Histoire des 3 Adolf (L') par Osamu Tezuka - 1985
4 volumes (édition terminée) - Tonkam
4 volumes (édition terminée) - Bungeishunju
Sens de lecture français - 115x170 mm - 8,40 €
Pas de planning
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Sohei Togue, jeune journaliste sportif japonais de 28 ans, en cette année 1936, se retrouve à Berlin où il doit couvrir les Jeux Olympiques. Adolf Hitler est déjà aux pouvoirs depuis quelques années, et ce grand évènement sportif sert surtout de propagande pour le nouveau parti nazi. Mais Sohei a d'autres choses en tête, son jeune frère, étudiant à Berlin, l'a appelé il y a peu pour lui donner rendez-vous, il a semble t'il quelque chose de très important à lui dire. Sohei se rend chez lui mais ne trouve que le cadavre de son frère, mort car il voulait lui donner des documents qui seraient déterminants pour le destin du monde, et pourraient bloquer la montée du nazisme. Sohei va alors tout faire pour remettre la main sur ces documents, malgré les risques encourrus, la police secrète allemande le pourchassant. Au même moment à Kobe au Japon, vivent deux enfants bien loins de tout ça: Adolf Kaufmann, allemand de par son patriote de père nazi, et japonais par sa mère, et Adolf Kamil, jeune juif allemand. Le petit Kaufman est un enfant bien faible et il est souvent sauvé des coups par le jeune Kamil qui devient vite son meilleur ami. Mais la montée du nazisme, de l'antisémitisme, la 2nde guerre mondiale qui se prépare va totalement bouleverser et modifier leur monde, et leur amitié sera mise à rude épreuve, surtout quand Kaufman sera renvoyé en Allemagne pour être éduqué dans les Jeunesses Hitleriennes...

Ce n'est qu'assez récemment que je me suis mise à lire les oeuvres d'Osamu Tezuka. Après la lecture de Bouddha, on m'a conseillé "L'histoire des 3 Adolf". Hop, j'ai donc acheté les 4 volumes d'un coup (je me souviens encore des paroles de la vendeuse "Très très bon livre, vous allez adorer" :)). J'ai mis pas mal de temps à les lire, à cause de son sujet grave dont j'avais un peu peur qu'il me mine le moral :).
Bon après lecture, c'est sûr qu'on ne peut pas dire qu'il soit très gai à lire (quelques petites touches d'humour ici et là) mais à mon humble avis, assez indispensable, que l'on soit fan de manga ou non. Tezuka nous y dépeint la montée et la folie du nazisme, l'arrivée et le déroulement de la guerre, l'amitié puis la haine entre deux hommes, avec une sensibilité et une intelligence remarquables.
Au niveau du dessin d'abord, le trait est assez différent d'autres oeuvres de Tezuka comme Phénix ou Bouddha, plus réaliste, moins "simple", qui colle beaucoup plus à son sujet "historique" et grave. Enchaînement clair et dynamique, on ne se perd jamais entre les persos, malgré les changements de lieu et le temps qui passe. Car c'est un manga qui commence en 1936 et se termine en 1983 entre l'Allemagne et le Japon, on suit tout le long les destins de Sohei et des 3 Adolf: Kaufman, Kamil et bien sûr Hitler. Une multitude de personnages forts, certains sympathiques, d’autres forcément moins, mais tous très humains, avec leurs défauts et leurs qualités, leur forces et leur faiblesses... Adolf Kamil qui apprendra à s’adapter à son environnement détruit par la guerre, Adolf Kaufman à qui on apprendra l’égoïsme et la haine, et non pas à s’adapter aux autres mais à obliger les autres à s’adapter à lui, quitte à tuer quand ce n’est pas possible...
On nous montre la guerre sans complaisance, toutes ses horreurs, ses conséquences. Aucun camp n'est montré sous un meilleur jour qu'un autre, que ce soit les japonais qui torturent les chinois, les allemands qui massacrent les juifs, les américains qui bombardent les japonais, civils comme militaires...
Nous avons quelque chose que n'avaient pas les protagonistes de cette époque, le recul grâce au temps, à l’époque aucun camp ne savait réellement ce qui se passait ailleurs, les tenants et les aboutissants, car chaque camp pensait se battre pour la justice, mais pour sa propre justice, notion qui diffère selon le point de vue. Par exemple, les nazis, entraînant le peuple allemand dans leur folie, avec à leur tête un homme paranoïaque, Hitler, persuadé toute sa vie d'être chargé d'une mission divine, détruire tous les juifs qui selon lui allaient détruire le monde... Chaque camp est persuadé de suivre le "bon" chemin et même s'ils se rendent compte que ce n'est pas le cas en cours de route, peu nombreux sont ceux qui acceptent de le reconnaître, de rebrousser chemin et de tout recommencer... car cela implique de se faire tuer par tout ceux qui continuent, n'acceptant par d'avoir été bernés et de s'être trompés et préférant se le cacher...
C'est ce qui arrive à Adolf Kaufman. Au début jeune garçon naïf et faible dont le meilleur ami est juif, au fil des années et du lavage de cerveau subi dans les Jeunesses Hitlériennes, deviendra une brute, un être sans scrupule ni morale, prêt à tuer de sang froid pour une idéologie qu'il se répète comme pour mieux s'en persuader et se laver ainsi de toute culpabilité.
Car c'est de toute façon là dessus que se basait le nazisme, le patriotisme aveugle qui amène à détester tout ce qui n'est pas comme nous, et l'idée que tout ce qui nous arrive de néfaste est dû forcément aux "autres", les juifs par exemple, en gros du racisme bien primaire dont les nazis en sont la représentation la plus extrème.
La transformation d'Adolf Kaufman en monstre froid et inhumain est terrifiante, car tout à fait réaliste et ancrée dans notre époque, quelqu'un pour qui le massacre d'un peuple tout entier ne fait ni chaud ni froid, et qui sera même heureux d’y participer. La haine n'engendre que la haine, la mort, la destruction. Et personne n'est épargné. On nous montre le pire de l’être humain : après les pires atrocités il arrive à se relever et à tout reconstruire, mais au lieu de tirer des leçons de ses erreurs, de son passé, il recommence de la même manière encore et encore, comme si la guerre était obligatoire et nécessaire à sa survie...
Fort heureusement il n’y a pas que ce côté ultra noir dans ce manga, il y a aussi la poursuite des fameux documents, qui passeront de mains en mains, convoyés par de simples personnes qui n’auraient normalement jamais dû se retrouver dans cette histoire, traqués par des espions et policiers de toute sorte... C’est passionnant à suivre, ça bouge énormément et c’est toujours inattendu...
Bref ce manga est une merveille, intelligent, fort, émouvant, complexe et dense, dont je n’ai d’ailleurs exploré ici qu’une toute petite partie, chacun sera sensible plus ou moins à certains aspects traités. Manga tout à fait d’actualité, il suffit de regarder les infos le soir pour s’en rendre compte, car même s'il se situe pendant la 2nde guerre mondiale, il traite de l'humanité d'une manière bien plus générale, cette guerre n'est que le moyen utilisé pour parler de l'homme du XXème siècle, de l'homme tout court même, comme Tezuka aime le faire, sans aucun manichéeisme.
C'est un manga qu’on ne peut à mon avis pas prendre uniquement comme un manga d’aventures, il nous parle bien trop directement, nous montrant nos faiblesses qui risquent à tout moment de nous entraîner dans la haine... Comment en ressortir indemne quand on se retrouve confrontés à notre reflet si noir... Mais certains personnages veulent nous donner foi en l’espoir d’un monde meilleur, où personne ne mourra pour une idiote question de religion, de croyance et de nationalité, où aucun enfant ne sera élevé dans la haine des autres... Mais pour ça comme le dit Tezuka « Aimez tout ce qui est vivant »...
Niveau adaptation: Déjà Tonkam, comme pour les autres oeuvres de Tezuka, a choisi de les adapter en sens de lecture français de manière à les rendre plus accessibles au grand public, là dessus ils ont raison. Mais ça peut entraîner des erreurs, vu que dans ce cas tous les dessins sont inversé, du genre les bras gauches deviennent les bras droits etc... J’ai aussi eu droit à une erreur flagrante dans le volume 3 à savoir deux chapitres qui sont partiellement répétés... J’espère que ce n’est pas le cas dans toutes les éditions. Pas noté de problème au niveau de la traduction. Manga épais (entre 250 et 350 pages par volume), plus cher que les Tonkam habituel mais vu la qualité de l’histoire ça les vaut...
Au niveau du livre lui même on a connu mieux, des couvertures pas extraordinaires (Les couv japonaises ne sont pas géniales non plus), papier pas de très bonne qualité, mais bonne impression, couverture vraiment très très souple... Bon là je chipote un peu mais je pardonne beaucoup car je suis franchement contente d’avoir pu lire ce manga...
A conseiller, même à ceux qui n’aiment pas spécialement les manga, ça leur fera peut-être changer d’avis, et ça leur montrera en tout cas qu’on peut parler de choses graves de manière très intelligente, même par BD... Indispensable pour tout ceux qui ne sont pas contre un peu de réflexion et de maturité dans leur lecture...


- dessin vivant et détaillé
- narration dynamique et facile à suivre
- histoire passionnante, mélant drame et action
- beaucoup d'humanité, d'émotion et de réalisme
- comme tout Tezuka, certains n'accrocheront pas sur le dessin

Une oeuvre superbe sur la 2nde guerre mondiale et ses acteurs, principaux ou simples anonymes, où la haine et la terreur côtoient l'amitié et l'espoir... Très fort et un peu effrayant...


Nombre de volumes lus: 4 au 22-03-2002
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fabien
13-01-2003
   Difficile de détester. C'est un manga très dur et d'une réalité historique effroyable. Je le conseille à tout le monde. Le dessin est intérressant puisque tezuka arrive à le modifier selon les situations. C'est donc une oeuvre poignante d'ou on ne ressort pas intacte.

Fredd
11-01-2002
Attention pur chef d'oeuvre.
En 4 volumes, Tezuka nous montre l'évolution et la destruction de l'amitié entre 2 jeunes garçons qui s'appellent Adolf. Ils vivent tous deux à Kobe. L'un est juif allemand et l'autre n'est que moitié allemand moitié japonais. L'Adolf allemand retourne contre son gré en Allemagne pour étudier et se fait laver le cerveau dans les Jeunesse hitlériennes. Il devient petit à petit un vrai nazi et renie son amitié d'enfance. il bascule définitivement dans l'horreur quand il refuse de reconnaitre le père de son ami et l'abat de sang froid. Il reniera également sa mère japonaise, responsable d'avoir souillé son sang aryen.
Tezuka montre de manière terrible la transformation d'un garçon en résidu abject de l'humanité. C'est effrayant. Le mal dans toute sa banalité.
Parallèlement, une intrigue haletante centrée autour d'un document ultra compromettant relie tous les protagonistes du récit. Et c'est passionnant. Agents secrets, résistants, simples citoyens, tous voient leur vie menacée par la recherche ou la possession de ce document. Comme d'habitude, Tezuka se révèle un très très grand narrateur. Niveau graphique, Tezuka s'adapte au ton très sérieux et grave de son histoire. Les persos sont beaucoup moins cartoonesques que dans Phénix par exemple, le trait est plus posé et moins dynamique. Pas de clins d'oeil comiques. Tezuka respecte son sujet.
Chapeau bas une fois de plus, Tezuka sensei.
PS : le troisième Adolf est bien sûr Hitler lui-même.

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