaît beaucoup) est assez simple, il n’en a pas trop souffert. On peut déplorer que les personnages manquent souvent d’épaisseur (notamment l’héroïne), que la plupart des personnages sont homos (j’ai trouvé que le coup du père et de la mère homo qui ont une fille homo est un peu trop poussé et traité trop lourdement :)), ce qui donne une impression de monde fermé sur lui même (idem avec la ballade sur la plage où les 4 seuls personnages sont des lesbiennes), que certaines questions semblent assez malhabiles ou naïves. D’un autre côté, les questionnements sur le coming-out et ses conséquences n’est pas mal traité. Même chose avec la découverte de l’homosexualité (il n’y a pas de mélange fait entre identité sexuelle et préférence sexuelle et cela est exposé clairement) Pareil avec le problème de l’homophobie même s’il peut sembler parfois un peu caricatural dans le manga (mais rappelons que le Japon est une société sexiste et peu tolérante). J’ai beaucoup aimé aussi la façon dont l’amour physique est montré de façon réaliste, sans clichés et sans réel voyeurisme. Ce n’était pas évident du fait que le fantasme des deux femmes qui se font des câlins en attendant l’homme est très important dans l’imaginaire masculin (un peu le pendant du yaoi pour les filles). Nous avons aussi deux personnages que je trouve bien écrit et disant des choses souvent très justes : Eri et Take-Chan, Ichiko jouant ici le rôle d’une candide un peu innocente et naïve. Cela peut agacer mais je trouve que l’idée n’est pas mauvaise, surtout si on est jeune homo encore bien ignorant(e) des choses de la vie ou si on est hétéro à l’homophilie débutante (mais cela pose un peu le problème du public visé par Love my Life). De plus, n’oublions pas qu’il y a une belle histoire d’amour entre nos deux héroïnes, même si tous les protagonistes de cette histoire semblent vivre dans une bulle. Mais n’est-ce pas le cas de beaucoup de monde de nos jours ?

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